Tournons la page Niger reçoit le prix des droits de l’homme de la République française

Publié le 08/12/2018
 

Lundi 10 décembre, Tournons la page Niger, une coalition d’ONGs de la société civile soutenue par le Secours Catholique, reçoit le prix 2018 des droits de l’homme de la République française portant sur le thème « défenseurs des droits » et décerné par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

Une victoire pour Tournons la page Niger qui se bat contre la loi de Finances 2018 et pour la démocratie. Maïkoul Zodi est le coordinateur de TLP Niger  : il a passé plus de cinq mois en détention cette année à Niamey avant d’être relaxé lors de son procès le 1er octobre.
 

Entretien avec Maïkoul Zodi, coordinateur de TLP Niger.

 

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que vous receviez le prix 2018 des droits de l’homme de la République française remis par la CNCHD ?

 

Nous avons été fous de joie : c’est une reconnaissance de la part d’une institution reconnue sur la scène internationale. Cela récompense toutes nos activités de lutte contre l’injustice sociale, le détournement de biens publics et la corruption.

Ce prix est aussi un soulagement car ici, au Niger, le régime fait pression pour nous dénigrer aux yeux de l’opinion publique et nous qualifie de « putschistes ». Ce prix légitime au contraire notre combat pour la démocratie et nous pousse à continuer la lutte.

C’est aussi une victoire pour l’Afrique en général et pour toutes les coalitions africaines de Tournons la page qui vont continuer leur chemin pour une meilleure démocratie.
 

Qu'est-ce que Tournons la page ?

 

Cette année a été difficile pour TLP Niger. Plusieurs membres, y compris vous, ont passé des mois en prison pour avoir manifesté contre la loi de Finances 2018. Mi-juillet, 23 militants ont été condamnés à différentes peines dont trois mois de prison avec sursis pour attroupement non armé. Leur procès en appel se tient le 10 décembre, jour de la remise du prix : est-ce un pied de nez au pouvoir  ?

 

Ce prix est du coup un signal encore plus fort, du fait de ce procès en appel. C’est en tout cas grotesque de la part du pouvoir nigérien d’avoir programmé ce procès le jour du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Coller un procès à des militants des droits de l’homme le jour de la journée des droits de l’homme est tout de même incroyable ! Ça prouve que notre pays n’en à rien à faire, alors que cette date est commémorée partout dans le monde.

 

Comment voyez-vous l’avenir de TLP Niger  ? Quelles sont vos priorités pour les prochains mois  ?

 

Nous continuons à nous mobiliser contre la loi de Finances 2018 qui est injuste, avec d’une part des mesures qui accentuent la pression fiscale sur les plus démunis, de l’autre des mesures qui font des cadeaux fiscaux aux multinationales.

Tant que la loi n’est pas modifiée au bénéfice du citoyen, nous nous battrons  ! Car il n’y a rien dedans sur des investissements dans le secteur social (agriculture, santé, éducation).

Je vous donne deux chiffres en exemple  : 95 millions de FCFA sont dépensés rien que pour les journaux du ministère de la Défense, soit un peu plus que le budget (92 millions de FCFA) du ministère de l’entreprenariat des jeunes. Et la garde présidentielle coûte à elle seule 9 milliards de FCFA par an  !

 

Notre combat est simple  : nous voulons plus de justice sociale et fiscale, la fin de la corruption, l’indépendance de la justice

 

La répartition des ressources est donc inéquitable au Niger. Pourtant notre pays est riche en ressources mais il est mal géré, et reste avant-dernier au classement de l’IDH (indice de développement humain) devant la Centrafrique.

Notre combat est donc simple  : nous voulons plus de justice sociale et fiscale, la fin de la corruption, l’indépendance de la justice et le respect du droit de manifester pourtant prévu par la loi.

 

Ce prix va nous permettre de continuer à mobiliser l’opinion.

 

Ce prix va aussi nous permettre de continuer à mobiliser l’opinion. Déjà cette année, les habitants de sept régions sur les huit ont manifesté contre la loi, même quand nous étions en prison.

C’est d’ailleurs pour cela que le pouvoir a pris peur et veut nous museler. Avec ce prix, nous allons donc continuer à pousser le citoyen à défendre ses droits. C’est un coup de pouce pour mobiliser autour des questions d’intérêt général.
 

« Ce que l'État gagne n'est pas consacré au développement du pays » : entretien avec Abdoulaye Seydou, membre de Publiez ce que vous payez Niger

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Élodie Perriot / Secours Catholique-Caritas France
Homme levant les bras
Plus d'informations
Droits humains
# sur le même thème