Pourquoi la question de l’accès à l’eau est centrale au Burkina Faso

Publié le 19/11/2018
Burkina Faso
Pourquoi la question de l’accès à l’eau est centrale au Burkina Faso
 

Depuis 10 ans, le Secours Catholique-Caritas France soutient un projet hydraulique dans 10 communes rurales au Burkina Faso.

Pour son partenaire, l’OCADES Burkina (Organisation catholique pour le développement et la solidarité), la Caritas burkinabé, garantir l’accès à l’eau et à l’assainissement, c’est garantir une sécurité alimentaire et une hygiène de vie nécessaire au bien-être des populations.
 

Entretien avec l’abbé Constantin Safanitié Séré, Secrétaire général de l’OCADES Burkina.

 

Pourquoi la question de l’accès à l’eau est centrale au Burkina Faso ?


C’est une problématique du fait de la nature de nos cycles saisonniers : notre saison des pluies dure quatre à six mois, ce qui veut dire que nous avons six à huit mois sans précipitations. De plus, nous n'avons pas de grands lacs ni de grands fleuves ou mares, c’est-à-dire peu de retenue de ces eaux naturelles.

Et cette situation empire désormais avec le changement climatique : les quantités d’eaux qui tombent sont insuffisantes. Par exemple en 2017, nous avons eu une poche de sécheresse en plein mois d’août, pendant la traditionnelle saison des pluies ! Cela a eu des conséquences sur les récoltes : nous avons eu un déficit céréalier.
 

Garantir l’accès à l’eau, c’est donc avant tout garantir la sécurité alimentaire ?


Oui. Il y a d’une part l’eau de consommation et de l’autre l’eau de production. Il faut maîtriser l’eau de production pour que les agriculteurs nourrissent les populations. À l’OCADES, nous avons, par exemple, soutenu la construction de retenues d’eau artificielles dans les champs, pour que les paysans sauvent leur récolte avec cette eau stagnante en cas de sécheresse lors de la saison des pluies. Nous avons aussi creusé des forages pour atteindre la nappe phréatique : les villageois, mais également le bétail, peuvent ainsi consommer de l’eau.

En 2017, au Burkina Faso, on considérait qu’un tiers de la population n’avait toujours pas accès à l’eau potable, contre 20 % en moyenne dans les pays en voie de développement. Nous sommes donc en retard.

 

Pour garantir cet accès à l’eau et lutter contre le changement climatique, vous plantez aussi des arbres…


C’est une manière de reverdir le désert, d’autant qu’il y a une grande pression de la part de la population sur les arbres en raison des besoins énergétiques et de la coupe de bois de chauffe. Tout ceci fait que le désert gagne du terrain.

Nous plantons aussi des arbres car cela renouvelle les nappes phréatiques. Les racines de l’arbre permettent en effet à l’eau de couler dans la terre. Nous avons remarqué que la pluie tombe en plus grande quantité dans les endroits où il y a des arbres. Au bout de 10 ans, c’est trop tôt pour en tirer des conclusions : nous verrons peut-être les bénéfices à long terme.
 

En quoi est-ce également important d’assainir en construisant des latrines ?


En 2016, 36 % des Burkinabés avaient accès à l’assainissement en milieu urbain… et seulement 13 % en milieu rural. Il y a beaucoup d’efforts à faire. C’est important car la défécation à l’air libre est source de propagation de maladies épidémiques comme le choléra. L’assainissement améliore la santé des populations. Avoir un environnement sain et propre permet d’éradiquer les maladies.

Mais à l’OCADES, nous ne construisons pas de latrines sans sensibilisation : il y a des réunions publiques avec des animateurs de terrain pour sensibiliser à l’importance de l’assainissement. Il faut aider la population à adhérer à l’idée de latrines (des toilettes sèches) et de "puits perdus" pour les eaux usées de la famille.

De même, nous construisons ces ouvrages avec les populations afin qu’elles se sentent concernées. Nous sensibilisons aussi aux autres pratiques d’hygiène comme le lavage des mains avec du savon. En 10 ans, nous avons pu constater des progrès. La preuve : des familles non bénéficiaires du projet ont construit leurs propres latrines. Ce qui montre que les gens sont conscientisés.
 

L’eau est une chose publique : ne serait-il pas du ressort des autorités publiques de favoriser l’accès à l’eau ?


Bien sûr, c’est un service social de base. Il faut tout de même dire que des progrès ont été réalisés. En 2017, 65 % des personnes avaient accès à l’eau. Cela peut paraître peu, mais ce taux était de 52 % en 2007.

Il y a encore aujourd’hui au Burkina Faso de sérieuses difficultés dans la gestion et le fonctionnement du système hydraulique pour qu’il soit au service des populations. À l’OCADES, nous travaillons à sensibiliser les autorités communales pour qu’elles comprennent que l’accès à l’eau potable est un droit pour les populations. Grâce à notre action sur le terrain dans le domaine, notre position est crédible.

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Élodie Perriot / Secours Catholique
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