Réveillon à Pont-Sainte-Marie

Publié le 21/12/2018
Pont-Sainte-Marie
Réveillon à Pont-Sainte-Marie
©Christophe Hargoues
 

Chaque 24 décembre à Pont-Sainte-Marie, près de Troyes, les bénévoles du Secours Catholique de l’Aube organise un réveillon pour offrir aux personnes isolées et aux familles en difficulté le plaisir de partager l’esprit de Noël.

La salle des fêtes de Pont-Sainte-Marie, petite commune de l’Aube, à une quinzaine de kilomètres de Troyes jouxte l’église gothique Sainte-Marie-en-son-Assomption, célèbre pour ses somptueux portails. A la faveur de l’obscurité brumeuse de cette fin décembre, elle ressemble à un paquebot renversé.  A l’intérieur de l’ancienne grange à colombages réhabilitée par la mairie, quatre longues tables s’étirent jusqu’à la scène du fond où un disc-jockey vérifiant le niveau sonore des baffles fait pendant à un bel arbre de Noël.

Le réveillon de Pont-Sainte-Marie est devenu une tradition

Au fil des ans, le réveillon de Pont-Sainte-Marie, proposé aux personnes isolées ou en difficulté financière, est devenu une tradition si bien ancrée que personne ne sait quand elle a commencé. Mauricette, vénérable grand-mère, affirme que cela fait 22 ans qu’elle vient ici fêter Noël. D’autres assurent que cela ne fait que 14 ans. Qu’importe ! Puisque l’esprit de Noël guide encore ce joyeux rassemblement.

 « Nous attendons 145 personnes ce soir, annonce posément Bénédicte Roblot, la responsable bénévole de l’opération. Les gens viennent de toute l’agglomération de Troyes. Des bénévoles font une rotation en voiture pour amener les convives depuis l’arrêt du bus jusqu’ici. »  A 19 heures, la salle, prêtée par la mairie, commence à se remplir.

 

Parmi les 27 bénévoles nécessaires à la bonne tenue de la soirée, il y a Gérard, retraité. « C’est la troisième année que je participe à la fête. Cette année, dit-il en vérifiant la mise en place de l’équipe d’accueil, je suis copilote de l’opération. On demande à chaque convive une participation symbolique de 7 euros. »

Tandis qu’au bar se prépare un apéritif à base de jus de fruits, près de l’escalier qui mène aux mezzanines une aire de jeux attend les enfants. Arrivées les premières, Maëline et Léane, 7 et 5 ans, construisent un circuit en bois sur lequel viendront rouler des billes. Michel, leur père, en a la garde pour Noël.  Le jeune quadragénaire est fier de proposer à ses filles de réveillonner avec d’autres enfants. Et en effet, une dizaine d’autres enfants viennent progressivement découvrir les jeux mis à leur disposition.

C’est leur manière de participer au réveillon

Anne-Marie, bénévole en charge de la cuisine

A 20 heures, tout le monde est là. Certains ont déjà pris place à table. Mais la plupart sont debout, formant de petits groupes, retrouvant des connaissances, s’embrassant, se remémorant le Noël de l’an dernier. Un verre de jus de fruit à la main, ils picorent dans les assiettes qui circulent les amuse-gueules préparés par les migrants hébergés au foyer des Nozats. « C’est leur manière de participer au réveillon, explique Anne-Marie, responsable de la cuisine. Ils n’ont pas d’argent. »

 

De retour dans la cuisine, Anne-Marie distribue les rôles pour le service. Quoique tout soit déjà planifié. « Ce matin, nous avons préparé les entrées, le dessert et le fromage. Tout est là, dit-elle en ouvrant les frigos. Dans une heure, le traiteur apportera la pintade aux morilles et le gratin dauphinois. »

Ancienne championne de rugby féminin des années 1970, native de Bagnères-de-Bigorre, Sœur Dominique est aussi bénévole. C’est elle qui s’est occupée de la location du matériel. « Cette année, à la mi-novembre, la liste des inscriptions était complète. L’an dernier, les gens étaient si contents, dit-elle avec son accent du midi, que cette année on a essayé de faire mieux. »

Sœur Dominique a également été chargée du temps spirituel de la soirée. Avec la complicité des enfants ravis, entre l’apéritif et le repas, elle met en scène un conte de Noël où l’amour triomphe de tous les autres vices. Cet intermède théâtral fait communier l’ensemble des invités par-delà les croyances.

Je préfère être avec des gens plutôt que rester seul chez moi.

Patrick, célibataire

Il est temps de passer à table. Marie, qui habite Pont-Sainte-Marie, présente son fils à ses voisins de table. C’est la troisième année qu’elle vient. Cette année, elle a aussi emmené Patrick, célibataire rencontré aux Restos du Cœur, qui dit. « Je préfère être avec des gens plutôt que rester seul chez moi. » A une autre table, Catherine et Jean-Michel sont moins expansifs. Ils n’osent pas encore aborder leurs voisins. Catherine vient d’entamer une formation d’agent d’entretien. Jean-Michel cherche un travail de paysagiste. Ils habitent Troyes. Ils sont venus parce que « l’an dernier, on s’est bien amusé. On a dansé », dit Catherine. « On a dansé la danse des canards », précise Jean-Michel.

 

Avec une rigueur quasi militaire, les bénévoles chargés du service montent et descendent les allées entre les tables au son des airs diffusés par le disc-jockey. Sur la piste de danse des couples esquissent quelques pas. Le vice-président de la délégation du Secours Catholique, quelques prêtres du diocèse, puis l’évêque de Troyes viennent saluer l’assistance. Mgr Marc Stenger prend la parole pour dire combien ce soir est important pour les chrétiens avant de partir célébrer la messe de minuit dans sa cathédrale. Tous veulent lui serrer la main, le remercier pour son discours de paix et d’amour qui se terminait ainsi : « … car Jésus est né pour tous. A Noël, personne n’est exclu. A Noël, on ne peut qu’être heureux. »

Après le dessert, le Père Noël fait son entrée dans la salle des fêtes en tirant derrière lui plusieurs chariots chargés de cadeaux. Il s’installe sur scène, s’assoit et appelle un à un tous les enfants et leurs familles auxquels il remet à chacun son cadeau soigneusement choisi. Et pas des moindres : pulls Lacoste, boites de chocolat signées Pascal Caffet ou jouets pour les plus petits.

La soirée s’achève sur ces notes d’un bonheur collectif où personne n’a été oublié, où chacun s’est senti aimé.

Jacques Duffaut
©Christophe Hargoues/Secours Catholique
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