Niger : des leaders de la société civile enfin libres !

Publié le 11/07/2018
Niger
 
Ils étaient emprisonnés depuis le 25 mars dernier et la bonne nouvelle est enfin tombée : plusieurs leaders de la société civile nigérienne, dont des membres de la coalition "Tournons la page Niger", soutenue par le Secours Catholique, sont libres.

 

La justice nigérienne s'est prononcée : les partenaires emprisonnés ont été condamnés à 3 mois de prison avec sursis pour attroupement non armé. « Un jugement équitable qui a démontré que ce procès visait à faire taire la contestation contre la loi de finance 2018 », selon Laurent Duarte, coordinateur de la campagne "Tournons la page".

Cinq militants, dont Maikoul Zodi, le coordinateur de Tournons la page au Niger sont toujours dans l'attente de leur procès mais ils devraient être libérés dans quelques jours, les chefs d'accusation étant les mêmes.
 
Maïkoul Zodi a été arrêté le dimanche 15 avril, suite à une manifestation contre la loi de Finances 2018.
 
Tournons la page Niger, une coalition d’ONG de la société civile soutenue par le Secours Catholique-Caritas France, dénonce en effet cette loi qui accentue la pression fiscale sur les plus démunis.
 
Avant son arrestation, Maïkoul Zodi, coordinateur de Tournons la page Niger, s'était confié dans un entretien au Secours Catholique, pour expliquer le combat de la société civile contre une "loi injuste" et dénoncer la dérive autoritaire du régime.

 

Entretien avec Maïkoul Zodi, coordinateur de Tournons la page Niger.

 

Que s’est-il passé dimanche 25 mars ?


Nous, les organisations de la société civile, réunies au sein d’un cadre de concertation (et à l’origine duquel est Tournons la page Niger – TLP Niger), avions prévu d’organiser notre 6e Journée d’actions citoyennes (Jac) contre la loi de Finances 2018. Cela fait plusieurs mois que nous organisons de telles journées pacifiques non seulement à Niamey mais aussi dans tout le pays, grâce à nos 8 coordinations régionales de TLP. Nous en profitons pour expliquer la loi aux citoyens et les conséquences néfastes qu’elle a sur leurs vies.

Au fur et à mesure, on a constaté que la foule augmentait pour atteindre les 20 000 personnes ! Le pouvoir a pris peur face à cette grogne sociale. Il a tout d’abord organisé sa propre contre-manifestation en février, en soudoyant la population pour la faire venir (j’ai vu la distribution de billets de mes propres yeux !). C’est ridicule : comme si un citoyen du Niger pouvait dire « Allez-y, taxez moi encore plus ! », alors qu’il a déjà du mal à vivre. En vue du 25 mars, les autorités ont interdit notre Jac mais nous avons décidé de maintenir la mobilisation.

Policiers, gendarmes et gardes nationaux ont investi les lieux et arrêté les leaders de la société civile. J’ai échappé à la rafle car j’étais en route pour Paris pour participer à une réunion TLP. Citons les arrestations d’Ali Idrissa-Nani, coordinateur du ROTAB, Nouhou Arzika, président du MPCR, et Moussa Tchangari, secrétaire général d’Alternatives Espaces Citoyens. Tous sont poursuivis pour « participation à une manifestation interdite et destruction de biens publics, et placés en détention dans diverses prisons du territoire.

Clairement, le pouvoir a voulu casser le mouvement qui prend de l’ampleur mais ce ne sont que des dégâts collatéraux. Ceci montre sa dérive autoritaire.  Notre président Mahamadou Issoufou s’est transformé en dictateur. Mais on va continuer le combat pour en finir avec cette loi injuste.

 

En quoi cette loi de Finances qui s’applique depuis début janvier est-elle si néfaste pour les Nigériens ?

 

Elle comporte 110 mesures censées rapporter 14 milliards de francs CFA qui vont accentuer la pression fiscale sur les couches défavorisées. Par exemple, une taxe de 80000 francs CFA sur les prestations de services ambulants (cireurs, coiffeurs de rue…) ce qui fait augmenter le tarif payé par les consommateurs ; ou encore une taxe d’habitation payée à travers nos factures d’électricité, c’est à dire que nous allons payer l’Etat via les prestataires.

Nous ne leur faisons pas confiance, les intermédiaires vont s’engraisser sur notre dos. On a observé que les prix de denrées ont augmenté depuis janvier. Or, les Nigériens sont pauvres. Notre pays est avant dernier au classement de l’IDH (indicateur de développement humain) devant la Centrafrique. C’est absurde car nous avons de l’uranium et du pétrole. Et celui-ci, notre pétrole, est exonéré de fiscalité pour Areva qui paie 360 FCFA le litre d’essence contre 540 pour le citoyen nigérien.

 

À ce propos, pour vous, la nouvelle loi  accentue cette tendance et accorde de nouveaux cadeaux fiscaux aux investisseurs…

 

Oui, par exemple, dans la loi, l’État accepte de renoncer à 40 milliards de FCFA par an en supprimant sa taxe sur les compagnies de téléphone. C’est injuste : pourquoi mettre la pression fiscale sur le citoyen qui souffre déjà ? Cette loi continue à engraisser l’élite au pouvoir et ses entreprises amies, sans pour autant investir dans les services publics !

Il n’y a rien dedans sur des investissements dans la santé ou l’éducation. Or, ces secteurs sont démunis au Niger ! Moi je veux bien payer des impôts mais à condition de pouvoir me faire soigner correctement ! Dans les faits,  les Nigeriens restent pauvres et ne profitent pas de l’exploitation des ressources naturelles.

 

En quoi le réseau international TLP peut vous aider dans votre lutte pour défendre la démocratie et la justice fiscale au Niger ?

 

Avec les autres coalitions, on se soutient, les unes les autres. Par exemple, TLP vient de publier un communiqué de presse pour dénoncer la situation au Niger et nos partenaires du Gabon et de RDC l’ont signé. De même quand le président tchadien Idriss Déby Itno est venu à Niamey, TLP Niger a manifesté pour dénoncer son régime dictatorial. Le combat pour la démocratie se vit partout !

« Ce que l'État gagne n'est pas consacré au développement du pays » : entretien avec Abdoulaye Seydou, membre de Publiez ce que vous payez Niger

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © Élodie Perriot / Secours Catholique
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