Venezuela : « La crise humanitaire est sans précédent »

Publié le 07/03/2019
Venezuela
 

Avec l’auto proclamation de Juan Guaidó comme président du Venezuela, le monde entier a pris conscience de l’ampleur de la crise humanitaire. Sur place, les Vénézuéliens souffrent et le pays est toujours fermé à l’extérieur. Caritas Venezuela, partenaire du Secours Catholique, est l’une des rares ONG à répondre à la crise sanitaire et alimentaire.

 

entretien avec Janeth Marquez, directrice de Caritas Venezuela.

 

Peut-on dire que le Venezuela fait face à une crise humanitaire sans précédent ? Qu’observez-vous sur place ?

 

Notre pays a déjà connu des urgences ponctuelles, mais jamais une crise d’une telle intensité sur une aussi longue durée. En trois ans, la crise économique est devenue une crise humanitaire durable.

On observe tout d’abord une pénurie de matériel médical (90 % des hôpitaux sont concernés) et de médicaments (80 % de personnes souffrant de maladies chroniques n’y ont pas accès). Il faut dire qu’une boîte de médicaments coûte 20 dollars pour un mois alors que le salaire de base du Vénézuélien est de 6 dollars.

À titre d’exemple, seul un antirétroviral (le traitement anti VIH) est disponible sur les cinq existants. Conséquence : les épidémies de diphtérie et de rougeole se propagent, on assiste à des flambées de paludisme et, depuis deux mois, de fièvre typhoïde.

 

Les Vénézuéliens dépriment. Ils voient que leur qualité de vie s’est détériorée, que le temps passe et qu’il n’y a pas d’amélioration.

 

Il est par ailleurs difficile de se nourrir, vu que le panier alimentaire pour un mois coûte 25 fois plus que le salaire de base, à cause de l’inflation. Cela crée des cas de malnutrition chez les personnes vulnérables, comme les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées.

Aujourd’hui, on ne dispose malheureusement pas de chiffres officiels sur les taux de mortalité, mais certaines ONG ont fait leurs propres estimations qui montrent que le nombre de morts augmente. À Caritas Venezuela aussi, on voit que le public que l'on aide est de plus en plus nombreux, et que la mortalité croit en raison de la pénurie de nourriture et de médicaments.

 

Caritas Venezuela est l’une des rares ONG autorisées à travailler sur place et à répondre à la crise humanitaire. Comment agissez-vous ?

 

Depuis trois ans, nous distribuons des kits d’hygiène et des filtres à eau. Nous prenons aussi en charge sur le plan nutritionnel les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes et allaitantes. Sur le plan sanitaire nous offrons des consultations médicales et une prise en charge psychosociale.

Nous donnons aussi des kits alimentaires à ceux qui veulent fuir et partir à l’étranger. Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, au moins 3 millions de personnes sur les 30 millions d’habitants ont fui le Venezuela depuis 2016. La migration s’était ralentie en février avec l’espoir du changement politique, mais elle reprend de plus belle en mars.

 
Pourquoi est-ce important d’offrir une prise en charge psychosociale ? La crise humanitaire a-t-elle aussi des conséquences sur la santé mentale ?

 

Nous incluons cette prise en charge psychologique dans tous nos programmes depuis l’an dernier. Car nous avons observé que les Vénézuéliens dépriment. Ils voient que leur qualité de vie s’est détériorée, que le temps passe et qu’il n’y a pas d’amélioration. Cela crée des angoisses. Ils ont besoin d’appui.

De même, nous soutenons aussi les déplacés qui sont sur le point de quitter le pays car ils ont aussi peur de partir et se disent : « mais qu’est-ce que je vais trouver ailleurs ? »

 

Est-ce compliqué pour vous de travailler sur place dans ce contexte politique tendu ?

 

Oui, vu les tensions, nous avons parfois du mal à acheminer l’aide, acheter des produits, accéder à certaines zones à cause de l’insécurité.  Par ailleurs, la crise s’est aggravée en 2019. Les sanctions prises par la communauté internationale aggravent la situation économique et donc aussi celle humanitaire.

Enfin il faut dire que des petites ONG humanitaires vénézuéliennes ont été persécutées par l’État - par exemple les forces de l’ordre ont confisqué leurs médicaments – alors les salariés de Caritas Venezuela ont peur…

 

Comment voyez-vous l’avenir ?

 

La crise empire de mois en mois. Il faut absolument une ouverture à l’aide humanitaire. Même si officiellement le gouvernement de Maduro ne veut pas en entendre parler, il a tout de même passé un accord avec l’ONU et l’aide commence à se déployer un peu… mais je pense que d’une façon ou d’une autre, il va y avoir du changement cette année…

Propos recueillis par Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © Caritas Internationalis
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