La solidarité en boutiques

Publié le 27/01/2019
Villedieu-les-Poêles
La solidarité en boutiques
 

Plus qu’un lieu de vente de vêtements à bas prix pour les personnes en fragilité, les boutiques solidaires du Secours Catholique se veulent avant tout un espace de rencontre et d’échange pour lutter contre l’isolement et apporter un accompagnement discret et individualisé. Visite, notamment, à la “Friperie du bocage” de Villedieu-les-Poêles, dans la Manche.

Entrez, entrez ! » nous invite David depuis l’autre côté de la rue du Bourg-l’Abbesse où nous attendions sagement 10 heures, l’heure d’ouverture de la boutique solidaire de Villedieu-les-Poêles, dans la Manche.

Dans cette petite ville de 3 500 habitants fondée au XIIe siècle par les chevaliers de l’ordre de Malte et renommée pour sa fonderie de cloches, une boutique à l’enseigne du Secours Catholique ne dépare pas.

La grande vitrine éclaire la salle où sont exposés vêtements et accessoires en vente. À droite, une pièce sert d’entrepôt et d’atelier de tri. À gauche, la salle d’accueil. « Ici nous invitons nos clients à prendre un café, qu’ils aient ou non acheté quelque chose, explique David. Nous sommes surtout un lieu de rencontre et d’échange. »

trouver des solutions à la précarité

David et sa compagne Karine forment un couple chaleureux et fier que le Secours Catholique lui ait proposé l’an dernier d’être responsable de la boutique. Ancien maçon, David a été victime d’une rupture d’anévrisme, ce qui l’empêche désormais de travailler.

Karine fait de petits remplacements ici et là. « Nous avons un fils de 11 ans. C’est pour sa santé que nous avons quitté la région parisienne, dit-elle. Nous nous marions dans un mois, le jour des 50 ans de David. »

Tout comme David et Karine, les personnes en charge des boutiques solidaires du Secours Catholique sont des bénévoles. La plupart ont été clients et savent ce qu’est la précarité.

Ils sont mieux à même d’écouter et de comprendre ceux qui poussent la porte de la boutique. Si 10 % des personnes accueillies au Secours Catholique ont besoin d’une aide vestimentaire, 60 % ont besoin de parler, d’exposer leurs soucis, de sortir de l’isolement ou de trouver des solutions à leurs difficultés.

 

« Il n’y avait pas d’endroit, dans l’ancien vestiaire, pour s’asseoir et prendre un café » explique Apolline, jeune animatrice de réseaux de solidarité au Secours Catholique pour le Sud-Manche dont dépend la boutique.

« Pourtant, beaucoup venaient pour discuter. À Villedieu, il y a beaucoup d’isolement, de personnes seules. Quand l’idée de créer une vraie boutique s’est imposée, un espace d’accueil y a été inclus. »

Cet espace d’accueil est un des 15 critères requis pour obtenir le label “Boutique solidaire du Secours Catholique”. Fin 2018, il y avait 37 boutiques solidaires labellisées en France.

Parisiens en week-end et chineurs

Selon Bérangère Hauer, animatrice en charge d’une boutique du Nord, trois types de clients fréquentent les boutiques solidaires. « D’abord les personnes en galère, ensuite celles pour qui le “vestiaire” est prétexte à prendre un café et discuter, et enfin celles qui viennent chiner. »

À Villedieu, les Parisiens en week-end font partie de cette dernière catégorie. Mais la majorité de la clientèle appartient aux deux premières. Cette mixité sociale est accentuée par les migrants nouvellement arrivés dans la région.

David évoque « 80 familles intégrées sur le territoire : Syriens, Tchadiens, Afghans. Tous viennent ici deux ou trois fois par mois pour s’habiller. Pour 3 euros, ils ont un manteau. Rien ne leur est imposé, ils ont le choix. Ils repartent avec le sourire.  »

 

Quand les gens ont fait le tour de la boutique et qu’ils sont à la caisse, on les invite à venir prendre un café.

