Le Train de nuit : un toit pour trouver sa place

Le Train de nuit : un toit pour trouver sa place

Publié le 07/12/2017
Rhône
 

Au Train de nuit, centre d’hébergement et de réinsertion sociale à Lyon, travailleurs sociaux et bénévoles permettent à 70 résidents de se construire un avenir.

Le jour tombe vite en ce jeudi de mi-novembre. Au Train de nuit, le centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) cogéré par Habitat et Humanisme et le Secours Catholique à deux pas de la gare de Lyon-Perrache, les résidents ont fini de vaquer à leurs occupations en ville. Ils regagnent leurs chambres dans les étages.

Trois « unités » se répartissent sur les cinq niveaux du bâtiment. L’unité « urgence » accueille 24 hommes en grande errance ou migrants, à la situation administrative instable. L’unité « insertion » héberge 30 hommes en voie de trouver un logement autonome, qui travaillent pour certains, mais qui ont besoin de se reconstruire.

Enfin, un étage accueille des familles monoparentales, en grande majorité des mères d’origine africaine ayant fui des zones de conflit, avec leurs enfants.

 

J’ai vécu huit ans dans la rue… à Saint-Étienne, Paris, Lyon… Je suis arrivé ici par le 115. J’étais dans le pétrin.

Daniel, ancien résident

Ce jeudi soir, dans l’espace de vie collective situé au rez-de-chaussée, télé et radio émettent de concert tandis que démarre l’atelier hebdomadaire d’arts plastiques. En l’absence de la bénévole du Secours Catholique qui l’anime habituellement, Daniel, un ancien résident qui vit désormais dans une pension de famille, prend le relais.

« J’ai perdu mon boulot quand mon patron s’est tout fait saisir. Puis j’ai perdu mon logement, raconte, tout en peignant, l’homme aux cheveux longs. J’ai vécu huit ans dans la rueà Saint-Étienne, Paris, Lyon… Je suis arrivé ici par le 115. J’étais dans le pétrin. Je m’en suis sorti grâce au Train de nuit… et à mes efforts. »

 

Daniel peint des villes colorées. Certains de ses tableaux sont inspirés de sorties organisées par le centre d’hébergement. « Autour du dessin, on partage, relève l’ancien résident. Les gens viennent vers moi, me reconnaissent. Je leur donne des idées. »

À ses côtés, Marie, assistance sociale salariée du CHRS, manie le pinceau, tout comme Allayar, un Afghan de 25 ans qui a passé deux ans dans la « jungle » de Calais ; et Boubakar, 40 ans, au parcours sinueux. « Dessiner, ça permet de s’extérioriser, de sortir de l’anonymat », explique ce dernier.

Une bulle

Boubakar est hébergé depuis cinq ans par le Train de nuit. Il raconte à demi-mots une séparation amoureuse, un bail qui n’était pas à son nom, un « accident » au travail… « Je me sens un peu enfermé dans une bulle ici. Avoir un vrai chez moi, un travail, fonder une famille… c’est ce que je souhaite », dit-il, le regard songeur. Mais les obstacles semblent encore nombreux : carte de séjour à renouveler, permis de conduire à passer…

 

Depuis notre première rencontre, ce n’est déjà plus le même bonhomme : il a les yeux qui brillent ! 

Catherine, bénévole

« Trot-toir… droit… voi-ture… » Dans une petite pièce voisine, Catherine – nouvellement venue dans l’équipe de bénévoles du Secours Catholique – apprend à lire à Moussa, un Malien de 27 ans. Arrivé en France il y a deux ans dans des conditions qu’il ne souhaite pas aborder, il n’a jamais été scolarisé.

« J’ai des papiers, je travaille dans les travaux publics, et maintenant j’attends un logement en ville », explique le jeune homme dans un français encore hésitant. « L’objectif, c’est qu’il puisse lire les SMS », souligne la bénévole.

