Le réseau mondial Caritas face au coronavirus

Le réseau mondial Caritas face au coronavirus

Publié le 03/04/2020
 

Dès l’apparition du virus Covid-19, les liens qui unissent les Caritas locales et nationales se sont resserrés pour affronter ensemble la crise sanitaire et préparer la réponse à la crise humanitaire qui inéluctablement s’ensuivra. Pour l’instant, l’urgence est de sauver des vies.

« La priorité des Caritas a été de prendre soin de leurs salariés afin qu’ils puissent continuer de travailler sans prendre le risque d’être exposés au virus, confie Aloysius John, télé-travaillant depuis son appartement de Rome.

Le secrétaire général de Caritas Internationalis explique à la fin du mois de mars la réactivité du réseau : « Nous avons très vite compris le danger de l’épidémie. Mi-février, nous avons constitué deux cellules de crise : l’une pour l’Europe, l’autre pour les pays du sud. Nous avons également créé une plate-forme de solidarité, d’échanges et d’informations officielles. »

Caritas Internationalis dresse un état des lieux dans chaque pays du sud. « Le problème auquel nous allons très rapidement faire face, conclut Aloysius John, concerne la perte d’emplois de millions de travailleurs. Les dégâts collatéraux vont être gigantesques. »

innover et inventer des solidarités nouvelles

 En France, Benoît-Xavier Loridon, directeur de l’Action et du Plaidoyer internationaux au Secours Catholique, a écrit à tous les directeurs des caritas partenaires pour leur exprimer leur soutien et les encourager dans leur lutte contre la pandémie. Paris invite à innover et à indiquer « toute nouvelle forme de solidarité » bonne à partager avec le réseau.

La priorité du réseau aujourd’hui tient en deux mots : prévention et sensibilisation. « Cette crise est avant tout une crise sanitaire, souligne Romain de Vries, responsable du Pôle Urgences internationales au Secours Catholique. Elle touche la santé de tous, celle des “pauvres” et celle des “riches”, quels que soient les pays. »
 

À ce stade, nous nous focalisons sur la prévention et la sensibilisation.

Romain de Vries.

Le pôle Urgences internationales, qui mène des projets auprès de populations parmi les plus vulnérables de la planète, incite et même soutient ses partenaires dans la prévention de l’épidémie au sein de leurs communautés.

« Nous laissons aux organisations de santé telles que l’OMS, Médecins du monde ou Médecins sans frontières, le soin d’agir sur les questions purement médicales, pour nous focaliser - à ce stade - sur la prévention et la sensibilisation… Puis, probablement bientôt, sur la réponse concrète à la crise humanitaire qui s’ensuivra et sur la résilience des populations impactées », précise Romain de Vries.

 

Chaque caritas adapte sa méthode de prévention et de sensibilisation à son contexte. Certains communiquent par SMS, d’autres par courriers électroniques comme au Bangladesh où la caritas communique par mail avec les migrants. Les messages contiennent les mesures de confinement, de gestes barrières, de distanciation sociale et de télétravail universellement conseillées.

Au tout début du mois d’avril, les principaux foyers d’épidémie se situent dans l’hémisphère nord, en Europe et aux États-Unis. Mais déjà les autres continents déplorent la montée en puissance du nombre de personnes contaminées. Et de leurs effets collatéraux.

Les migrants, doublement victimes de l'épidémie

En Égypte, l’apparition des premiers cas de Covid-19 ont provoqué « une montée de racisme et de xénophobie envers les migrants, indique Aurore Faivre, responsable du Pôle Moyen-Orient/Nord de l’Afrique au Secours Catholique. De nombreuses employées de maison et ouvriers du bâtiment ont également été licenciés parce qu’étrangers soupçonnés de véhiculer le virus.  Au Maroc, les centres d’accueil pour migrants ont dû être fermés, forçant les équipes de la caritas à repenser la manière d’approcher les personnes vulnérables. »

Au Moyen-Orient aussi la lutte contre l’épidémie a commencé. En Israël, un des partenaires du Secours Catholique, Physicians for human rights, prend en charge tous les malades, mais il lui est interdit désormais d’intervenir en Cisjordanie et à Gaza, où, selon plusieurs sources, le virus s’est installé et où une catastrophe se prépare. 

Au Liban, la grève générale qui a précédé la crise sanitaire avait préparé la population au confinement

 

Partout en Asie, la crise est prise au sérieux

Jacqueline de Bourgoing.

« En Asie, hormis la Chine, la Corée du Sud et Taiwan, l’épidémie s’étend partout. Presque tous les pays du continent sont soumis au confinement », indique Jacqueline de Bourgoing,  responsable du Pôle Asie/Europe Orientale au Secours Catholique.