David, responsable de la boutique

À la Friperie du bocage, le lieu d’accueil est stratégiquement situé près de l’entrée. Deux hautes fenêtres diffusent la lumière sans vue sur la rue. Autour d’une table rectangulaire peuvent s’asseoir dix personnes. Dans un angle de la pièce, la cafetière.

« Quand les gens ont fait le tour de la boutique et qu’ils sont à la caisse, on les invite à venir prendre un café, mentionne David. On y rigole plus qu’on n’y pleure. Mais de temps en temps des soucis émergent »

 

Écouter, conseiller, orienter. Trois verbes qui reviennent, à Villedieu et ailleurs. « Ces boutiques doivent devenir à terme des lieux de stabilisation, de reprise de confiance en soi », explique Guillaume Alméras, responsable du département Emploi et économie solidaire au Secours Catholique.

« À travers des activités, (couture, tricot, accès à Internet, écriture), des groupes de parole ou toute autre initiative, elles doivent permettre de vivre une expérience positive et de développer le pouvoir d’agir. » En attendant de relever ce défi, l’écoute reste essentielle.

« Je passe surtout dire bonjour », témoigne Chantal, veuve et retraitée, qui a quitté Paris pour Villedieu il y a une dizaine d’années. « Je fais mon petit tour avant. Comme je n’ai pas beaucoup de moyens, ici je trouve des choses pas chères pour faire plaisir à mes petits-fils. »

Attablées avec David et Karine, il y a aussi Paulette et Henriette, bénévoles au Secours Catholique depuis douze et trente-trois ans. Elles ne manquent aucun jour d’ouverture (les lundi et mercredi après-midi, et le samedi matin). « On trie, on trie, on trie », résume Paulette en riant, tandis qu’Henriette évoque son engagement : « Je suis seule. Je m’ennuie. Comme j’adore ce qui touche à la mode, cela m’occupe. »

À Valence, à arras, dans le vaucluse...

Les boutiques solidaires offrent souvent plusieurs prestations. À Marquion, près d’Arras (Pas-de-Calais), deux ordinateurs sont à la disposition de la clientèle. À Pernes-les-Fontaines (Vaucluse), vêtements et clients servent de modèles à une exposition photo.

À Valence (Drôme), ce sont des vêtements pour les enfants en bas âge. Tout comme à L’Isle-Adam (Val-d’Oise), où la boutique “Aux bambins de l’Isle”, véritable plateforme d’activités, abrite une permanence d’accueil, des ateliers de couture, de tricot et d’informatique, et du soutien scolaire.

 

Le prix des vêtements y est toujours modique, symbolique.

 

Point commun à toutes ces boutiques, le prix des vêtements y est toujours modique. « Symbolique » ajoute David, qui en profite pour expliquer la chaîne d’approvisionnement.

« Les vêtements donnés sont remis à une entreprise de réinsertion, l’Afere1 de Coutances, qui fait du recyclage. C’est elle qui trie, lave, nettoie et répartit les vêtements recyclés selon les filières. À nous ensuite de les présenter en boutique, les étiqueter et les vendre. »

 

À Villedieu, ce samedi matin, Anaïs, une comptable stagiaire de 19 ans, vient enregistrer les recettes et les dépenses. « Cela fait un an que je suis ici, explique-t-elle. Et le chiffre d’affaires est en augmentation régulière. À raison d’environ 80 personnes par semaine, cela représente plusieurs dizaines d’euros par jour d’ouverture, un chiffre d’affaires oscillant entre 250 et 400 euros par mois. »

Cette somme n’est pas encore suffisante pour couvrir le loyer et les frais de fonctionnement. Mais comme le souligne Apolline, « on ne cherche pas à faire du bénéfice. La boutique répond à deux besoins essentiels : se vêtir à moindre coût et sortir de l'isolement. »

 

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Jacques Duffaut
Crédits photos : © Gaël Kerbaol / Secours Catholique-Caritas France
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