Migrants : À Calais comme ailleurs, continuer à être présents

Migrants : À Calais comme ailleurs, continuer à être présents

Publié le 27/03/2020
Essonne, Hautes-Alpes, Hérault, Pas-de-Calais, Yvelines
 

Actives auprès des personnes migrantes, dans l'aide d'urgence, mais aussi dans l'accueil et l'accompagnement vers une bonne intégration, les équipes du Secours Catholique s'adaptent pour continuer à être présentes aux côtés d'un public particulièrement vulnérable et en proie à l'isolement.

 

 

Calais : « Une des premières urgences est de diffuser de l’information fiable »

« Notre accueil recevait plus de 250 personnes par après-midi. À cause de l’obligation de limiter la fréquentation à 100 personnes, et l’absence d’autres lieux vers lesquels réorienter celles qu’on ne pouvait accueillir, nous avons décidé de fermer », explique Juliette Delaplace, chargée de mission "Migrants", à Calais. « Beaucoup de nos bénévoles ont un certain âge. Par sécurité, nous avons dû aussi arrêter la tournée des campements », poursuit-elle.

Ces décisions ont été dures à vivre pour l’équipe. « Nous avons un lourd sentiment de responsabilité, vu que, de son côté, l’État ne fait rien pour ces personnes. Celles-ci se retrouvent encore plus vulnérables face aux risques sanitaires et psychosociaux de la vie dans les campements. »

Affiches et flyers

Entre 500 et 800 personnes migrantes vivent actuellement dehors à Calais. L’un des premiers besoins, identifie Juliette Delaplace, est de leur fournir des informations fiables sur l’évolution de la crise sanitaire, sur le contexte de confinement, qui implique notamment, pour eux, la suspension des démarches administratives, et sur comment se protéger du virus… « Nous travaillons à des flyers et affiches rédigés en plusieurs langues. »

Initialement, l’ouverture d’une hotline et la création d’une page facebook dédiée avaient été envisagées, « mais du fait de la fermeture des lieux qui leur étaient accessibles, beaucoup de personnes migrantes n’ont plus accès à internet (par Wi-fi), voire ne peuvent plus se servir de leur téléphone car n’ont aucun moyen de recharger la batterie », explique la salariée du Secours Catholique.

besoins matériels

Pour répondre à ces besoins d’ordre matériel, l’équipe de bénévole cherche aussi des solutions. « Mais c’est compliqué », précise Juliette Delaplace. Des associations, mandatées par l’État, font des distributions de sandwichs et de kits "hygiène". « On réfléchit également à comment les soutenir. » Enfin, une distribution de chèques de services est prévue pour les personnes exilées confinées dans leur hébergement.

Face à cette situation préoccupante de quasi-abandon des personnes migrantes dans la ville du Pas-de-Calais, le Secours Catholique et d’autres acteurs de terrain interpellent les pouvoirs publics.

 

Briançon : « Chaque jour, un bénévole et un médecin passent au Refuge »

À Briançon, dans les Hautes-Alpes, le Refuge solidaire est un sas de repos pour les personnes migrantes de passage qui ont traversé la frontière franco-italienne.

« Depuis une semaine, nous n’avons plus d’arrivées depuis l’Italie », constate Jean-Yves Montalais, bénévole au Secours Catholique et représentant de l’association au sein de la structure. « Cela est dû à un renforcement des contrôles et à des refoulements systématiques opérés par les policiers français. »

Pas de rutpure du lien

Une vingtaine de personnes, essentiellement des hommes seuls, vit aujourd’hui confinée au Refuge, dans une forme d’autogestion. Parmi elles, trois sont chargées de coordonner les tâches quotidiennes : préparation des repas, ménage…

« Un bénévole passe tous les jours pour assurer l’approvisionnement en produits alimentaires et vérifier que tout se passe bien », précise Jean-Yves. Une visite quotidienne est également effectuée par un médecin ou un infirmier de l’association Médecins du Monde, et, en cas d’urgence, un bénévole est directement joignable via un téléphone « d’astreinte » confié à l’un des résidents.

« Il n’y a malheureusement plus les temps de partage comme les moments de jeux, de repas partagés, de conversations, regrette Jean-Yves. Mais il n’y a pas de rupture du lien. »

 

Angers : « La scolarité, c’est ce qui fait tenir les jeunes »

À Angers, le Secours Catholique accompagne une trentaine de mineurs étrangers isolés non pris en charge par le département du Maine-et-Loire et qui vivent dans des squats ou sont logés en appartements.

L’une des priorités du Secours Catholique a été de maintenir le lien avec les collèges et lycées pour assurer une continuité scolaire : « Aujourd’hui, les professeurs appellent les jeunes, rapporte Franck Ozouf. Ils leur envoient les cours et des exercices par mail ou par WhatsApp. Les jeunes prennent leur copie en photo et l’envoient pour la correction. »

CONTINUITÉ SCOLAIRE

Ceux qui ne sont pas équipés d’une connexion internet reçoivent les cours par courrier à l’adresse du Secours Catholique. « On les récupère et on les leur remet. Ils corrigent ensuite au téléphone avec leur professeur. »

Pour Franck Ozouf, la continuité scolaire des jeunes migrants isolés est essentielle. « C’est une dimension particulière pour des jeunes en précarité qui n’est pas toujours pensé par l’Éducation nationale. Or, la scolarité, c’est ce qui les fait tenir. »

 

Saint-Germain-en Laye, Vendargues, Évry : « Ne pas casser la dynamique d’apprentissage »

« On sait que les longues périodes d’interruption risquent de casser une dynamique. Démarrer l’apprentissage d’une langue c’est un investissement, et puis des liens ont été tissés, ce serait dommage de tout arrêter à cause du confinement », considère Robert Damas qui coordonne les cours de français au Secours Catholique de Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines.

En temps normal, les 15 bénévoles proposent deux séances hebdomadaires aux 70 apprenants. Aujourd’hui, « on essaye de poursuivre l’activité en s’adaptant aux outils pratiqués par les uns et les autres ».

« S’adapter », c’est le mot d’ordre qui prévaut également au sein de l’équipe de bénévoles de Vendargues, dans l’Hérault. « Nous avons une trentaine d’élèves dont les situations sont très variées », explique Marie-Laure Reyne, la coordinatrice.
 

Avec ceux qui n'ont pas de connexion internet, on maintient le lien par téléphone.

Marie-Laure Reyne, bénévole à Vendargues (34).

Certains sont équipés d’un ordinateur. « Ils reçoivent les cours et renvoient leurs copies par mail. » D’autres n’ont qu’un smartphone. « Dans ce cas, tous les échanges se font par WhatsApp. Les cours sont envoyés accompagnés d’une vidéo explicative et d’exercices faciles à faire sur un téléphone. »

Enfin, il y a ceux qui n’ont pas de connexion internet. « Avec eux, on maintient le lien, raconte Marie-Laure Reyne. On appelle une fois par semaine pour discuter, prendre des nouvelles. » 

À Évry, dans l’Essonne, le cours collectif du mercredi après-midi se poursuit… en visio-conférence. Chaque semaine, les trois formateurs retrouvent leurs dix élèves, tous équipés de smartphones, par écrans interposés. « Une fois par semaine, également, ajoute François Thiébault, l’un des formateurs. On appelle tous les apprenants 10 à 15 minutes, individuellement, pour les faire parler français. » 

 

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Benjamin Sèze.
Crédits photos : ©Christophe Hargoues / Secours Catholique
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