Une semaine entre monts et marées

Une semaine entre monts et marées

Publié le 22/07/2021
Urrugne
 

Ils cherchaient un lieu où ils pourraient profiter à la fois de la mer et de la montagne... Dix personnes du Secours Catholique de La Réole (Gironde) sont partis au Pays basque. Un répit d'une semaine, inédit pour la plupart d’entre eux, au coeur d'un quotidien souvent difficile.

À l'endroit où les Pyrénées s'apprêtent à plonger dans l’Atlantique, il est une robuste maison basque datant du 17ème siècle, entourée d’un jardin luxuriant d'où on surplombe la côte depuis Irun jusqu’à Biarritz. C’est là qu’un groupe du Secours Catholique de La Réole, petite ville du sud de la Gironde, a décidé de passer une semaine de vacances.

Des vacances rares. « C’est la première fois que j'en prends, avoue Denise, 75 ans. Je suis sous tutelle et ma nouvelle tutrice m’a payé ce séjour. Je mange bien. Je dors bien. Nous faisons des excursions. Le soir nous jouons à des jeux de société et hier soir c’était soirée karaoké. J’ai chanté Les Corons, de Pierre Bachelet. »

Denise est la doyenne du groupe. Quant au plus jeune, c’est un adolescent éveillé de 12 ans qui se prénomme Donart et qui est venu avec ses parents. « Nous venons du Kosovo, dit-il sans l’ombre d’un accent. Cela fait cinq ans que nous sommes en France. Je suis le seul enfant mais ça ne me gêne pas. Je me sens bien avec les adultes. Et les adultes, ici, redeviennent des enfants. »

 
Une semaine entre monts et marées

 

 

 

Isabelle : « On a la tête pleine de souvenirs »

 

Les parents de Donart, Alex et Makfira, ont aussi une fille de 18 ans qui n’a pas pu venir en vacances. Elle ramasse des légumes dans une ferme près de Bordeaux. Alex et Makfira ont fui leur pays pour échapper aux violences dont le couple faisait l’objet. Déboutés du droit d’asile, ils survivent grâce au réseau d’amis que leur courage et leur sympathie ont généré.

Depuis deux ans, un couple de personnes âgées les héberge, et eux veillent sur elles. « Même si on ne vit pas très bien, au moins on est stabilisé, explique Makfira. On vit à 7 km de La Réole. Sans papiers, on ne peut pas avoir le permis de conduire, et pas de voiture. On va à vélo. Des amis nous aident pour les courses. Ces vacances ? Elles sont importantes pour moi. Je laisse tout derrière moi, même le stress. Je profite. Je ne pense à rien. Je repenserai quand je rentrerai. »

 
 

Fabienne et Bernard, respectivement quinquagénaire et sexagénaire, ont eux aussi des problèmes de santé. Fabienne se sent ici en famille. « Je me repose vraiment bien. J’ai récupéré toute mon énergie, dit-elle en expliquant que ces vacances ont été possible parce que la participation était modique. « Une participation de 35 euros par personne, ce n’est pas excessif pour nous. Ces vacances sont faites pour les personnes qui n’ont pas beaucoup de moyens. »

« ce sont eux qui ont choisi »

Parmi le groupe, les trois membres qui ont facilité la mise sur pied du séjour : Pilar, Thierry et Olympe. Pilar a connu le Secours Catholique quand elle s’est retrouvée seule à élever ses enfants, aujourd’hui adolescents. Il y a une quinzaine d’années, tous trois ont été intoxiqués au monoxyde de carbone. Intoxication à l’origine de l’accident vasculaire cérébral dont a été victime Pilar alors âgée de 35 ans. « J’ai mis 14 ans à m’en remettre. » Reconnue adulte handicapée, elle a aujourd’hui retrouvé un emploi à plein temps mais tient toujours à aider l’association.

« Le Secours Catholique m’a tellement apporté que cela m’a donné envie d’apporter aux autres. Cela me fait du bien d’encadrer les gens, de mettre en pratique mon expérience. Je fais mes 35 heures du lundi au jeudi et je consacre mes vendredi et samedi au Secours Catholique. Ces derniers neuf mois, je partais à La Réole tous les samedis pour aider le groupe à monter son projet de vacances. Nous les avons aidés mais ce sont eux qui ont choisi. »

 
Une semaine entre monts et marées

 

 

 

Joëlle : « On oublie tous les soucis ! »

 

Olympe aussi accompagne le groupe. Elle conduit le minibus. Trentenaire, elle est la plus jeune des adultes et elle est animatrice au Secours Catholique depuis quatre ans. Elle rappelle comment le groupe a choisi cet endroit.

« Tous avaient envie d’aller à la plage et de découvrir des montagnes. Nous avons cherché sur une carte et c’est la région de Saint-Jean-de-Luz qui est apparue. En fonction des prix et des gîtes, nous avons décidé de partir pendant une semaine. »

« Le séjour est financé par les subventions de l’Agence nationale des chèques vacances (Ancv), du Secours Catholique, d’une école de Bordeaux et par la cagnotte « Mon don a du sens » mise en ligne sur le site Internet du Secours Catholique, explique-t-elle. Et puis chaque membre a participé financièrement. Nous disposons d’un budget de 4000 euros tout compris. »

 
Une semaine entre monts et marées
Alex et son fils Donart.
 

Thierry, 60 ans, seul membre masculin du trio accompagnateur, explique le chemin qui l’a conduit au Secours Catholique par une très longue période de désocialisation dans sa vie. « Le bénévolat a été pour moi une porte vers l’insertion. Je me suis créé un réseau d’amitiés grâce au Secours Catholique. Aujourd’hui, je suis responsable d’équipe. Ce projet « vacances » a vu le jour grâce à la participation de chacun. Le principe : on décide ensemble mais on se répartit les rôles. »

Un levier

« Mon rôle est d’animer avec Pilar et Olympe. J’ai créé des animations participatives, ludiques et simples », raconte le bénévole, qui poursuit « Idéalement, ces vacances ne sont pas une conclusion. Elles sont une étape, un levier. Il faut prendre autant soin du résultat que du chemin. Car l’après se construit maintenant. »

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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