Mayotte et La Réunion face au coronavirus

Publié le 22/04/2020
Mayotte, Réunion
Mayotte et La Réunion face au coronavirus
Dans les ruelles du banga de Doujani, à Mayotte, juillet 2011.
 

Les deux îles françaises de l’Océan Indien sont touchées par le coronavirus. Pour l’instant l’épidémie semble contenue, ce qui permet aux équipes du Secours Catholique d’aider ceux que le confinement prive du nécessaire.

« Un premier cas SARS CoV-2 positif vient d’être identifié ce soir à Mayotte sur une personne rapatriée lundi des Comores. Le virus est donc bien présent aux Comores. Le Centre de rétention administrative va être transformé en zone de quarantaine pour les ressortissants arrivant des Comores par voie légale ou clandestine afin de ne pas submerger le Centre hospitalier ».

Ce message du 15 avril signé Baptiste Filloux, délégué du Secours Catholique à Mayotte, vient retirer les Comores de la courte liste des pays africains épargnés par la pandémie. Il ne resterait plus que le Lesotho. Les Comores avaient pourtant fermé leurs frontières pour se préserver.

Retours clandestins vers les Comores

« La migration d’Anjouan vers Mayotte a stoppé d’elle-même, explique Baptiste Filloux. Nous avons même assisté à des retours clandestins vers les Comores. Sur l’île, la police aux frontières n’arrête plus personne et ne renvoie plus les clandestins. La situation a changé, les petits marchands à la sauvette ont disparu. Le confinement est respecté en ville, mais dans les “bangas“ (bidonvilles), toutes les boutiques sont ouvertes. 

À la mi-avril à Mayotte, le virus a officiellement contaminé 217 personnes (dont 42 personnels soignants) et provoqué trois décès. Il semble acquis que le virus a été acheminé « par les gens aisés qui prennent l’avion ».

 

Le problème essentiel aujourd'hui est alimentaire.

Baptiste Filloux

Sur cette île minuscule où vivent environ 270 000 personnes à 95 % musulmanes, près de la moitié sont étrangères, un quart en situation irrégulière, 84 % vivent sous le seuil de pauvreté et 30 % des habitations n’ont pas d’eau courante. Déjà en proie à une épidémie de dengue, les services de santé risquent de ne pas pouvoir faire face si le virus se répand.

Le problème essentiel d’aujourd’hui, indique Baptiste Filloux, est alimentaire. Les Centres communaux d’action sociale aident les personnes en situation régulière. Une grande partie des Comoriens est donc exclue de l’aide institutionnelle.

Alors, aux côtés d’autres associations, le Secours Catholique remet des bons d’achat d’une valeur de 20 euros chacun aux personnes accueillies. Et puis il y la fracture numérique qui touche grandement les élèves théoriquement soumis à une continuité pédagogique dématérialisée.

Pour les plus précaires d’entre eux, une opération de dotation en forfait internet (5 Go par élève) est en cours (290 élèves dotés à la mi-avril) pour qu’ils puissent suivre à distance les cours de leurs professeurs. Désormais en lien avec le rectorat, la délégation espère pouvoir élargir cette aide à d’autres élèves.

 

Il existe ici une forte fracture numérique.

Damien Roussy

À La Réunion, même préoccupation où une des nombreuses réponses de la délégation du Secours Catholique à la pandémie actuelle consiste à imprimer cours et devoirs pour les acheminer jusqu’aux élèves confinés.

« Il existe ici une forte fracture numérique, explique Damien Roussy, le délégué du Secours Catholique. Nous avons débuté cette action à Saint-Denis, la capitale, et son territoire, mais nous devrions bientôt l’élargir à l’ensemble de l’île. »

L’épidémie à La Réunion est très majoritairement circonscrite aux cas importés de métropole et aux cas dits « contacts ». Au 22 avril, on dénombre 408 cas au total  et seulement trois personnes en réanimation. On ne déplore aucun décès dû au virus.

« Mais la peur est grande de voir la maladie se propager, car l’île est petite et sa population dense », précise Damien Roussy qui, dès le confinement annoncé, a déclenché avec son Bureau la cellule de crise.

