Une boutique pour créer du lien

Publié le 09/11/2018
Maison-Laffitte
Une boutique pour créer du lien
 

Il y a treize ans, le Secours Catholique de Maisons-Laffitte, dans les Yvelines, a décidé de transformer son vestiaire en boutique solidaire. Depuis, l’équipe locale œuvre à en faire le plus possible un lieu de rencontre et d’échange.

Chemise à carreaux en laine cintrée, fines lunettes, ce samedi matin, dans la boutique solidaire du Secours Catholique de Maisons-Laffitte (78), Maxime fait glisser les cintres du rayon « vestes » à la recherche d’un coup de cœur.

Cet étudiant de 20 ans aime bien venir chiner ici. Il apprécie l’idée de « cycle, avec des personnes qui viennent déposer leurs vêtements et d’autres qui les achètent pour leur donner une deuxième vie ».

C’est également ce qui plaît à Blandine, 38 ans. Cette mère de quatre enfants vient de déposer un sac contenant des chaussures et des vêtements pour enfants, un pantalon de femme… La dernière fois, c’était un costume de son mari.

Ce samedi, elle en a profité pour faire un tour dans la boutique. Elle repart avec un pull et un short pour ses deux plus jeunes filles et avec des livres pour enfants. « Je préfère être dans cette démarche qu’acheter et revendre sur leboncoin.fr. Ici, on rend service et on nous rend service. »

 

Fouzia, 55 ans, souligne la bonne tenue de la boutique : « C’est propre, bien rangé. Les vêtements sont de qualité. Je n’ai jamais trouvé quelque chose de sale ou d’abîmé. » Cette mère de quatre enfants vient avant tout pour des raisons économiques. Elle est en recherche d’un emploi et a du mal à joindre les deux bouts.

C’est pourquoi elle bénéficie d’une carte de réduction qui lui permet, pour 2 euros, de réaliser 20 euros d’achat. « C’est important de payer, même 2 euros, estime-t-elle. Car cela permet à l’association d’aider des personnes qui sont encore plus en difficulté que moi, qui sont à la rue. »
 

Ici, nous nous sommes parlé pour la première fois

Fouzia, 55 ans.

Elle raconte avoir été surprise de rencontrer ici des parents qu’elle voyait à la sortie de l’école. « Des gens qui n’ont pas de soucis financiers et qui viennent aussi acheter. À l’école, je ne leur parlais pas, car je me disais : "On n’est pas du même monde", confie-t-elle en souriant. Ici, nous nous sommes parlé pour la première fois. Maintenant, quand on se croise à la sortie de l’école, on se dit bonjour. »

 

Faire de la boutique un lieu de rencontre et d’échange, c’était le souhait de l’équipe locale. D’où le souci d’en faire un lieu agréable et convivial. Si Laura, 62 ans, vient régulièrement, ce n’est pas pour acheter. Cette retraitée aime passer juste pour dire bonjour, se poser, prendre un café, discuter.

Les mardis et samedis matin (jours d’ouverture de la boutique) sont les seuls moments de la semaine où elle voit du monde. « Parfois on est stressé, démoralisé. Ce n’est pas bien de rester seul enfermé. Quand je viens ici, je me sens mieux », dit-elle.

 

« Nous avons souhaité changer de logique »

L'éclairage de Martine Malphettes, responsable de la boutique.
« Il y a treize ans, nous avons transformé notre vestiaire en boutique solidaire. À l’époque, nous avons voulu faire de ce lieu qui était réservé aux personnes en situation de précarité un lieu ouvert à tous.

Nous avons aussi souhaité changer de logique. Lorsque c’était un vestiaire, les personnes venaient, nous disaient ce dont elles avaient besoin, et nous leur apportions un colis. Elles n’essayaient pas les vêtements, ne pouvaient pas choisir, elles devaient se contenter de ce que nous leur donnions. Depuis que c’est une boutique, elles peuvent, comme tout le monde, regarder ce qui leur plaît, essayer et acheter ce dont elles ont besoin ou envie.

Nous pensons que c’est important de pouvoir choisir, et aussi de pouvoir réaliser l’acte d’achat, même à un prix très modique. Pour les ménages qui ont d’importantes difficultés financières, nous proposons des bons d’achats, sachant qu’un vêtement coûte dans notre boutique autour de 5 euros.

Nous avons voulu ouvrir le lieu à tout le monde pour en faire un endroit où les gens, quelle que soit leur situation, se rencontrent, se parlent. Il y a un an, pour accentuer cet aspect, nous avons aménagé un espace convivial avec une table basse et des fauteuils, où les personnes peuvent s’asseoir, boire un café, manger du gâteau. Nous organisons aussi régulièrement des ateliers (tricot, cuisine) et des sorties. »
Benjamin Sèze.
Crédits photos : ©Matthieu Rosier / Secours Catholique
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