Vaulx-en-Velin : une maison pour faire famille

Vaulx-en-Velin : une maison pour faire famille

Publié le 04/02/2022
Rhône
 

C’est un lieu de répit, de partage et de rencontres multiculturelles sur fond de soutien à la parentalité. À Vaulx-en-Velin, près de Lyon, la Maison des familles, fondée par le Secours Catholique avec Apprentis d'Auteuil, propose tout cela dans une bâtisse propice à l’accueil de mamans et de leurs enfants. Ici, on rompt l’isolement à travers la cuisine, des jeux, des temps de parole, entourés de salariés et de bénévoles engagés.

À peine la porte s’entrebâille que la cérémonie d’accueil commence. La visite de la maison est guidée avec entrain par Chams-Dine, qui n’a pas dix ans. Elle se fait à un pas cadencé, sur fond de rires aux accents du monde entier, de cliquetis de vaisselle, de chahuts d’enfants de tous âges. Il n’est que 10 heures, et la Maison des familles de Vaulx-en-Velin n’a jamais été aussi vivante qu’en ce mardi matin.

Assises autour d’une table basse où fument une dizaine de tasses de café, des mamans habituées, deux bénévoles et les deux salariés de l’association s’enthousiasment du petit jeu qui consiste à présenter son voisin. Anecdotes et souvenirs fusent.

soigner la rencontre

Dans cette maison chaleureuse, on soigne la rencontre. « Le mardi est le jour où l’affluence des familles est la plus forte pour la simple raison que les mamans ont besoin de souffler après avoir affronté le week-end » explique Noémie Thiesson, directrice du lieu depuis son ouverture, il y a bientôt quatre ans.

Ce sont surtout des mamans seules avec leurs enfants, souvent venues d’ailleurs, sans travail, qui poussent la grille du jardin, puis la porte, de cette véritable maison, située dans la commune d’environ 50 000 habitants de la métropole de Lyon.

 
Vaulx-en-Velin : une maison pour faire famille
Appel en visio entre des membres de la Maison des familles, des bénévoles et une famille positive au Covid restée chez elle. 
 

Élégamment habillée d’un chemisier blanc à points noirs assorti d’un foulard rouge, délicatement maquillée, Sana plaisante dans un grand éclat de rire aux sonorités tunisiennes : « Ici c’est ma résidence secondaire ! ».

Cette mère de deux enfants âgés de 7 et 6 ans (que l'on a suivie il y a quelques mois dans son quotidien de maman solo) raconte comment la Maison des Familles l’a sauvée, à la veille du premier confinement : « En arrivant, après de nombreux déménagements, la première chose que j’ai demandé à mon assistante sociale a été de m’aider à faire face à l’isolement. » Depuis, ses passages à la Maison sont quasi quotidiens.

 
 

Comme Sana, Soraya fait le détour pour dire bonjour, même quand elle n’a que quelques minutes. Arrivée d’Allemagne il y a onze ans, maman de trois garçons de 10, 8 et 7 ans, la jeune trentenaire évoque, dans un accent chantant, un « truc d’amour » à la Maison des Familles :

« Je suis entrée par hasard l’année dernière en cherchant de l’aide aux devoirs pour mes enfants. C’est la première fois en France que je pouvais parler à quelqu’un, ouvrir mon cœur, échanger avec des mamans qui avaient vécu des choses encore plus dures que moi. »

 
 
Vaulx-en-Velin : une maison pour faire famille
Paul Brun, éducateur à la Maison des familles.
 

Créées en partenariat par la fondation Apprentis d’Auteuil et le Secours Catholique, la première Maison des Familles a vu le jour à Grenoble en 2010 pour offrir un lieu de partage, de réconfort et d’entraide dans un projet global d’accompagnement à la parentalité. Elles sont au nombre de 20 aujourd’hui (la dernière en date ouvrira à Villeurbanne courant 2022).

un espace sécurisant

Désireuse de s’engager dans une association de soutien aux parents, Laurence est "tombée" sur celle de Vaulx-en-Velin par hasard, avant même son ouverture. Aujourd'hui membre du conseil d’administration, elle s’implique bénévolement tous les mardis, sans exception.