« Petit à petit, on instaure la confiance »​

Elle le suit depuis six mois et lui a concocté un tableau de son invention pour l’aider à associer lettres et sons. « C’est dur, mais il sait qu’il peut y arriver ! Depuis notre première rencontre, ce n’est déjà plus le même bonhomme : il a les yeux qui brillent ! »

 
Le Train de nuit : un toit pour trouver sa place
Moussa et Catherine en plein cours de français
 

19 heures. Le dîner mijote pour les hommes seuls de l’unité « urgence ». Il leur est servi chaque soir par des bénévoles du Secours Catholique dans une salle collective. Les autres résidents ont de quoi cuisiner dans leurs studios.

« C’est le meilleur moment pour échanger et manifester de l’attention aux résidents », témoigne Marythé Pré, la responsable de l’équipe bénévole. Elle sait qu’untel ne prend jamais de sucre dans son yaourt, car il a du diabète ; qu’il faut préparer une omelette à tel autre qui ne mange pas de viande. « Petit à petit, on instaure la confiance, on devient leur sœur, leur mère, leur mamie… »

 

À la rencontre de personnes qui ont un passé lourd, un présent difficile, mais droit à un avenir. 

Marie-Claude, bénévole

Les mercredis et jeudis, quand la cuisinière salariée est de repos, ce sont les bénévoles eux-mêmes qui sont aux fourneaux. Ainsi, Marie-Claude mitonne des petits plats au Train de nuit avec Roger, son mari, depuis vingt et un ans.

L’hiver, ils confectionnent une soupe maison grâce aux légumes ramenés de leur jardin, ce qui vaut à Marie-Claude le surnom de « Mamie soupe ». « C’est important pour nous d’aller à la rencontre de personnes qui ont un passé lourd, un présent difficile, mais droit à un avenir », explique la retraitée de 78 ans.

 

humanité

Au Train de nuit, salariés d’Habitat et Humanisme et bénévoles du Secours Catholique œuvrent ensemble de longue date. Une dizaine de travailleurs sociaux accompagnent les 70 résidents dans leurs démarches administratives, leur recherche d’un emploi, d’un logement, l’accès à des soins (car beaucoup souffrent d’addictions).

Régulièrement, des animations, des temps conviviaux (tels l’atelier d’arts plastiques, le ciné-club du dimanche…) et des sorties (au zoo, au musée, à la montagne…) sont organisés, main dans la main avec la trentaine de bénévoles du Secours Catholique.

 

C’est un lieu qui permet l’émotion, la créativité, la libération de la parole.

Marythé, responsable des bénévoles

« Nous avons une approche individualisée de chaque résident, et une grande liberté de faire avec les bénévoles et les personnes hébergées, explique Gilles Louis, animateur social. Ensemble, on arrive à monter de belles choses. »

« C’est une joie de venir ici, témoigne Marythé. Il y a un échange extraordinaire au sein du trio salarié-résident-bénévole. C’est un lieu qui permet l’émotion, la créativité, la libération de la parole. »

un geste en retour 

Après le repas, « Mike », originaire du Sénégal, nous conduit à la chambre qu’il partage avec Sergeï, d’origine russe, et son chat, dont la discrète présence est tolérée.

Un poster de Bob Marley, un djembé, un ampli et une guitare sous le lit révèlent un Mike musicien. « Quand je suis arrivé, j’étais fatigué. C’était dur. On m’a accueilli ici avec humanité, dit-il. Si je trouve un appartement, j’espère faire un geste en retour pour remercier l’équipe. »

 
Le Train de nuit : un toit pour trouver sa place
Mike : « C'était dur, mais ils m'ont accueilli. »
 
Le Train de nuit a ouvert à Lyon il y a vingt-cinq ans, sous la forme de bungalows (semblables aux wagons d’un train) installés successivement quai Rambaud, quai Perrache et à Gerland. Pendant longtemps, ils ont accueilli des « passagers » sans abri l’hiver, seulement la nuit et pour une durée limitée. À partir de 2007, l’accueil s’est étendu à l’année et 24 heures sur 24. En février 2016, les résidents ont emménagé dans un bâtiment pérenne et rénové sur cinq étages, à côté de la gare Perrache. Des familles monoparentales ont été inclues dans le projet social.
Clarisse Briot
Crédits photos : © Christophe Hargoues/Secours Catholique
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