Pâques : une lumière pour sortir de nos "confinements"

Pâques : une lumière pour sortir de nos "confinements"

Publié le 02/04/2020
 

Donner du sens au confinement

Avec la crise du coronavirus, chacun est invité à rester chez soi et à ne sortir que pour des raisons précises. Une expérience qui déroute, mais à laquelle des acteurs du Secours Catholique ont voulu donner une portée spirituelle.

« On ne choisit pas les circonstances où l’on est placé, mais on choisit la manière de les accepter » : ce SMS, quelque 80 personnes du Secours Catholique du Rhône l’ont reçu le 29 mars en pleine période de confinement. Tous les deux jours, les animateurs leur ont envoyé un mot ou une invitation à faire un geste (« écrivez-vous une lettre pour dans six mois », « appelez un proche »…).

« Cette démarche fraternelle est partie de la frustration d’être confiné et isolé », explique Marion Bichet, animatrice. « On s’est dit que c’était le moment de vivre autre chose, de redonner du sens et de maintenir le lien. » « Ça nous relie, je me sens plus en relation », confirme Boniface, demandeur d’asile originaire du Rwanda, « et ça me permet de réfléchir. »

« Ça me réconforte, ça donne un sens positif à ma journée durant laquelle je suis très seule », renchérit Annick, 68 ans, qui précise qu’elle partage cet élan en téléphonant à d’autres contacts pour leur transmettre le message.

"Contagion fraternelle"

Plusieurs délégations du Secours Catholique ont ainsi mis en place des newsletters ou des SMS pour donner un sens au confinement. « De fait, c’est une expérience spirituelle de rester chez nous, isolés, enfermés, ça touche en soi au sens de la vie », observe Céline Tournus, responsable du département Animation spirituelle.

En Alsace, Caritas a de son côté lancé un mail hebdomadaire “Contagion fraternelle” avec une proposition de prière, un partage d’expérience, sans oublier une rubrique humour pour se détendre. « L’idée est de se porter les uns les autres par la prière car on vit un temps d’épreuve », explique Françoise Dréno, animatrice.

 

Pendant 5 minutes, faisons chut ! Arrosons de bonté notre patience ! Laissons germer notre espérance ! Malgré la maladie, aimons la vie.

 

« Ce printemps-là, nous ne l’oublierons pas, nous ne pourrons le voir que de notre fenêtre. Une autre prise de conscience. Et on ne prenait peut-être même plus le temps de voir la création de Dieu », témoigne Fabienne.

En Seine-et-Marne, l’équipe d’animation spirituelle du Secours Catholique a invité son réseau à allumer une bougie tous les soirs à 20h15, après les applaudissements aux soignants : « Pendant 5 minutes, faisons chut ! Arrosons de bonté notre patience ! Laissons germer notre espérance ! Malgré la maladie, aimons la vie », était-il écrit dans le mail expliquant la démarche.

 

Le bourgeon apparaît, l’arbre renaît. Ainsi nous nous relèverons et nous ressortirons.

 

« L’idée était de nous rassembler dans une même fraternité et aussi de tendre vers la vie, en ce temps de confinement où la maladie et la mort sont présentes dans nos pensées », estime Michèle Valade, aumônière.

L’équipe a également, chaque semaine, envoyé par mail un texte, un dessin, une chanson : autant d’invitations à méditer, quelles que soient les croyances de chacun. Un poème sur le coronavirus invite ainsi à l’espérance : « Le bourgeon apparaît, l’arbre renaît. Ainsi nous nous relèverons et nous ressortirons. »

 

Un rendez-vous interreligieux en direct de Jérusalem 
Chaque mardi, à 17 heures (heure française), depuis les flancs du Mont des Oliviers, face aux murailles de Jérusalem : c’est le rendez-vous de prières interreligieuses imaginé et inauguré par la Maison d’Abraham, lieu d’accueil et de rencontres en Terre sainte, à l’occasion de ce temps de confinement.
Diffusé en direct sur la page Facebook de la Maison d’Abraham, ce moment expérimente la mise en lien de prières de différentes traditions religieuses (musulmanes, juives, mais également hindouistes et bouddhistes en association avec les communautés de l’Esplanade des religions de Bussy-Saint-Georges), portant les intentions des plus fragiles de tous pays. Cette expérience, née dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, est appelée à se pérenniser.
Prochain rendez-vous : mardi 14 avril, à 17 heures.
 

