Un jardin pour cultiver les rencontres

Publié le 24/06/2019
Belleville-en-Beaujolais
Un jardin pour cultiver les rencontres
 

En une quinzaine d’années le Secours Catholique du Rhône a créé un réseau de jardins solidaires qui, bien qu’autonomes, prônent les mêmes valeurs humaines et écologiques, renforcent la paix sociale et réduisent l’isolement et la précarité. À l’exemple de celui de Belleville-en-Beaujolais qui, un matin de juin, regroupait ses jardiniers et ceux d’autres structures pour une formation en permaculture.

Située entre Mâcon et Villefranche-sur-Saône, Belleville-en-Beaujolais, 12 500 habitants, possède un jardin partagé créé par le Secours Catholique en 2004. Sans clôture et sans panneau indicateur, il se tient discrètement derrière une zone commerciale. Sur un quart d’hectare, la bande de terre riche en alluvions s’étire vers la rivière, à l’est.

Un samedi matin ensoleillé de juin, en empruntant l’allée principale, on aperçoit à gauche une grande parcelle d’où germent, alignées, les premières pommes-de terre. En avançant, des parcelles plus petites autour desquelles se déplace un groupe d’une trentaine de personnes.

S’en extrayant, Jean-Paul Léos, jeune septuagénaire, responsable bénévole du jardin depuis 2011, explique que le terrain « est divisé en 32 parcelles de 80 mètres carrés chacune. Plus une parcelle collective d’environ 500 mètres carrés. Le terrain appartient à la mairie qui l’a équipé en électricité et fait creuser un puits artésien pour assurer l’arrosage. »

 

Les premiers samedis du mois, on fait un grand nettoyage. On désherbe, on tond, on enlève les détritus. L’occasion de travailler ensemble.

 

En se rapprochant du groupe qui arpente les allées, nous entendons, venant de son centre, une voix féminine, claire et assurée. « Aujourd’hui, nous accueillons une formatrice en permaculture, explique Jean-Paul. Elle est spécialisée en agroécologie, permaculture, herboristerie et cuisine durable. Elle est diligentée par le Passe-Jardin de Lyon, une association régionale qui accompagne la création de jardins partagés. » Les jardiniers autour sont captivés par les conseils que donne Agnès Lombard. Certains enregistrent ce qu’elle dit.

Parmi eux, Madeleine et Abdelatif, que Jean-Paul présente comme ses assistants. « Je m’occupe du massif de fleurs et du chalet que vous apercevez au fond, avec les dames, quand elles veulent bien venir, dit en riant Madeleine. C’est souvent les messieurs qui viennent. Mais quand elles viennent, elles portent des gâteaux et du thé et on passe un bon moment. »

Abdelatif, autre bénévole au Secours Catholique local, anime le jardin : « Je gère les parties communes du jardin. Les premiers samedis du mois, on fait un grand nettoyage. On désherbe, on tond, on enlève les détritus. L’occasion de travailler ensemble. Mais si tout le monde travaille sa parcelle individuelle, beaucoup rechignent à s’impliquer dans les tâches communes. »

 

Ça fait du bien. Je viens deux ou trois fois par semaine après le boulot. Je plante, j’arrose. Le plaisir, c’est aussi de manger ce que je cultive.

 

À présent, la formatrice et son groupe se trouvent près des parcelles de Tahar et Mohammed, deux jardiniers originaires d’Oran. « J’aime jardiner. Et ici, on fait du bio. Je fais pousser mes salades, radis, aubergines, tomates, fèves, petit-pois, oignons. J’en donne pas mal parce qu’on n’est que deux à la maison. Je donne plus que je ne garde », dit Mohammed.

« Nous habitons en HLM, dit Tahar. Alors le jardin, c’est l’occasion de travailler en plein air. Ça fait du bien. Je viens deux ou trois fois par semaine après le boulot. Je suis chauffeur de bus. Je plante, j’arrose. Le plaisir, c’est aussi de manger ce que je cultive. »

 

herbes aromatiques

Plus loin, à l’angle sud-est du jardin, un quinquagénaire passionné de culture bio. « Je travaille dans la pétrochimie, dit-il. Je me déplace beaucoup, je n’ai pas beaucoup de temps pour le jardin, mais je le prends. J’essaie de venir une heure ou deux le soir et le week-end. » Sa parcelle regorge d’herbes aromatiques et de jeunes plants de melons et de tomates protégés du vent du nord et de la grêle, et d’un plantureux pied de rhubarbe. Après une vie aisée dans une maison avec jardin, ce jardinier vit en appartement et a besoin de remuer la terre pour se sentir bien.

Mais comment devient-on jardinier ? Robert Antoina, animateur à la délégation du Secours Catholique du Rhône en charge des jardins répond à cette question : « Notre équipe Accompagnement social est partenaire des travailleurs sociaux de Belleville et des environs. Ils décident ensemble de l’attribution des parcelles. » L’adhésion est symbolique, « le prix de quatre cafés », ironise Abdelatif. Soit 8 euros par an. Les postulants justifient de faibles revenus et d’un habitat en appartement, généralement en HLM.

 

Le jardin est facteur de grande détente et de paix sociale.

 

Si la mairie s’implique généreusement dans ce jardin, c’est surtout « parce que le jardin est facteur de grande détente et de paix sociale », mentionne Isabelle, conseillère municipale, venue écouter la formatrice en permaculture. Elle souhaite qu’un autre jardin s’ouvre dans un autre quartier de la ville, pour que davantage de citadins s’adonnent à cette activité.

Le groupe à présent a fait le tour du jardin. Agnès explique comment se débarrasser des pucerons de façon écologique. Dans l’assistance qui n’a pas diminué depuis le matin, on rencontre quelques membres d’autres jardins Secours Catholique de la région. Hervé, en porte-parole du petit groupe qui l’accompagne, vient de Rillieux-la-Pape.

Toutes origines

« Notre jardin solidaire est un ancien jardin de curé, attenant à l’une de nos deux églises. Le terrain n’avait pas été travaillé depuis trente ans. Nous avons fait un gros travail pour le réhabiliter. Nous sommes ici aujourd’hui parce que nous voudrions appliquer les méthodes de permaculture à notre jardin. »

Jean-Michel et Alain, eux, viennent d’Arnas, à 15 kms, où ils animent le jardin solidaire local. « Nous avons 11 000 mètres carrés de terrain, une quinzaine de familles de toutes origines. Chaque famille a sa parcelle et nous avons aussi des parcelles collectives et des travaux collectifs sur certaines parcelles. Cela favorise la communication. » Comme le rappelait Voltaire, cultiver son jardin est l'antithèse de faire la guerre. Dans les jardins du Secours Catholique, Français et étrangers communiquent, s’échangent les techniques, partagent leurs récoltes, et vivent en paix.  

Jacques Duffaut
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique-Caritas France
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