Le lourd fardeau de la rentrée pour les familles en précarité

Publié le 08/09/2021
Ile-de-France
Le lourd fardeau de la rentrée pour les familles en précarité
 

Le mois de septembre est synonyme pour les enfants de retour en classe et de retrouvailles avec les copains. Pour les parents, c'est aussi le moment où il faut engager des dépenses importantes, en fournitures scolaires notamment. La charge est d'autant plus lourde pour les ménages dont les ressources financières sont faibles, et qui, pour certains, ne bénéficient d'aucune aide. Reportage à Noisy-le-Sec, à la boutique éphémère de rentrée animée par le Secours Catholique.

« La rentrée, c'est très compliqué ! », lâche Naïma. Elle est arrivée d'Algérie il y a quatre ans avec son mari et ses enfants, aujourd'hui âgés de 2 et 8 ans. « On est en situation irrégulière, on ne peut pas travailler comme on le voudrait, même si mon époux trouve des missions ponctuelles en mécanique », explique la mère de famille.

« Alors les fournitures, le cartable, les vêtements, les tenues de sport, la cantine, les activités extra-scolaires... Ça fait beaucoup de choses d'un coup ! » Son fils, Chabane, entre en CE2. « Il n'est pas question de l'envoyer à l'école sans fournitures. Je veux le meilleur pour lui. » 

 

Quand mon fils était en primaire, des enfants se sont moqués de lui parce qu'il avait une petite pochette en plastique au lieu d'une trousse.

 

Bennia, elle aussi algérienne et mère d'un garçon de 11 ans, s'applique à trouver le matériel précis listé par ses professeurs. « Quand mon fils était en primaire, des enfants se sont moqués de lui parce qu'il avait une petite pochette en plastique au lieu d'une trousse, raconte-t-elle. Je l'ai appris bien plus tard, ça m'a fait mal, je ne veux pas que ça se reproduise. »

Son mari étant gravement malade, elle essaye de faire des heures de ménage régulièrement mais les fins de mois sont difficiles. « Aller dans un magasin "normal" pour acheter les fournitures aurait été impossible », constate-t-elle. Pour Bennia comme pour Naïma, la proposition de "boutique éphémère" du Secours Catholique arrive au bon moment.

 
Le lourd fardeau de la rentrée pour les familles en précarité
Naboundou et ses filles.
 

Être comme les autres 

Entre le 10 juillet et le 4 septembre, la délégation du Secours Catholique de Seine-Saint-Denis a ouvert sept boutiques éphémères dédiées à la rentrée, dans plusieurs villes du département. Objectif : lors d'une journée spéciale, proposer aux familles accompagnées d'acquérir des fournitures neuves, de qualité, à tout petit prix, notamment pour celles qui ne bénéficient pas de l'allocation de rentrée scolaire.

« C'est comme en grande surface sauf que c'est à notre portée », observe Naboundou, qui attendait ce 4 septembre avec impatience. « Mes filles sont en CE2 et en 5e et elles avaient hâte d'avoir tout ce qui est demandé sur la liste, d'être comme les autres élèves. »

 Originaire de Côte d'Ivoire, Naboundou travaille comme aide-ménagère. Elle ne reçoit aucune aide de la CAF et son seul petit salaire - irrégulier qui plus est - ne suffit pas à faire face à tous les frais de la rentrée. Hébergée dans un hôtel social, elle se bat pour que ses filles puissent étudier dans de bonnes conditions.

« C'est le plus important pour moi. Quand certaines personnes me demandent pourquoi je ne repars pas en Côte d'Ivoire, je réponds que je pense justement à mes filles, au fait qu'ici, elles ont un avenir. » Un peu plus loin, Hicham, père de Rayan, 13 ans, acquiesce. "En France, si on travaille bien à l'école, il y a des perspectives. »

 
Le lourd fardeau de la rentrée pour les familles en précarité
Hicham, accompagné de ses enfants, Rayan et Youma.
 

Ayant quitté Madagascar, la Tunisie, le Maroc, l'Algérie, le Pérou, la Côte d'Ivoire ou le Sénégal, les familles qui font leurs courses de rentrée ce samedi parlent toutes de l'importance de la scolarité de leurs enfants.

« Je suis venue ici pour que mes quatre enfants puissent étudier, confirme Ayda, originaire de Tunisie. Aujourd'hui, l'aîné est en baccalauréat maintenance des véhicules, le second en bac pro aéronautique, la troisième en 3e et le dernier vient d'entrer en 5e. » 

À son arrivée dans le pays il y a trois ans, elle s'est retrouvée seule avec ses quatre enfants, sans ressources. Son mari est parti du jour au lendemain. « Ménages, services d'épilation : même si cela n'a pas été facile ces derniers mois, j'enchaîne les petits boulots et je garde le moral, pour ma fille et mes fils, parce que je pense à leur avenir ».

 
Le lourd fardeau de la rentrée pour les familles en précarité
Damo et ses deux filles de 9 et 14 ans.
 

En privilégiant la formule "boutique" plutôt qu'un colis préparé, permettant ainsi aux familles de choisir ce qu'elles souhaitent, l'équipe du Secours Catholique du 93 a rencontré le succès et répondu aux besoins des parents.

« Cet été, je suis allée regarder les prix des stylos, cahiers, tubes de colle, classeurs et autres dans les magasins, j'ai parcouru les catalogues publicitaires déposés dans la boîte aux lettres, j'ai comparé les tarifs d'une enseigne à une autre... Tout était plus cher qu'ici », raconte ainsi Diamo, mère de deux filles de 9 et 14 ans. « Quand on n'a aucun sous de côté, zéro marge de manœuvre, on est obligé de tout regarder, de tout calculer. » 

Alors chaque petite économie compte.

Anne-Lucie Acar
© Gaël Kerbaol / Secours Catholique
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