Pour la protection sociale de demain !

Pour la protection sociale de demain !

Publié le 19/02/2018
France
 

Le Secours Catholique-Caritas France et le Collectif pour une protection sociale solidaire lancent une grande enquête nationale afin de recueillir l'expérience et l'analyse du plus grand nombre pour participer à la construction de la protection sociale de demain

Conçue avec des personnes ayant l'expérience de la précarité, l'enquête est ouverte à tous et viendra nourrir le rapport statistique annuel du Secours Catholique.

  • Parce que notre modèle de protection sociale ne répond plus suffisamment aux besoins des plus pauvres et n’est plus adapté aux grandes mutations économiques et sociales de notre société;
  • Parce que la précarité continue de gagner du terrain, malgré les initiatives prises en matière de lutte contre l’exclusion et d’accès aux droits;
  • Parce qu'il est urgent de refonder notre protection sociale;

    RÉPONDEZ À NOTRE ENQUÊTE ET DEVENEZ ACTEURS DE LA TRANSFORMATION SOCIALE !
 

Séverine : « La protection sociale ce n'est pas  que le "trou de la Sécu" »

Séverine, 45 ans, qui vit à Saint-Omer, participe à un groupe de travail sur la protection sociale monté par le Secours Catholique, la Fédération nationale des centre sociaux et l'association grenobloise Aequitaz. Ce groupe réunit des acteurs associatifs, des allocataires des minimas sociaux et des chercheurs pour réfléchir ensemble à un système de protection sociale plus juste et moins brutal. Séverine témoigne.

« Participer à cette réflexion m’intéresse car on parle de nos vies. Dès que tu parles de la « protection sociale », pour les gens, c’est la Sécurité sociale, donc le « trou de la sécu », forcément à cause des « cas sociaux ».

Je suis toujours étonnée d’entendre cela, car pour moi, la protection sociale ce n’est pas que ça. C’est un tout qui concerne les salariés, les non-salariés, ceux qui sont au RSA, ceux qui sont handicapés.

L’intérêt de participer à ce groupe de travail, c’est d’essayer de trouver de nouvelles lois pour avancer, même si cela doit prendre des années. On y va par petites étapes.

Par exemple, on a commencé par lire l'historique de la protection sociale. C’était ardu, mais ça m’a plu car j’ai appris des choses. Dans ce groupe de travail, chacun découvre des choses grâce aux autres participants, et on ne se juge pas.
 

Moi, j’apporte ma vie tout simplement.


Moi, j’apporte ma vie tout simplement, de femme divorcée au RSA, avec deux enfants dont une handicapée (lire ci-dessous). Je pense que c'est important, car s’ils travaillent toujours et uniquement avec des experts, ils ne vont jamais avancer.

Lorsque tu pars de l’expertise, tu ne vois que des chiffres, et tu ne te rends pas compte de la réalité vécue derrière. Tu ne vois pas qu'avec l'allocation adulte handicapé (AAH), certaines personnes de 30-40 ans sont obligées de vivre avec leurs parents. J'ai un ami qui est dans cette situation. Comment ferait-il autrement ?

Si on ne sait pas cela, on ne peut pas trouver de bonnes solutions. »
 

 

«  Ce mois-ci, je suis vraiment dans le rouge  »

Le 26 septembre 2016 lors d'un séminaire du groupe de travail sur la protection sociale au Centre spirituel de Loisy, dans l’Oise, les participants devaient tracer une ligne de vie oscillant dans un diagramme composé de trois couches superposées : l'une rouge, l'autre orange et une troisième verte. La ligne oscillait entre ces trois couleurs selon le bien-être ressenti à différentes périodes de leur vie du fait de leur niveau de ressources. Ce jour-là, Séverine décrypte la courbe qu’elle a tracée.

« Moi, je suis toujours entre le orange et le rouge, je ne me suis jamais mise dans le vert. Au début, quand j'étais enfant, nous étions dans le orange. Mes deux parents travaillaient mais ils avaient des petits salaires - ma mère à la poissonnerie et mon père comme chauffeur-livreur -, et nous étions deux, puis trois, puis quatre enfants.

Ensuite ma mère a arrêté de travailler pour s’occuper de nous. Et à un moment, mon père a perdu son travail. Là, on s’est retrouvé dans le rouge. Dans le rouge foncé même, je me rappelle de périodes où on n’avait plus d’électricité, plus d’eau, plus de gaz, plus rien.

À 20 ans, mes parents m’ont mise dehors parce qu’ils ne touchaient plus d’allocation familiale pour moi. J’ai vécu chez mon copain presque sans rien. Heureusement on pouvait habiter chez ses parents. Lui, il travaillait mais touchait 700 à 800 euros.

Un an après, j’ai eu mon fils. Pour le premier, tu ne touches pas d’allocations. On n’avait qu’un petit salaire. Après, j’ai eu ma fille. Là, on a touché une allocation donc ça allait un peu mieux. C’est pour cela que je me suis mise à nouveau dans le orange.

Après il y a eu le divorce, j’ai tout perdu. Donc rouge. Quand tu divorces, tu crois que tu as plus d’argent, mais en fait tu as plus de charges derrière. Il faut surveiller les charges pour vraiment faire les comptes.

Depuis, ma situation varie entre le orange et le rouge. Là, je suis dans le rouge depuis un mois, car l’allocation des mineurs handicapés (AMH) que touche ma fille n’a pas été versée. J’ai pourtant rempli le dossier de renouvellement en temps et en heure, mais c’était au mois d’août. Quand j’ai été à la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) début septembre, ils m’ont répondu qu’ils avaient pris du retard à cause des vacances.

 Résultat, ce mois-ci, je me retrouve avec 644 euros pour deux. J’arrive à vivre mais je suis vraiment dans le rouge.  »
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