« Ne gardons pas une mine de Carême durant ce temps de confinement »

Philippe Demeestere est aumônier du Secours Catholique de Calais. Père jésuite, il a longtemps vécu auprès des personnes à la rue et s'engage au quotidien auprès des plus fragiles. Il nous rappelle ici combien, paradoxalement, le confinement en nous privant de relations nous fait faire l'expérience vive du besoin de l'autre et du lien. Cette ouverture à l'autre que le Ressuscité a érigé en souffle de vie.    

« Temps précieux que ce temps où nous nous retrouvons chacun, individuellement, plus concrètement que jamais, - à travers le rappel constant des "gestes-barrières", par exemple -, renvoyés à la réalité de notre appartenance, corps et esprit, à un même organisme social, avec lequel nous sommes constamment en interaction.

 
Tous, tant que nous sommes, nous tentons pourtant de nous bâtir une autonomie, une suffisance qui nous protège, nous acquitte de tout devoir vis-à-vis "des autres".
 
"Je fais ce que je veux" ; "Quand je veux ; comme je veux ; avec qui je veux" ! À peine une caricature ! Chacun à la mesure de ses moyens. Une affirmation de soi à laquelle s'attache à donner consistance tant le S.D.F. sur "son" bout de carton que le dirigeant d'entreprise et "sa" place de parking.
 
Temps précieux, donc, que ce temps de confinement, sur lequel vient se greffer opportunément le temps de la Passion de Jésus de Nazareth.
 
Cet homme, Jésus, est celui qui, dans ses gestes les plus quelconques, les plus quotidiens, ses pensées les plus cachées, - et la fraction du pain du Jeudi Saint n'est que la manifestation de cela -, s'est rendu, sans trêve, présent à la multitude, a porté le souci du plus petit, du plus méprisé.
 

Tel le christ souriant de Javier

 
Cet homme-là n'a rien gardé pour lui-même, rien gardé qui s'arrête à son seul intérêt, à sa seule fatigue, à sa seule satisfaction. Rien de ce qu'il est, - pas même sa mort de supplicié -, n'a échappé au partage, à l'ouverture ; autrement dit, à la prière, à l'action de grâce.
 
Suivre cet homme dans sa sortie de toutes les frontières, nous fait mesurer comment nous demeurons fréquemment confinés en nous-mêmes; nous fait buter sur nos refus d'abandonner la maîtrise de nos appuis.
 
Pourtant, à son appel à le suivre, loin que cela nous désespère, nous nous réjouissons d'entendre que nos limites, souvent teintées de mensonge, souvent meurtrières, sont les lieux-mêmes où la vie nous convoque, pour nous associer à elle dans le combat auquel elle s'identifie : démasquer et terrasser la mort.
 
 
Aucune puissance ne saurait soumettre au confinement la vie.
 
 
Pour dire qu'aucune puissance ne saurait soumettre au confinement la vie, les évangiles nous parlent d'un tombeau vide. Pour traduire cette même évidence, des artistes ont choisi de représenter un crucifié au visage souriant, tel le Christ de Javier.
 
Une façon toute simple de nous associer à la fête de Pâques, pourrait être de ne pas garder une mine de Carême durant ce temps de confinement. Ce qui est déjà le cas, n'est-ce pas ? Merci de la part de tous ceux qui vous côtoient. »
Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : @ Anaïs Pachabézian / Secours catholique ; jesuites.com
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