Livre blanc : « L'objectif est de rendre la parole aux chômeurs »

Publié le 25/01/2022
France
 

Mardi 25 novembre, le collectif Pour la parole de chômeurs, dont fait partie le Secours Catholique, publie le livre blanc Paroles de chômeurs, fruit d'une enquête menée auprès de près de 300 personnes en recherche d'emploi. L'ouvrage, basé sur leurs témoignages, met en évidence les faiblesses du système actuel de soutien aux demandeurs d’emploi, contrecarre la vision pas toujours juste de l’opinion publique sur le chômage, et fait part des désirs et capacités des personnes privées d’emploi.

 

Paroles de chômeurs

Le livre blanc "Paroles de chômeurs" fait suite à une enquête menée entre février et juin 2021 par les 20 associations membres du collectif Pour la parole de chômeurs, auprès de personnes en situation de chômage. Les réponses des 270 participant·-e·-s à l’enquête mettent en évidence les faiblesses du système actuel de soutien aux chercheurs d’emploi, contrecarrent souvent la vision pas toujours juste de l’opinion publique sur le chômage. Elles manifestent aussi les désirs et les capacités des personnes privées d’emploi.
Lire le livre
 

« La parole des chômeurs est confisquée »

Entretien avec Annie Thomas,  syndicaliste CFDT à Toulouse et ancienne présidente nationale de l'Unédic, et François Berruer, chargé de projets Emploi au Secours Catholique.

 

Vous, Annie Thomas, à Toulouse, et vous, François Berruer, à Paris, avez participé à la réalisation du livre blanc Paroles de chômeurs, publié ce mardi 25 novembre. Pourquoi cet ouvrage  ? 


Annie Thomas : Ces derniers temps, lorsque la question du chômage a été médiatisée, c'était par le biais de statistiques mettant en avant le nombre d'emplois non pourvus en France, ou alors à travers les déclarations de personnalités politiques dénonçant "les pratiques abusives" des demandeurs d'emplois et accusant ces derniers d'être des assistés. On ne parle jamais du vécu des personnes en recherche d'emploi, des difficultés qu'elles traversent. Aujourd'hui, on vante la reprise de la croissance et la baisse du chômage à 8%. Certes, on peut s'en réjouir. Néanmoins, cette baisse est pour beaucoup liée à une augmentation des emplois précaires. Et le noyau des personnes les plus éloignées de l'emploi, lui, ne bouge pas. Or, c'est lorsque le chômage dure qu'il cause le plus de dégâts. L'amélioration conjoncturelle actuelle ne doit pas dispenser les politiques d'entreprendre des réformes de fond indispensables pour lutter efficacement contre le chômage. 

François Berruer : Le chômage est au coeur des préoccupations des Français et du débat public. Pour autant, on entend peu les premiers concernés. Le collectif Paroles de chômeurs, qui regroupe une vingtaine d'associations, souhaitait rendre la parole à ces derniers. Entre février 2021 et juin 2021, les membres du collectif ont recueilli le témoignage de près de 300 personnes en recherche d'emploi, sur leurs besoins, leurs propositions, sur la manière dont elles vivaient le chômage. Les réponses à ces entretiens constituent la matière de cet ouvrage. 

 

Comment le chômage est-il  vécu ? 

 

F. B. : Mal, la plupart du temps. Une des personnes interrogées répond à ce sujet : « Perdre son emploi n’est jamais sans conséquence, famille, logement, loisirs etc. tout devient plus compliqué. » Ce qui ressort le plus, parmi les témoignages, est le sentiment de ne plus exister socialement : « La société ne nous reconnaît plus parce que nous n'y contribuons plus par le travail. » Pour beaucoup, le chômage est « un traumatisme ». Qui est accentué par le regard plein de préjugés porté sur les chômeurs. « On est considéré comme des salauds de pauvres, des feignants, des grugeurs… », constate une personnes citée dans le livre.

 

Quelles sont les principales demandes des personnes en recherche d'emploi ?