Elle dit être surtout préoccupée par l’Inde et par le Bangladesh « où vivent plus de 1 000 personnes au kilomètre carré (Bangladesh) et où il y a un lit d’hôpital pour 2 000 habitants (Inde). La crise est prise au sérieux partout. »

Dans ces deux pays, les sans-abris et la majorité des travailleurs, qui gagnent leur vie au jour le jour, sont déjà  dans une situation très critique. Caritas Bangladesh se montre très préoccupée par la situation des ouvriers du textile qui subissent de plein fouet le ralentissement de l’économie mondiale.

 
Le réseau mondial Caritas face au coronavirus
Prise de température dans le quartier général de Caritas Singapour.
 

Sortir au risque d'être infecté ou mourir de faim en restant chez soi

Pour Aude Hadley, responsable du Pôle Amérique latine et Caraïbes au Secours Catholique, l’équation est la même en Amérique latine et dans les Caraïbes où les journaliers sont très nombreux : « Ils ont le choix entre sortir au risque d’être infectés ou bien rester chez eux en mourant de faim. »

Elle  salue les mesures fortes de prévention prises dans plusieurs pays du continent sud-américain : fermeture des frontières, état d’urgence sanitaire et parfois couvre-feux.

Aude Hadley note toutefois l’inconséquence du Mexique et surtout du Brésil dont le président tient un discours irresponsable. « Heureusement que dans ce pays fédéral, certains gouverneurs d'États fédérés ont pris des mesures de confinement. »

Pour autant, tout est à craindre pour les populations les plus fragiles dans une région où le système de santé est particulièrement inégalitaire du fait des politiques d’austérité et du manque d’investissement de l’État dans ce secteur trop souvent laissé au privé.
 

Au Pérou, 60 % des indigènes n'ont pas accès au système de santé.

Aude Hadley.

L’Amazonie est une des principales sources d’inquiétude pour Aude Hadley. « Les indigènes sont très vulnérables, dit-elle. Les conditions ne sont pas réunies pour faire face à l’épidémie. Le taux de pauvreté et de malnutrition est très haut et le système de santé de très mauvaise qualité. 60 % des indigènes du Pérou, par exemple, n’y ont pas accès. »

Quant à Haïti, « la situation y est gravissime. On a cru que le pays serait épargné, mais le virus est arrivé sur l’île. Il s’ajoute à toutes les catastrophes subies depuis dix ans, à la mauvaise gouvernance, à la gestion pitoyable », regrette Aude Adley.

Elle tient par ailleurs à signaler que le virus n’arrête pas les autres formes de violence : « En Colombie, menaces et assassinats de leaders sociaux continuent malgré la crise. »

L'épidémie peut servir de prétexte

L’épidémie peut servir de prétexte à des arrestations. Au Niger, le gouvernement a arrêté et emprisonné (sans droit de visite) plusieurs militants des droits de l’homme de l’organisation Tournons la page (organisation soutenue par le Secours Catholique).

Au Mali et en Guinée, où sont maintenues les élections nationales, l’interdiction de manifester est une aubaine pour le pouvoir en place.

« Les premiers cas de coronavirus sont apparus mi-mars en Afrique, signale Violaine Dory, responsable du Pôle Afrique et Océan Indien au Secours Catholique. Essentiellement dus à des voyageurs venus d’Europe. »

En Afrique aussi, le réseau Caritas en phase avec les États ont pris les mesures de précaution qui s’imposaient : fermeture d’aéroports, d’écoles, des lieux rassemblant le public. Pour Violaine Dory, comme pour ses collègues, l’inquiétude vient de « l’appareil sanitaire des pays d’Afrique. D’où la nécessité d’avertir de l’arrivée du danger ».
 

Les programmes humanitaires ne sont pas suspendus pour autant.

Violaine Dory.

L’OMS prédit une crise très grave en Afrique. Au 20 mars, la crise touchait 20 pays et 450 personnes, avec un premier décès est recensé au Burkina Faso. Le bilan de la semaine suivante a été exponentiel, spécialement au Sénégal et au Burkina Faso.

 
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La Caritas Centrafricaine sensibilise la population par des messages radio, des affiches et des visites aux paroisses dans lesquels elle recommande la distanciation sociale et les précautions hygiéniques. Elle distribue également des masques et des gants
 

« La plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont fermé leurs frontières et réduit rassemblements et déplacements, allant jusqu’à fermer les écoles (Burkina Faso, Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Niger, Rwanda, et désormais Tchad), indique Violaine Dory. Tout cela aura des conséquences sur l’activité des partenaires et l’économie des pays. Les programmes humanitaires ne sont pas suspendus pour autant mais les efforts se concentrent désormais sur la sensibilisation des populations. »

Partout dans le monde, le réseau Caritas se tient prêt à absorber le choc du coronavirus dont il ignore encore l’intensité.

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Caritas Venezuela, Caritas Centrafricaine, Caritas Singapour, Catholic Refief Services
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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