S'engager : paroles de bénévoles

Publié le 26/08/2022
France
 

Lena, Ukrainienne : la tournée de rue comme thérapie

Ayant fui l’Ukraine aux premiers jours du conflit, Lena a trouvé un répit à Aix-en-Provence où elle s’est engagée au Secours Catholique auprès des personnes à la rue. Un besoin d’aider les autres qui découle spontanément de l’aide qu’elle a elle-même reçue.

Lena arrive tous les samedis matin à 9h40 au siège du Secours Catholique d’Aix-en-Provence. Là, elle retrouve huit à dix autres bénévoles. « Nous formons deux ou trois équipes. Nous remplissons nos sacs de produits alimentaires et de boissons, et chaque équipe part à la rencontre des personnes qui vivent dans la rue », explique-t-elle en anglais.

Lena, 39 ans, divorcée, travaillait depuis plusieurs années comme cadre dans une grande entreprise immobilière de Kiev. Sentant la guerre approcher, elle s’était préparée à partir et, au lendemain de l’offensive russe, elle a fui en voiture avec sa fille de 14 ans et leur chien vers la frontière roumaine, chez des amis qui les ont accueillis. « C’était difficile de prévoir ce qui allait se passer, indique-t-elle. Nous avons décidé de sortir du pays. »

À la frontière, Lena et sa fille se retrouvent parmi une foule de femmes et d’enfants réfugiés. « De nombreux Roumains nous proposaient des boissons chaudes, nous témoignaient leur solidarité, leurs encouragements, des autocars gratuits, des hébergements. Quelques amies à l’étranger me proposaient de les rejoindre. Une Française rencontrée il y a quelques années en vacances en Arménie m’a proposé de venir à Aix occuper son appartement, libre jusqu’en septembre car elle travaille temporairement à Paris. »

 

Ces gens nous attendent, ils ont besoin de savoir que quelqu’un pense à eux, prend soin d’eux.

Lena

Après deux jours de car, Lena, sa fille et leur chien arrivent à Aix. La mère et la fille obtiennent aussitôt la protection de la France. L’adolescente est admise dans un établissement scolaire, et Lena apprend que le Secours Catholique aide les réfugiés dans leurs démarches administratives. Elle s’y rend, y est si bien reçue qu’elle propose d’y faire du bénévolat. « J’ai eu envie de remercier en agissant, dit-elle. J’ai assisté à une réunion de bénévoles et là, on m’a proposé de participer aux maraudes du samedi. » Certes, Lena ne peut pas encore échanger en paroles avec les personnes rencontrées, mais elle n’est pas seule et elle peut apprécier l’action à laquelle elle participe.

« Nous allons à la rencontre des personnes à la rue. La plupart sont heureuses de nous voir. Celles qui ne manifestent rien, on leur laisse des produits alimentaires et des boissons, mais souvent elles préfèrent parler. Notre venue est importante, je le vois dans leurs yeux. Ces gens nous attendent, ils ont besoin de cette conversation, de savoir que quelqu’un pense à eux, prend soin d’eux, même cinq minutes par semaine. Et cela me fait oublier la tragédie de mon pays. Voir tous ces gens généreux et être avec eux, c’est pour moi une thérapie. »

 

Lounis : la solidarité pour philosophie

Lounis Imerzoukene, 26 ans, est responsable d’un dispositif de douches pour les personnes sans-abris à Orléans. Arrivé d’Algérie il y a trois ans, le bénévolat représente pour lui bien plus qu’un moyen d’aider : c’est une philosophie.

 

Il est 14h et les douches de l'accueil de jour du Secours Catholique d’Orléans viennent d’ouvrir leurs portes.

Quelques habitués sont déjà là. Lounis Imerzoukene enchaîne les allers-retours, prépare des produits d’hygiène, propose des serviettes… Un parfum de savon commence à se répandre, il se pose enfin. « Je ne peux pas rester sans rien faire », s’excuse-t-il en souriant. Lounis est un "hyperactif". Dans un emploi du temps chargé, il concilie son engagement au Secours Catholique, des études de littérature moderne et un travail d’agent de sécurité. 

Le jeune homme de 26 ans est arrivé d’Algérie en 2019. « Venir étudier ici était un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps. Il n’y a rien de mieux que d’étudier une langue dans son pays d’origine », explique-t-il.

Passionné de culture et de politique, il cite allègrement des personnages historiques, tels Benjamin Constant, Nicolas Machiavel ou Charles de Gaulle. Lorsqu’il s’agit d’illustrer son intérêt pour le bénévolat, il va même jusqu’à paraphraser le Président François Hollande : « J’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent. »

 

Ici, on ne demande ni la nationalité, ni les papiers, ni la situation… La priorité c’est d’aider les gens. C’est ce qui m’a plu.

Lounis

Avant de rejoindre le Secours Catholique, Lounis s’est investi aux Restos du Cœur puis à la Protection Civile. En 2020, il a créé sa propre association : l’Union des jeunes étudiants solidaires. Celle-ci proposait à des étudiants étrangers de venir en aide aux personnes âgées pendant la pandémie. « C’était aussi une façon d’intégrer ces jeunes à la vie du pays, précise-t-il. Faire du bénévolat permet de connaître des Français. » 

Cette culture solidaire, Lounis l’a ramenée avec lui d’Algérie. Dans son village d’origine, en Kabylie, l’entraide parmi les habitants était omniprésente, explique-t-il. Là-bas, il présidait déjà deux associations : l’une visant à préserver le patrimoine culturel berbère et l’autre dispensant du soutien scolaire. Une fois en France, l’engagement dans le monde associatif était pour lui comme une évidence.

Pourquoi a-t-il rejoint le Secours Catholique ? « Ici, on ne demande ni la nationalité, ni les papiers, ni la situation… La priorité c’est d’aider les gens. C’est ce qui m’a plu. » Il se tourne alors vers une affiche de l’association accrochée au mur et lit à haute-voix : « La fraternité n’est pas une promesse en l’air, c’est une révolution et ensemble on peut la faire. » Il sourit : « C’est ma devise maintenant. »

 

Marie : hébergée en hôtel social et engagée

Marie Zouo-Manh est bénévole au Secours Catholique de Meaux (77). En 2020, elle a proposé d’ouvrir la cuisine de l’association aux femmes vivant dans des hôtels et n’ayant nulle part où préparer des repas pour elles et leurs enfants. Une idée inspirée par sa propre situation.

Dimitri Partouche, Benjamin Sèze, Jacques Duffaut.
Crédits photos : © Christophe Hargoues / Secours Catholique, Vincent Boisot / Secours Catholique
© Elodie Perriot - Secours Catholique-Caritas France
Plus d'informations
Notre organisation
# sur le même thème