« Cela a été relativement facile, dit-il, car nous avons une équipe Urgence très efficace, notamment parce que ce département ultramarin est particulièrement exposé aux catastrophes naturelles. L'équipe Urgence est composée de tous les membres de la délégation, tous formés aux pratiques de l’urgence. »

L’ensemble de la délégation et de ses moyens matériels et humains sont au service de la cellule Urgence, elle-même pilotée par sa présidente, Michelle Vital, et par son délégué.

« Au début, nous étions presque seuls »

« Notre priorité a été la “hotline“, ligne téléphonique mise en place dès le premier jour du confinement pour recueillir les appels des personnes dans le besoin ou souffrant d’isolement », décrit Damien Roussy.

« Au début, nous étions presque seuls. Nos partenaires habituels tels que les CCAS étaient fermés et leur personnel confiné. Les premières demandes se sont concentrées sur nous. Mais nous avons eu besoin des autres. Il nous a fallu très vite retisser nos partenariats dans ce contexte particulier. Finalement, le réseau reconstitué, nous sommes aujourd'hui plus forts ensemble. Sorte de plaque tournante des demandes et des offres, notre hotline est complémentaire des actions de nos partenaires. »

Dans la réponse inter-associative à l’épidémie (avec notamment la Croix-Rouge et Emmaüs), il est apparu que le Secours Catholique était le plus à l’écoute des populations fragiles. « Dans les Hauts, de très nombreux habitants vivent sans électricité et sans internet. Ils ont très peur. Notre rôle est de les écouter, de les informer sur les dangers et les précautions à prendre. »

 

De très nombreux habitants vivent sans électricité et sans internet. Ils ont très peur. Notre rôle est de les écouter.

 

Mais il n’était pas nécessaire d’aller très haut pour ressentir la détresse. Dans les rues des principales villes de la Réunion, les personnes sans domicile fixe n’ont jamais été aussi isolées. « Nos équipes ont à ce point fraternisé, à Saint-Denis, avec nos frères et sœurs de la rue, explique Damien Roussy, que malgré les freins et la crainte de la contamination il nous a été impossible de les abandonner à leur sort peu enviable ».

petits-déjeuners et maraudes adaptés

La dynamique équipe du Café de rue de Saint-Denis a vaillamment maintenu ses petits déjeuners du week-end, en les adaptant aux exigences du moment et au bon respect des gestes barrières. Quatre bénévoles et un salarié ont été autorisés à faire une maraude les samedis et dimanches pour proposer des sachets alimentaires aux sans-abri et à déposer des petits déjeuners devant la porte des lieux de confinement collectif de sans-abri à St-Denis.

Le partenariat est ici très fort avec la Croix-Rouge et la Fondation Abbé Pierre (dirigée par Matthieu Hoarau, ancien salarié du Secours Catholique).« Ces maraudes avec petits déjeuners sont assurés par des sans-abri ou d’anciens sans-abri devenus bénévoles », fait remarquer Damien.

Comme à Mayotte, l’urgence a contraint le Secours Catholique à distribuer des « bons de secours » d’une valeur de 20, 30, 40 ou 70 euros. Jusqu’ici, la délégation a dépensé 15 000 euros en bons, un tiers du budget de l’aide matérielle annuelle de la délégation.

Plateforme d'échange et de services

En un mois, la hotline (le 17) est vite devenue une plateforme d’échange et de services. « Des agriculteurs, des hôteliers, et d’autres commerçants nous ont donné leurs stocks d’invendus pour en faire profiter ceux qui en avaient besoin. Nous faisons le lien entre eux. Nous aidons certains à meubler les endroits où ils ont été confinés. Nous sommes des courroies de transmission », se réjouit Damien Roussy qui rend aussi hommage à la débrouillardise et à la solidarité familiale.

Pourtant, parmi ceux qui vivaient de petits métiers de l’économie informelle, beaucoup viennent aujourd’hui demander de l’aide au Secours Catholique. « Et nous pensons que la situation va empirer », ajoute Damien.

Jacques Duffaut
© Elodie Perriot / Secours Catholique
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