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Un jour avec
Des ateliers pour accéder à la culture
Depuis quatre ans, en Haute-Loire, plus d’une centaine de personnes en difficulté participent à une quinzaine d’ateliers artistiques. Organisés par un collectif d'associations dont le Secours Catholique fait partie, ces ateliers ont pour objectif d'aider les participants à s’épanouir et à retrouver le goût du lien social.
Reportage :
Jacques Duffaut
Photos :
Sébastien Le Clézio
Des ateliers pour accéder à la culture
14H

Lundi.

« Moi, je tente de reproduire à l’aquarelle cette photo d’un tableau qui m’a séduit », dit Philippe, 72 ans, ancien ouvrier avec « une petite retraite ». « Cela me permet de voir des gens, car à mon âge on est souvent isolé. Je vis seul dans un studio trop petit pour y peindre. » Entouré d’une douzaine de personnes qui peignent en silence dans une douce odeur de térébenthine, Philippe vient toutes les semaines à l’Atelier des arts du Puy-en-Velay, le conservatoire local, où se tient depuis quatre ans l’atelier de peinture de l’association Dis-moi.

 

Fondée par un collectif d’associations caritatives de Haute-Loire pour en faire un levier d’insertion, Dis-moi regroupe une centaine de personnes accueillies par ces associations. 16 ateliers ont été créés, animés par des artistes, souvent professionnels. Les activités vont de l’art de la dentelle aux percussions afro-brésiliennes, en passant par l’écriture, la philosophie ou le théâtre, et intéressent les services sociaux du Puy-en-Velay. « Quand nous avons dit à l’assistante sociale qu’au lycée nous aimions dessiner et peindre, elle nous a conseillé de venir à l’atelier de peinture », disent deux adolescentes albanaises qui s’appliquent à reproduire un portrait de Gertrude Stein par Pablo Picasso.

Des ateliers pour accéder à la culture
17H

Ce lundi soir, à la Maison des associations, une vingtaine de personnes forment un cercle autour d’un petit bout de femme en pull rouge. Brigitte, jeune sexagénaire, donne le “la” de sa voix cristalline, et le chœur intergénérationnel qui l’entoure, composé de personnes valides et invalides, suit ses indications en chantant à l’unisson et parfois en canon. Tous semblent ravis au sortir de la séance. Sophie, jeune femme trisomique de 32 ans, dit que « cela lui fait du bien au cœur ». « Je ne louperais cet atelier pour rien au monde », ajoute Lola, 21 ans, en fauteuil. Elle adore chanter et apprécie la bienveillance du groupe. « Quand quelqu’un est absent, on s’inquiète et on essaie de savoir pourquoi. »

« L’an dernier, nous avons tous participé à la pièce du Bateau Cool. Un moment inoubliable. Ça nous a fait un bien fou », tient à dire Roland, 81 ans, l’un des choristes qui vient à l’atelier avec des amis. Parmi eux, Rolande, qui ajoute : « L’atelier nous apporte beaucoup. Il nous permet de travailler la mémoire, l’audition, la voix, et cela nous fait sortir de chez nous. » « Et Brigitte est sensationnelle », souligne un autre choriste. Brigitte, qui pratique le chant depuis quarante ans, anime bénévolement cette chorale qui lui fait oublier ses soucis professionnels : « Je continuerai tant qu’on voudra de moi, déclare-t-elle. J’y trouve une source d’énergie. »

Des ateliers pour accéder à la culture
14H

Mardi.

Au premier étage de la Maison des associations, Estelle, 40 ans, professeur de danse et de Pilates, anime l’atelier Danse contemporaine. Marie, 30 ans, participe à plusieurs ateliers mais c’est un de ses préférés. Bien qu’elle n’ait qu’un usage limité de son bras gauche, elle sait faire de son handicap une force. « Quand je danse, dit-elle, j’ai l’impression de glisser comme sur des patins à glace. Je ferme les yeux et j’exprime mes sentiments par des mouvements. » Gladys, 32 ans, vient à l’atelier sur les conseils de sa tutrice. « Je suis si contente de danser, témoigne-t-elle, d’arriver à bouger mon corps en musique. Cela m’apaise. »

 
Des ateliers pour accéder à la culture
17H

Mercredi.

