Plan pauvreté : « Un bon signal »

Publié le 13/09/2018
France
 

Emmanuel Macron a annoncé jeudi 13 septembre le Plan pauvreté du gouvernement. Véronique Fayet réagit à cette stratégie qui présente de nombreuses propositions structurantes et un appel à un vrai changement de regard, mais, souligne la présidente du Secours Catholique-Caritas France, dont les moyens restent trop modestes par rapport aux ambitions affichées.

 

 

Entretien avec Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique

 

Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi 13 septembre, les mesures du « Plan pauvreté », quelles sont celles qui vous paraissent aller dans le bon sens ?


Je pense aux mesures autour de la restauration scolaire, avec un fond qui permettra progressivement à toutes les communes d’avoir un vraie tarification sociale et solidaire, c'est-à-dire des tarifs dégressifs en fonction des revenus des ménages, de manière à ce que n’importe quelle famille, même avec plusieurs enfants, puisse avoir accès à la cantine scolaire.

Beaucoup de familles, aujourd’hui, ne mettent pas leurs enfants à la cantine par manque de moyens. Ce qui est dommage pour les enfants, d’une part, parce qu'ils sont privés d’un lieu de socialisation, et d’autre part, parce qu'ils mangent sans doute chez eux un plat de nouilles, au lieu de profiter d'un repas équilibré dans lequel il y aura de plus en plus de produits de qualité issus de l'agriculture biologique et de proximité. Prévoir 20% de bio dans les cantines, c’est bien, mais il faut, en plus, penser « solidaire ».

Obligation de formation

Parmi les autres mesures qui nous paraissent importantes au Secours catholique, il y a l'obligation de formation jusqu’à 18 ans. Beaucoup de jeunes décrochent scolairement, parfois avant 16 ans. Et à ce moment là, ils tombent dans un vide, car ils ne vont pas tout de suite s'inscrire à la mission locale. Ils attendent de galérer un an, deux ans, voire plus... Ils vivent plus ou moins chez leurs parents et ont donc de quoi manger, ils n’ont pas envie de retourner dans quelque chose qui ressemblerait à l’école et ils ne sont suivis par personne.

Le Plan prévoit qu'ils soient obligatoirement recensés et reçus par la mission locale, ou par un autre acteur, et qu'on leur propose de reprendre une formation plus proche de leurs besoins, de leurs capacités, une formation plutôt qualifiante que scolaire. Cette idée est bonne.

Peut-être que sa mise en œuvre ne sera pas facile, car ce sont des jeunes qui sont allergiques au système scolaire. Il est prévu dans le Plan, un renforcement des financements pour les écoles de production. Ce qui est une bonne chose, car ce dispositif, très ancien et peu connu, est remarquable.

En savoir plus sur les écoles de production

La question du non recours aux prestations sociales, au RSA, par exemple, qui est estimé à 30% des allocataires en France - 40% parmi les personnes rencontrées par le Secours Catholique -, va être traitée. Il est notamment prévu de lancer une expérimentation « territoires zéro non-recours ». C'était une des propositions faites par le Secours Catholique.

Enfin, concernant l'accès à l'emploi, le Plan prévoit des mesures intéressantes, telles un accompagnement renforcé des demandeurs d'emploi, l’augmentation des postes en Insertion par l’activité économique (IAE), l'essaimage d'expérimentations comme les Territoires zéro chômeur de longue durée...

PENSER de manière globale

Mais, la lutte contre la pauvreté doit être pensée de manière globale. Il faut que ces mesures pour l'accès à l'emploi soit articulées avec le plan logement, par exemple. Car si des personnes ont accès à un emploi mais n'arrivent pas à accéder à un logement stable, cela peut tout faire échouer.

Or on n'a pas l'impression que cette vision globale soit la logique du gouvernement qui dit que la loi Elan (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) va tout résoudre. Pourtant lorsqu'on regarde ce projet de loi, la question du logement ne se présente pas de manière favorable, avec la réduction du montant des APL, la réduction du budget pour la construction de logements sociaux, un encouragement à multiplier les pensions de familles ou maisons relais, mais sans prévoir d'augmenter la participation de l'État à leur fonctionnement - celle-ci n'a pas augmenté d'un centime depuis dix ans.

