Tatiana, battante pour femmes battues

Publié le 21/11/2019
Russie
Tatiana, battante pour femmes battues
Les droits des femmes sont en danger dans de nombreux pays, comme ici, en Ukraine, où Alissa (prénom changé) a été victime de traite.
 

Ce 25 novembre marque la journée internationale contre les violences faites aux femmes. En République tchétchène de Russie, celles-ci sont particulièrement victimes de violences et de discriminations. Ainsi, depuis quinze ans, Tatiana, avec son association soutenue par le Secours Caholique, se bat pour défendre les droits des femmes. Portrait.

Des femmes en danger, Tatiana en croise quotidiennement. Comme cette veuve mère de deux enfants, harcelée par son beau-frère, et que sa propre famille voulait remarier de force. L’association de Tatiana l’a aidée à se mettre à l’abri. «Tout ce que ces femmes ont vécu, je le vis avec elles. C’est comme mon malheur. Elles ont besoin d’amour et je leur en donne », confie Tatiana, dont l’association* est partenaire du Secours Catholique.

Et à la voir, le regard ténébreux, la tête haute et la voix douce, on comprend qu’Inna est un modèle de fierté pour toutes ces femmes tchétchènes en détresse. Les injustices ? Elle les combat depuis son plus jeune âge. Ayant grandi dans une famille aimante d’origine arménienne en Tchétchénie, elle défie l’interdiction pour les filles de faire du vélo. « J’en faisais en cachette, souvent j’étais punie après », dit-elle en riant aujourd’hui.

Adolescente, Tatiana a aussi été marquée par un crime “d’honneur” commis dans son village : « C’était injuste à mes yeux », se souvient-elle. En 1995, son père et son frère sont tués par des militaires russes. « La mort de mon père a changé ma vie. J’aurais, sinon, sûrement été obligée de me marier. À 20 ans, j’ai vu l’horreur et c’était inacceptable ! » déclare-t-elle.

 

70 % des femmes seraient concernées par les violences, dans un contexte post-conflit et de chômage à son paroxysme 

 

Après des études de biologie, un job dans un camp de réfugiés à Grozny lors de la deuxième guerre, en 1999, la révèle : elle se spécialisera en psychologie. Dans une société patriarcale, où la tradition mais aussi la religion imposent la domination de l’homme, Tatiana décide de panser les blessures des femmes en fondant son association en 2005.

Elle constate que les violences exercées contre les femmes augmentent dès 2007 (70 % des femmes seraient concernées !), avec la situation dramatique de l’après-guerre et un chômage à son paroxysme (les hommes, désemparés, s’en prennent d’autant plus aux femmes).

des lieux d'écoute et d'aide psychologique et juridique

Sous couvert d’informer sur la santé maternelle et infantile, les maisons de l’association sont en fait un lieu d’écoute pour les femmes. Elles leur apportent une aide psychologique et juridique. L’association mène aussi des campagnes d’information (« Les filles aussi peuvent le faire ») dans 600 écoles auprès des élèves filles… mais aussi garçons !

Poids des traditions mais aussi pression d’un État policier : Tatiana doit surmonter de nombreux obstacles et elle a déjà reçu des menaces. « Bien sûr, cela reste difficile de changer les mentalités en Tchétchénie », reconnaît-elle. Pourquoi continuer à s’engager, alors ? « Parce que sinon, pourquoi vivre ? Le combat contre l’injustice, c’est ma vie. »

*Nous en taisons le nom pour des raisons de sécurité.

Pour en savoir plus : notre article sur les violences faites aux femmes dans les zones de conflit 

Cécile Leclerc-Laurent
© Gaël Kerbaol
Homme levant les bras
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