Nous retrouvons Marie à l’atelier Bidouillage « Il n’y a pas d’endroit comparable à celui-ci dans tout le département, dit-elle. C’est insolite de pouvoir créer des univers particuliers à partir de déchets. Je suis en train de créer un jeu de curling à partir d’un aspirateur et d’un manche à balai. » Benoît et Zion, ses deux compagnons d’atelier, sont bien de cet avis. « Cet atelier réunit ceux qui veulent créer et qui ne peuvent pas le faire chez eux. » Zion résume ainsi la conversation : « Ici, nous faisons du beau avec du laid. »

 
Des ateliers pour accéder à la culture
18H

Jeudi.

Àl’atelier Percussions, l’ambiance est brésilienne. 12 participants de 4 à 40 ans, sous la conduite du musicien portugais Sergio Bolota, tapent en rythme sur des tambours de toutes tailles. Fred, un participant, murmure, essoufflé : « Deux heures de percussions, ça calme. Il y a un côté sportif, dans cet atelier. » Swizini, Patrick et Robert, trois frères congolais de 21, 18 et 17 ans, réfugiés en France depuis un an, ont trouvé leur place au sein du groupe. « En Afrique, dit Swizini, nous tapions déjà sur des instruments. Quand l’assistante sociale nous a parlé de cet atelier, nous avons sauté dessus. »

 

Les productions de l’atelier Percussions, tout comme celles des autres ateliers, nourrissent l’idée d’un spectacle de fin d’année. Le dernier spectacle, le Bateau Cool, a été joué en octobre 2021. Cette pièce a été écrite et montée par l’animateur de l’atelier Théâtre, le metteur-en-scène Franck Dafour. Chantal, 66 ans, psychologiquement fragile, y a participé et résume le sentiment général : « Cette pièce regroupait toutes les différences. Elle a ouvert une fenêtre sur la fraternité, la complicité, le mieux-être. Nous allons continuer pour que cette fenêtre reste ouverte. »

Making of
Alain Guérin-Boutaud et Flore Aulagnon
respectivement délégué du Secours Catholique au Puy-en-Velay et coordinatrice socioculturelle de l’association Dis-moi

L’aventure Dis-moi a commencé en 2016, lorsque les associations caritatives du Puy-en-Velay ont décidé d’agir ensemble, à l’initiative d’ATD Quart Monde. Nous avons d’abord réfléchi à la manière d’aider les personnes que nous accueillons et, en les écoutant, a émergé un besoin de culture. Nous faisions déjà des sorties culturelles, mais l’idée des ateliers s’est imposée. Nous avons contacté des artistes locaux. Ils nous ont proposé différentes spécialités. Les personnes intéressées se sont alors dirigées vers le programme qui les attirait et les ateliers sont nés. 

Les ateliers sont gratuits, ouverts à tous et offrent un cadre sécurisant aux plus fragiles, car l’artiste en charge de l’atelier adhère à notre démarche. Il sait que certaines personnes n’ont pas forcément tous les codes sociaux et il essaie de limiter tout ce qui peut être anxiogène. Avec plus d’une centaine de participants aux ateliers, on parle forcément des ateliers créatifs de Dis-moi. Et certaines institutions comme le CCAS du Puy, ou encore les assistantes sociales, ont conclu avec nous un partenariat. Les 16 ateliers se sont créés petit à petit, au fil de la demande des participants et de l’offre de nouveaux artistes. Il y a deux ans, l’animateur de l’atelier Théâtre, Franck Dafour, a regroupé le travail des ateliers pour en faire un spectacle qui a été donné l’an dernier sur la scène de l’Atelier des arts. Un grand moment ! Les ateliers aujourd’hui tournent bien. Dis-moi est devenue une entité à part entière et certains participants ont rebondi, trouvant un travail ou un équilibre qu’ils avaient perdu.

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