 

F. B. : Ils veulent que les regards changent. C'est la première proposition du livre : « Changer de regard sur le chômage et sur les personnes en recherche d’emploi. » Ils souhaitent également un accompagnement plus qualitatif qui serait sur mesure et reposerait sur un lien de confiance. Plus qu’un simple accompagnement technique, comme c'est souvent le cas aujourd'hui. Certains ont émis l'idée d'un accompagnateur qui aurait lui-même connu l’expérience du chômage, et qui pourra ainsi mieux comprendre leurs besoins. Ils aimeraient aussi un accompagnement collectif dans la durée, que Pôle emploi leur propose de rejoindre un groupe de pairs qui se réunit régulièrement, avec qui ils pourraient partager ce qu’il vivent et échanger des conseils. Ils se sentent seuls. Retrouver du collectif est important pour eux, pour retrouver de l'énergie et pour se préparer au monde du travail, car celui-ci est collectif. 

A.T. : Ils demandent aux employeurs de répondre à leurs candidatures, même si la réponse est négative. Car la non-réponse décourage, elle donne l'impression de s'agiter dans le vide. Ils demandent aussi aux entreprises de changer leurs méthodes de recrutement. Aujourd'hui, celles-ci regardent avant tout l'âge et les diplômes, et cherchent des travailleurs avec les compétences optimum pour le poste, prêts à rentrer dans les cases. Les demandeurs d'emploi souhaitent que les employeurs soient plus ouverts et bienveillants dans leur recrutement, qu'ils s'intéressent davantage aux aptitudes des personnes. C'est ce qui est notamment expérimenté dans le cadre du dispositif Territoire zéro chômeur de longue durée (TZCLD). TZCLD montre que personne n'est inemployable.
 

Lire notre reportage dans la Nièvre : « Territoire zéro chômeur de longue durée : 3 ans après... »
 

Des éléments vous ont-ils surpris parmi les réponses à l'enquête menée auprès des demandeurs d'emploi ? 


A.T. : Oui, l'angle mort que représente la question de la santé des demandeurs d'emploi. Il n'y a pas de coordination entre les acteurs de santé et ceux qui accompagnent les personnes au chômage dans leur recherche d'emploi. Pourtant, pour beaucoup de chômeurs, notamment de longue durée, les problèmes de santé, physiques ou psychologiques, représentent un frein important dans l'accès à l'emploi. Et s'ils ne sont pas pris en compte, on risque de se retrouver dans une impasse. 

F. B. : Le sentiment très répandu parmi les personnes en recherche d'emploi qu'elles sont plus aidées par leur entourage que par les institutions. Au Secours Catholique, nous connaissions ce sentiment, mais je ne pensais pas qu'il était autant partagé. Cela vient confirmer le constat que nous faisions sur la maltraitance institutionnelle, et sur le besoin d'un accompagnement qui mette la personne au centre, d'un référent de parcours qui les suit dans la durée, qui appréhende la personne dans sa globalité et pas seulement sur la question professionnelle. Les demandeurs d'emploi ont besoin d'être reconnus dans leurs difficultés, qu'on prenne le temps de les écouter et de les accompagner avec bienveillance. Le temps long, la patience, l’écoute, ce n’est pas normal que seul l’entrourage ou les associations le fasse. 

 

Quel est l'objectif de ce livre blanc ? 

 

F. B. : Faire entendre cette parole afin de sensibiliser l'opinion publique et passer des messages aux politiques. L'idée est que ces derniers s'en emparent pour trouver des réponses à ce que personnes au chômage expriment dans ce livre. 2022 est une année électorale avec la présidentielle puis les législatives, on peut espérer que les partis politiques et les candidats seront particulièrement à l'écoute. On espère aussi que Pôle emploi et les conseils départementaux - qui déploient, depuis 2021, le Service public de l’insertion et de l’emploi - prendront ce livre en considération et qu’ils s’en inspireront au niveau local. Ce livre blanc est un début. C'est un outil de mobilisation pour monter localement des collectifs de demandeurs d'emploi et d'acteurs de la société civile, dans le but de construire un plaidoyer adapté au contexte local et d'aller rencontrer les élus et les institutions. 

A.T. :  Montrer d'une part que les discours culpabilisants et blessants à l'égard des chômeurs ne résolvent rien. D'autre part, que les premiers concernés ont des choses à dire et doivent être écoutés, plutôt qu'on parle à leur place. Enfin, dans cette période de campagnes électorales, que la société civile est partie prenante du débat politique. Nous avons prévu de porter ce livre blanc au directeur général de Pôle emploi Occitanie, et de rencontrer au niveau local les partis de gouvernement, le maire de Toulouse et le président du conseil départemental.

Benjamin Sèze.
Crédits photos : © Mathieu Génon / Secours Catholique
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