Mais le fait que ce soit le président de la République qui se saisisse du sujet, laisse espérer que ce dernier mette tous les ministres en ordre de bataille et qu'on ait, justement, cette vision globale qui permettra d'avancer un peu sur tout les aspects en même temps.

 

Quels manques notez-vous dans ce Plan pauvreté ?


Le RSA ne va pas augmenter. Au sein du collectif Alerte, dont fait partie le Secours Catholique, nous prônons le triptyque  : un revenu décent, un accompagnement renforcé et un accès à l’emploi facilité. Il va manquer le revenu décent, car le RSA restera à son niveau, avec seulement une augmentation légale de 2%.

Or on sait que vivre avec 500 euros par mois, c'est être dans la survie. Cela vous occupe l'esprit toute la journée, vous ne vous sentez pas en sécurité, cela monopolise votre énergie, à aller chercher un paquet de nouilles à l'autre bout de la ville car elles sont un euro moins cher, à vous rendre à pied dans une administration car un ticket de métro ou de bus coûte trop cher... Vous passez beaucoup de temps à aller demander une aide, remplir des papiers... Vous n'êtes pas du tout disponible pour chercher du travail.
 

On sait que vivre avec 500 euros par mois, c'est être dans la survie.


Les témoignages des personnes que nous rencontrons au Secours Catholique nous disent qu'autour de 850 euros, ce n'est pas le Pérou, on est en dessous du seuil de pauvreté, mais on commence à être un peu plus en sécurité. D'ailleurs le gouvernement va progressivement augmenter l'allocation pour les personnes âgées et l'AAH pour les adultes handicapés jusqu'à 900 euros. Cela signifie que l'on considère que 900 euros, c'est un revenu à peu près digne, en plus de l'allocation logement et peut-être d'une aide "santé", pour qu'une personne puisse vivre correctement.

Ce qui sera intéressant, c’est de voir comment se concrétisera la fusion des minimas sociaux, au sein d'une aide sociale unique (le « revenu universel d'activité » évoqué par emmanuel Macron. Ndlr) à laquelle nous sommes favorables. Car cela va simplifier les démarches, rendre plus lisible l'accès aux droits pour les personnes. Ira-t-on jusqu’à une forme d’automaticité du versement de l'aide afin d'éviter le non recours ?

Pourquoi le gouvernement prévoit une augmentation des aides pour les personnes âgées et pour les personnes handicapées, mais pas pour les allocataires du RSA ?


Sans doute par ce qu'il considère que les personnes qui ont accès au RSA risquent de s'en contenter et que cela va les dissuader de chercher du travail, et puis que 500 euros c'est déjà bien cher payé. Cette vision n'est pas juste ! Elle traduit un regard culpabilisant porté sur les personnes en précarité, un regard chargé de préjugés qui ne correspondent pas à la réalité.

Mais le président de la République a rencontré lundi 10 septembre, par le biais d'ATD Quart Monde, des personnes en grande précarité, pendant cinq heures.

J'espère qu'il a pu se rendre compte que, d'une manière générale, ce n'est pas de la faute des personnes si elles se retrouvent dans cette situation, que ce sont des personnes courageuses et suffisamment intelligentes pour faire face à de telles difficultés. J'espère qu'il va définitivement tourner la page d'un discours culpabilisant sur l'assistanat, le « pognon de dingue ».
 

Il est nécessaire que tout le monde se mobilise parce que nous faisons face à un problème tellement global et multifactoriel que ce ne sont pas 2 ou 3 milliards de l'État qui vont tout régler.


Je pense enfin que le rôle du président de la République est de faire un appel à la Nation, pour que toute la société soit dans une démarche de solidarité envers les personnes en précarité, que tout le monde se mobilise - l'État, les associations, mais aussi les entreprises, les enseignants...- parce que nous faisons face à un problème tellement global et multifactoriel que ce ne sont pas les 8 milliards que compte investir l'État qui vont tout régler.

C'est nécessaire qu'un chef d'entreprise se sente concerné par l'accès à l'emploi, qu'un président de club sportif de quartier se demande pourquoi les enfants de telle famille défavorisée ne viennent pas au foot le mercredi...

C'est le rôle du Président d'initier cette mobilisation générale et de dire aux Français : « C'est l'affaire de tous. »
 

Lire le communiqué du Secours Catholique suite à l'annonce du Plan pauvreté

 

 

Benjamin Sèze.
Crédits photos : ©Steven Wassenaar / Secours Catholique
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