Le Pain Partagé, port d’attache pour «marins» en galère

Publié le 15/10/2015
Paris
Le Pain Partagé, port d’attache pour «marins» en galère
 

Tous les mardis et vendredis, le Secours Catholique organise un repas pour 70 à 80 personnes à la paroisse Notre-Dame de Clignancourt. Courses, cuisine, vaisselle... bénévoles comme personnes accueillies, tout le monde participe. « Le Pain Partagé est l’un des seuls refuges qui nous reste et qui nous offre de la dignité », estime un habitué.

Il est 9h30 ce mardi matin et déjà une vingtaine de personnes sont sur place dans la salle paroissiale de Notre-Dame de Clignancourt. Les dix bénévoles sont à pied d’œuvre mais pas que : des personnes accueillies s’activent pour installer les tables, mettre en place le couvert et sortir les boîtes de conserves. Céline* est responsable du café et elle en est fière : « Je viens ici depuis 20 ans, ça m’occupe, je vois du monde et ça me change les idées. J’aime me sentir utile et faire le café le matin. » D’autres, comme Sam, prennent en charge les courses : il se rend au marché au coin de la rue pour acheter des endives fraîches pour le repas du midi. De retour, il rend la monnaie à Denis, le bénévole qui gère l’accueil. Ce dernier répartit les tâches –ménage, courses, vaisselle – entre les volontaires et pointe attentivement le nombre de personnes qui viennent pour déterminer la quantité de repas à servir. Chacun est invité à donner un euro symbolique. « Ici, on reçoit autant qu’on donne », témoigne Denis, « les rencontres sont très riches, les gens se confient au fur et à mesure. »

 
Le Pain Partagé, port d’attache pour «marins» en galère
Vivez un repas au Pain Partagé

à Notre-Dame de Clignancourt

 

Le partage au cœur du projet

C’est Jean Rodhain lui-même, le fondateur du Secours Catholique, qui a eu l’idée de mettre en place ce Pain Partagé dans les années 1970. Depuis, une association paroissiale, Naïm, a décidé de proposer également un repas les lundis et jeudis. Dans les deux cas, on accueille tout le monde, le plus souvent des gens en grande précarité, des personnes seules, des personnes à la rue. Il arrive que l’équipe du Secours Catholique doive fermer ses portes car la salle a une capacité maximale de 85 places.

Ce jour là, 65 personnes ont fait le déplacement, sans compter les bénévoles. Café et gâteaux sont proposés dès l’ouverture le matin. Il est également possible de prendre une douche, de se raser, mais aussi de lire des journaux ou encore de jouer au babyfoot. « On veut être un lieu d’accueil et de relations, pas de consommation. » explique Jacques, responsable des bénévoles.

D’ailleurs, il n’y a pas que le partage du repas, il y a aussi le partage des tâches et de l’amitié. L’idée est de faire en sorte que le mot "partage" ait du sens.

Un temps d’échange

12h. C’est l’heure du repas. Au menu ce midi : endives et betteraves rouges, spaghettis bolognaise, et compote de pomme avec des petits sablés préparés par Dalambert, un cuisinier professionnel qui vient ici en bénévole. À table, la discussion s’amorce : « D’où viens-tu ? » Réponses diverses : du Maroc, du Mali, de Palestine mais aussi de Poitou-Charentes. Abelkader est originaire de Tunisie : « Je vis à la rue depuis quatre ans, c’est la galère, je viens ici avant tout pour manger. »

Andrea, elle, vient au Pain Partagé pour ne pas être seule : « Je pourrais manger chez moi, mais seule avec mon mur, ça n’est pas drôle. Je viens pour être avec d’autres, pour discuter. Ça m’apporte de la convivialité. » À 72 ans, Andrea joue d’ailleurs au théâtre avec d’autres volontaires du Pain Partagé tous les vendredis après-midi dans cette même salle paroissiale.

Le repas terminé, il est déjà l’heure de ranger. Dédé se lance dans la plonge. Il connaît le Pain Partagé depuis 8 ans. D’abord en tant que personne accueillie, alors qu’il était à la rue, et aujourd’hui en tant que bénévole : « Je continue à venir pour apporter un peu de chaleur humaine à ceux qui n’en ont pas. » Abdelkader, lui, range les chaises et passe le balai et la serpillère avec son ami Nasser. « Ce lieu, c’est l’un des seuls refuges qui nous reste et qui nous offre de la dignité. » explique Nasser, d’origine algérienne, en France depuis 15 ans. Il ajoute : « Le Pain Partagé, c’est un point de repère. C’est un peu comme un port où les marins se retrouvent après avoir navigué et galéré longtemps. »    

*Le prénom a été modifié

 
Le Pain Partagé, port d’attache pour «marins» en galère
Le témoignage de Nasser: "Ici, c'est un port où les marins se retrouvent."
Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © Christophe Hargoues / Secours Catholique
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