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Un jour avec
Un garage pas comme les autres
À Joué-lès-Tours, au 11 rue Joseph-Cugnot (du nom de l’inventeur du premier véhicule automobile, un heureux hasard), Solidarauto 37 propose depuis mai 2018 ses services de réparation et de vente de véhicules à des personnes en précarité, qui travaillent souvent avec des horaires décalés ou habitent en zones sans transports en commun.
Reportage :
Cécile Leclerc-Laurent
Photos :
Xavier Schwebel
Un garage pas comme les autres
9H

Solidarauto 37 ouvre ses portes. À l’accueil, Anaïs fait office de premier accueil : « Au téléphone ou en face-à-face, indique-t-elle, j’interroge les clients pour comprendre leur situation notamment financière. » Car la voiture – qui coûte en moyenne 300 euros par mois, en comptant l’entretien, le carburant et les assurances – n’est pas toujours la solution. Si la personne est en période d'essai dans son emploi, Anaïs oriente plutôt le client vers Mobilité Emploi 37, une association qui partage les locaux du garage et qui propose pour 2 euros par jour une location de scooter ou de vélo.

Un garage pas comme les autres
10H

Philippe, bénévole, charge sur son camion la voiture d’un particulier. C’est le principe même de Solidarauto : le garage récupère des voitures provenant de dons, les remet en état de marche et les revend ensuite au prix moyen de 2 000 euros à ses clients. En 2018, l’association a vendu 43 véhicules sur les 122 récupérés. Tous sont mis en ligne sur le site Internet du garage. Amélie a choisi de donner la voiture de son mari décédé : « Je voulais qu’elle soit utile à quelqu’un qui en a besoin pour aller travailler. »

Un garage pas comme les autres
10H30

Trois mécaniciens travaillent au garage, soit sur les véhicules issus de dons et qui ont besoin de réparations, soit sur ceux en panne des clients. Pour bénéficier du tarif préférentiel de 45 euros l’heure (contre 75 euros dans un garage classique), le client doit avoir un quotient familial, établi par la Caf, inférieur à 770 euros, ou apporter une fiche de prescription d’un partenaire. Le client demande ensuite des financements, par exemple avec l’aide d’un travailleur social. « C’est valorisant de rendre service à des gens qui en ont besoin », commente Lucas, mécanicien.

Un garage pas comme les autres
11H

« À Solidarauto, je suis sûre de la qualité », se réjouit Angélique. Elle y a récemment acheté sa voiture et revient pour un suivi gratuit dans le cadre de la garantie de trois mois. Cette voiture a changé sa vie : « Je fais de l’aide à domicile, je dois me déplacer d’un client à l’autre, parfois loin. C’était stressant avec les transports en commun, j’avais toujours peur d’arriver en retard. »

« La voiture me permet aussi de faire les courses, d’aller voir mes filles. Et actuellement je dors même dedans, car je suis en attente de logement social », confie Angélique. Pour acheter son véhicule, elle a contracté un microcrédit qui lui coûte 115 euros par mois sur deux ans. Solidarauto 37 travaille en effet avec des organismes de microcrédit qui avancent l’argent pour l’achat du véhicule. « On débloque la situation de ces personnes qui, seules, n’auraient pas réussi à avoir un crédit », explique Morgane Piau, chargée de mission à BGE Touraine.

Solidarauto travaille au cœur d’un réseau d’offre de mobilité, notamment avec Wimoov, qui effectue au préalable un bilan mobilité avec les bénéficiaires. « Chez Solidarauto, les prix sont plus avantageux que dans un garage classique. Il est donc plus facile pour nous de mobiliser nos partenaires afin d’obtenir un soutien financier pour une réparation », estime de son côté Annie Mimouni, assistante sociale au conseil départemental d’Indre-et-Loire.

Écouter le témoignage d'Angélique
cliente de Solidarauto 37
Pour mon métier d'aide à domicile, la voiture, c'est indispensable.
Un garage pas comme les autres
15H

Guillaume Florenson, directeur du garage, écoute et conseille Bruno, un client qui vient d’acheter un véhicule. « Ici, on ne se sent pas diminué, on a même eu le choix de la marchandise », témoigne Nathalie, la femme de ce dernier. Pour le couple qui vit à la campagne, la voiture est obligatoire. « Un véhicule est un outil qui permet d’avoir une vie normale, et élargit les chances d’emploi », explique Guillaume.

Écouter le témoignage de Guillaume Florenson
directeur du garage
Sans la voiture, ça bloque au niveau de l'emploi, du logement, des enfants...
Un garage pas comme les autres
16H

À côté du garage, Mobilité Emploi 37 offre des cours de conduite à bas coût (350 euros) à ceux qui sont dans un parcours d’insertion ou qui touchent le RSA. José Soares, directeur de l’association, estime que « ce sont souvent les plus pauvres qui ont le plus besoin de mobilité, soit parce qu’ils sont loin, soit parce qu’ils ont plusieurs petits boulots ». Élodie va bientôt passer son permis grâce à l’auto-école. Après, c’est décidé : « Je viendrai ici acheter une voiture. »

Making of
Jean Carré
Président de Solidarauto 37 et vice-président du Secours Catholique d’Indre-et-Loire

Les Solidarauto ont émergé il y a neuf ans au Secours Catholique, à partir du constat qu’une personne sur trois en recherche d’emploi renonce à une proposition de poste à cause de problèmes de mobilité. Le public accueilli par l’association se retrouve souvent exclu socialement et économiquement dès qu’il perd sa mobilité. Afin d’aider au mieux ces personnes en précarité, les garages solidaires leur proposent de la réparation ou de la vente à tarif préférentiel. Nous sommes un peu la roue de secours pour ces personnes au bord du chemin, et nous contribuons à les réparer, elles aussi, pour leur permettre de redémarrer, après une panne. Un garage solidaire est non seulement un outil mis à la disposition des travailleurs sociaux qui accompagnent ces personnes, mais aussi un acteur de développement économique, puisqu’il permet aux bénéficiaires de renouer avec le monde du travail. C’est pour cela que nous sommes complémentaires du milieu habituel de l’automobile. Si nous aidons bien nos clients, à terme, ils pourront se tourner vers des garages traditionnels. Solidarauto 37 se considère donc réellement comme un acteur économique du monde de l’automobile, nous sommes pour cela adhérents au syndicat CNPA. D’ailleurs, nous ne voulons pas vivre de subventions de fonctionnement, mais avoir un équilibre économique, comme une entreprise classique. Aujourd’hui, avec les autres garages solidaires, nous mettons en commun notre expérience à travers la fédération Solidarauto, et cela est précieux.

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