Plan pauvreté : « Des refus, des lenteurs et quelques avancées »

Plan pauvreté : « Des refus, des lenteurs et quelques avancées »

Publié le 09/09/2019
France
 

En 2017, sous la pression du Secours Catholique et de ses partenaires du collectif Alerte, le gouvernement a nommé un délégué interministériel et progressivement accepté d’ouvrir une concertation sur la pauvreté. Salariés, bénévoles du Secours Catholique et personnes ayant connu ou vivant la précarité s’y sont impliqués. En septembre 2018, un plan a été annoncé par le président de la République. Quel bilan un an après ? 

 

Les + et les -

 +    La prime d’activité a été augmentée d’environ 100 euros, jusqu’au niveau du Smic. Elle bénéficie à 5 millions de ménages.

 +    Pour lutter contre le non-recours aux prestations sociales : le renouvellement de la Cmuc a été rendu automatique pour les allocataires du RSA ; la Cmuc et l‘Aide à une complémentaire santé (ACS) ont fusionné.

 +    Des concertations pour un revenu universel d’activité et la création d’un véritable service public de l’insertion ont été engagées. 

 

Le RSA reste très bas et n’est toujours pas accordé aux jeunes de moins de 25 ans.

 

 -      Parmi les mesures que le Secours Catholique souhaitait voir prises et qui ne l’ont pas été : la hausse du RSA. Restant très bas, il permet à peine de survivre et il n’est toujours pas accordé aux jeunes de moins de 25 ans.

 -      Le plan pluriannuel en matière de logement, adopté précédemment, est très insuffisant et n’a pas été renforcé. 

 +    Un pilotage de la stratégie, comprenant une contractualisation de l'État avec les départements, a été mis en place, ainsi que des groupes de travail régionaux auxquels le Secours Catholique participe. Une grande partie des départements ont déjà passé contrat.

 +    Un service de cantine à 1 euro est désormais proposé à 70 000 enfants de communes de moins de 10 000 habitants.

 

Rien n’a été prévu pour les milliers de familles étrangères en grande précarité.

 

 -    Rien n’a été prévu pour les milliers de familles étrangères qui vivent dans une très grande précarité et sans espoir possible de régularisation, d’insertion ni d’accès à un logement. Rien non plus pour des milliers de mineurs isolés vivant à la rue.

 -    Le financement de la stratégie se fait en désindexant les pensions de retraite, les prestations familiales et les APL (par rapport à l’inflation), et en réduisant le nombre des contrats aidés de manière drastique.

 +    50 % des membres du Conseil national de lutte contre l’exclusion (CNLE) et d’autres instances consultatives sont désormais des personnes vivant la précarité.

 +     400 points “Conseil budget” dans toute la France en 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le point de vue de Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique.

 

« Le Plan de lutte national contre la pauvreté est la réponse à notre réaction aux mesures prises en début de quinquennat : suppression de l’ISF, baisse des APL, flat tax pour les plus aisés. Le président de la République disait avoir compris les personnes vivant dans la pauvreté et admettait qu’elles avaient les solutions à leurs problèmes.
 
Un délégué interministériel très compétent a été nommé pour passer à l’action, mais les choses avancent lentement parce qu’il est difficile de convaincre tous les ministères en même temps et que la question sociale, en France, relève surtout des départements et des communes.
 
COMMENT VIVRE AVEC 500 EUROS PAR MOIS ?

Notre demande visant à augmenter le RSA se heurte toujours au refus du gouvernement. Comment vivre aujourd’hui avec 500 euros par mois ? On survit plutôt. Il faut non seulement augmenter le RSA, mais faire en sorte que tous ceux qui y ont droit y accèdent. Il faut le rendre automatique.
 
Autre point noir, le logement des familles étrangères. La plupart ne sont plus expulsables. Autant les régulariser rapidement plutôt que de les laisser végéter dans des hôtels ou des squats. La question des étrangers, en France, reste taboue. On nous répond oralement qu’il y aura des mesures. Mais comme rien n’est écrit, rien n’est fait.
 
DES RAISONS D'ESPÉRER

Il y a tout de même des raisons d’espérer. La décision d’implanter des Maisons de services publics dans tous les cantons est une bonne nouvelle. Sous réserve que les moyens soient au rendez-vous et qu’elles répondent entièrement aux besoins. Ce que nos équipes sur le terrain devront vérifier. »
Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Christophe Hargoues / Secours Catholique ; ©Wavier Schwebel / Secours Catholique ; ©Elodie Perriot / Secours Catholique
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