« Le défi est de faire de ce lieu un espace sécurisant, témoigne-t-elle, une petite fille d’un an dans les bras, épuisée par un début de varicelle. Notre rôle n’est pas de loger ni de donner de l’argent, mais d’être un soutien pour ces femmes, sans famille proche. »

 
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Laurence, bénévole.
 

Période de covid oblige, seuls deux jours sont restés ouverts aux familles pour le déjeuner. Depuis deux ans, le besoin de sécurité et de repères qu’a engendré la crise sanitaire n’a fait que renforcer la nécessité d’un tel lieu.

Bénévoles et salariés le constatent : l’isolement monoparental est ce dont souffre la plupart des mères. L’éducateur spécialisé, Paul Brun, joue aussi un rôle auprès des ados, un public qui passe à travers les mailles de l’accompagnement social.

 

Je me sens libre ici.

Léone, 14 ans

Capuche sur la tête, le nez sur son téléphone, Léone se détend après manger. « Je me sens libre ici ». Le jeune de 14 ans peut y faire une halte entre l’hôtel, où il réside avec sa mère et ses trois petites sœurs, et le collège. « Libre parce que je peux bouger partout, je peux rendre des services et je parle avec tout le monde » confie l’adolescent.

 
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L'alimentation a une place importante à la Maison des familles.
 

À midi, les rayons du soleil n’ont toujours pas percé le brouillard glacial, mais qu’importe, les effluves qui s’échappent de la cuisine et la bonne humeur des enfants sont réconfortants. On retrouve Chams-Dine, bonnet de laine vissé sur la tête, très concentré à couper une courge.

Il seconde Aude. En stage de fin d’étude dans sa formation d’éducatrice spécialisée, la jeune femme de 32 ans prend très à cœur sa mission de cuisiner, avec et pour les parents. « Manger ensemble, c’est mettre du sens dans les repas. Souvent des choses ressortent pendant les discussions à table. » constate-t-elle.

« La place de l’alimentation est très importante ici » abonde la directrice. « En expérimentant la question du bien manger, on élargit leur palette de couleurs ! »

 
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Sana porte le bébé d'une autre maman fréquentant la Maison.
 

"Y’a pas de parents parfaits"

En début d’après-midi, l’ambiance bat son plein. De nouvelles venues rejoignent le groupe, seules ou avec des bébés de seulement quelques mois. Comme tous les mardis et les jeudis, c’est l’heure du YAPPP.

Le "Y’a pas de parents parfaits" est un temps de parole sur les thèmes relatifs à la parentalité. Les grands principes : « Ce qui se dit ici reste ici », « Prendre soin de l’histoire de chacun » - sont inscrits derrière la porte. Mais tout le monde les connaît déjà.

« Le sujet peut venir d’un parent ou d’un bénévole. On parle de soi, ça nous permet de débattre et surtout, de trouver des solutions », explique Paul. En recherche de sociabilité, Ralia a été la première à participer, bien avant que chaises et canapés soient installés.

Le YAPPP est un moment très important pour elle : « Par exemple, moi, je ne sais jamais dire non. On a pu récemment aborder cette problématique avec les parents et les bénévoles. »

 
 

Ce jour-là, le YAPPP se mue en temps de préparation de l’émission de radio hebdomadaire du même nom, conçue en partenariat avec la Maison des familles et diffusée sur les ondes de RCF le mercredi. Aude et une autre bénévole se portent volontaires pour accompagner les enfants en balade, pour permettre ce temps de travail.

 
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Introduction au "YAPPP"
 

La thématique du jour est présentée par Paul : « Quels sont les liens entre nos enfants ou avec d’autres enfants ? » Même s’il n’a pas d’enfant,  Atèf, dont on a appris plus tôt que le prénom signifiait « gentillesse », est très impliqué dans l’échange.

Depuis plusieurs mois, il vient régulièrement partager les repas ou donner un coup de main, entre le soutien scolaire qu’il apporte à une association de quartier et son engagement au Secours Catholique autour de la précarité alimentaire.

 
 

Face à Atèf, le mur est recouvert d’une carte du monde entourée de dizaines de photos qui retracent les quatre ans de vie de ce havre de paix. Bientôt, il faudra trouver un autre pan de mur.

Clémentine Méténier
Crédits photos : © Mathieu Genon / Secours Catholique
Portrait de famille
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