Le Sénégal, entre accueil et indifférence

Publié le 06/11/2019
Sénégal
Le Sénégal, entre accueil et indifférence
 

Pays de départ, mais aussi pays de transit et surtout pays d’accueil, le Sénégal est un carrefour migratoire en Afrique. Même si les migrants peuvent s’y installer librement, ils n’accèdent pas toujours à leurs droits et connaissent des difficultés pour s’intégrer.

« J’ai sauvé ma vie et celle de ma fille en venant ici. » confie Hastou, les larmes aux yeux. Cette Centrafricaine a traversé toute l’Afrique en auto-stop, terminus Dakar. « Je ne pensais pas que c’était aussi difficile. La vie est chère ici et je dois mendier pour pouvoir manger. Il faut toujours se battre pour les papiers. »

Comme Hastou, de nombreux migrants qui sont certes reconnus demandeurs d’asile attendent des années durant leur statut de réfugié que doit leur octroyer l’État sénégalais. Et quand ils ont obtenu le précieux sésame, celui-ci n’est pas toujours reconnu par les banques ou les hôpitaux par exemple. « Il y a une mauvaise volonté des autorités pour intégrer les réfugiés. Les Sénégalais sont accueillants, et considèrent les migrants comme des Sénégalais, mais ceux-ci ne sont pas bien protégés », poursuit Moustapha Kébé, chargé de projet à Remidev .

 
Le Sénégal, entre accueil et indifférence
Le témoignage de Fatoumata, immigrée guinéenne
 

D’après les chiffres de l’État sénégalais, 2 % des 14 millions d’habitants sont des immigrés, la moitié provient d’Afrique de l’Ouest. Il faut dire que juridiquement la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) est une zone de libre circulation. Aux yeux des migrants, le Sénégal reste un pays stable, en paix, démocratique dans une région en proie aux coups d’État et aux conflits.

« C’est vrai que je marche en liberté ici », confie  Lucas qui a fui la Côte d’Ivoire en 2010. « Mais je ne marche pas dans la société. On n’aide pas les migrants ici. » De son côté, Ruth, congolaise, apprécie l’hospitalité sénégalaise, la fameuse « teranga » : « J’ai beau être sans-papier, on ne me contrôle pas. Ici je me sens en sécurité et j’apprends le wolof pour m’intégrer. »
 

L’État a beau laisser les frontières ouvertes et les migrants circuler librement, il ne fait rien pour eux ici.

Aloïse Sarr.

Ruth a la chance d’avoir croisé sur sa route le Pari, le point d’accueil pour les réfugiés et les immigrés de la Caritas sénégalaise, partenaire du Secours Catholique. Celui-ci lui finance une formation en cuisine pour qu’elle puisse ensuite trouver un travail. Le Pari aide chaque année 2 000 migrants à trouver un emploi (souvent dans le secteur informel comme des petits commerces de rue), à se faire soigner gratuitement et à se loger. « L’État a beau laisser les frontières ouvertes et les migrants circuler librement, il ne fait rien pour eux ici. Le Pari comble alors le vide avec une goutte d’eau dans l’océan », note Aloïse Sarr, coordinateur du Pari.

 
Le Sénégal, entre accueil et indifférence
Le témoignage d'Adama, immigré ivoirien.
 

La Caritas accueille aussi des immigrés « en transit » car le Sénégal est sur la route vers l’Europe, via le Niger le Maroc ou la Libye. 70 % des migrants d’Afrique subsaharienne migrent en Afrique contre 15 % vers l’Europe selon le démographe François Heran. Parmi les causes de ces migrations : le sous-développement, les crises politiques mais aussi les changements climatiques.

Face à cette réalité, Caritas et Remidev soutiennent que rien ne pourra arrêter les migrations et dénoncent une politique européenne de fermeture des frontières : « C’est absurde car parallèlement l’Union européenne demande l’ouverture du marché aux produits européens. Or celle-ci crée de la concurrence déloyale et donc de la pauvreté. Les gens qui tombent en faillite à cause de cela sont… de futurs candidats à l’immigration »,  critique Moustapha Kébé.

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Élodie Perriot / Secours Catholique
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