Mannes terrestres en Corrèze

Publié le 26/03/2018
Ussel et Egletons
Mannes terrestres en Corrèze
 

En Corrèze, le Secours Catholique répond aux besoins alimentaires exprimés par des personnes en situation de précarité en tenant compte de leur contexte et de leurs initiatives. Elle peut prendre la forme d’un jardin partagé comme celle d’un panier solidaire.

« Au début, nous avons pensé ouvrir une épicerie solidaire », relate Denise, l’une des personnes assises autour d’un petit-déjeuner dans le local du Secours Catholique d’Égletons, en Corrèze. « Mais il y avait trop peu de monde dans l’équipe. Cela n’aurait pas pu fonctionner. »

Égletons compte à peine 4 300 habitants, mais le taux de chômage y est supérieur à la moyenne nationale. Nombreux sont ceux qui ont du mal à boucler leur budget. Quand on demande à la dizaine de personnes composant l’équipe d’Égletons quel est leur premier besoin, elles répondent d’une seule voix : « Bien manger. »
 

À la fin de mon argent, il restait trop de mois

Un membre de l'équipe d'Egletons

Avec un budget alimentaire de 80 euros par mois, Daniel, quinquagénaire au chômage, explique sa situation. « Au début du mois, je faisais mes courses dans une grande surface, je mangeais les trois premières semaines et la quatrième j’attendais le début de l’autre mois. » Un autre membre de l’équipe résume poétiquement : « À la fin de mon argent, il restait trop de mois. »

En septembre, l’équipe a contacté des agriculteurs locaux et convenu avec sept d’entre eux de proposer un panier tous les quinze jours. Composé de volailles, charcuteries, laitages, légumes et fruits de qualité, il coûte 50 euros mensuels au Secours Catholique. Les bénéficiaires participent à hauteur de 10 ou 20 % de son prix.

Pour amortir le coût, l’équipe a géré la buvette d’une aire de loisirs près d’un lac voisin pendant l’été, dégageant un bénéfice de 1 500 euros. De quoi voir venir. L’expérience a débuté en septembre, le nombre de bénéficiaires est encore confidentiel mais l’équipe est ravie d’être sortie des conserves et des restrictions. Daniel, ancien cuistot, mange à nouveau du lapin, son mets préféré.

 

 

À une vingtaine de kilomètres au nord-est, Ussel, 10 000 habitants. La ville a aussi son équipe et son local du Secours Catholique. Marie-France en est la responsable depuis neuf ans. Elle gère une multitude d’activités qui vont du microcrédit aux vacances en famille, en passant par l’aide aux migrants et un jardin solidaire où, justement, elle nous conduit.
 

Beaucoup rêvaient d’avoir un carré de jardin

Marie-France, responsable de l'équipe d'Ussel
 

« Quand je rendais visite aux familles que j’aidais à partir en vacances, se souvient Marie-France, beaucoup rêvaient d’avoir un carré de jardin. J’ai fait remonter la demande, et Gwénaëlle, notre animatrice, nous a aidés à façonner le projet. »

Le jardin partagé occupe un demi-hectare de terre surplombant la Diège, rivière qui permet les arrosages. Clôturé, il est divisé en 14 parcelles de 50 mètres carrés. Dans un angle, trois petits bungalows et une serre délimitent un espace de réunion à ciel ouvert. « La mairie a prêté le terrain. Le Rotary Club a financé les cabanons et le matériel », explique Samuel, 40 ans, père de cinq enfants et “copilote” du jardin.
 

On tronçonne les tiges et on les fait cuire à la vapeur au-dessus d’un couscous

Samok, coresponsable du jardin d'Ussel

Le jardin, créé il y a quatre ans, fonctionne en autonomie. Marie-France ne s’en occupe que lorsqu’on fait appel à elle. Les jardiniers sont des retraités aux ressources modestes ou des personnes en grande difficulté financière, comme Samuel, qui confie : « J’ai un quotidien très compliqué mais je suis fier du jardin. C’est ma bouffée d’oxygène. Ma fille y a fait ses premiers pas. »

Samok est l’autre pilote du jardin. Lui aussi a cinq enfants et vingt ans de plus que Samuel. « Je cultive de tout. En pleine saison, je viens tous les jours. Quand je ne peux pas, je demande à Samuel de me remplacer. » Au bout de sa parcelle, des roses trémières. Pour la beauté de leurs fleurs ? « Pas seulement, répond-il. On tronçonne les tiges et on les fait cuire à la vapeur au-dessus d’un couscous. C’est délicieux et ça a des vertus médicinales. »
 

On échange nos plants et on partage nos cultures

Samuel, l'autre copilote du jardin
 

Les jardiniers n’achètent plus leurs légumes. Ils les cultivent. Ils cultivent aussi l’hospitalité. L’an dernier, quand une dizaine de migrants africains sont arrivés au Centre d’accueil et d’orientation (CAO) d’Ussel, ils ont proposé aux jeunes étrangers de s’occuper de la parcelle commune. Rencontre de deux mondes. La population, d’abord circonspecte, est tombée sous le charme de ces jeunes, serviables et souriants.

En cette fin de journée d’octobre, les jardiniers présents aident deux Soudanais à récolter les topinambours qu’ils ont semés. Aussi soigneusement que des archéologues exhumant un trésor, ils en remplissent deux caisses qu’ils partageront. En plus des légumes, le jardin a fait germer une nouvelle famille. Comme le dit Samuel :

« Ici, on se retrouve, on mange ensemble, on échange nos plants et on partage nos cultures. »

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
Trois hommes admirent leur récolte de salade
Plus d'informations
Économie solidaire
# sur le même thème