La pauvreté prend-elle les mêmes formes selon les territoires ?
La pauvreté prenant ainsi des formes quelque peu différenciées selon les territoires, le Secours Catholique appelle les pouvoirs publics à mieux prendre en compte ces spécificités territoriales tout en s’attaquant aux mécanismes de mise à distance sociale qui aggravent l’exclusion des personnes en situation de pauvreté. Au-delà de l’opposition souvent faite entre zones urbaines et rurales, il est nécessaire de tenir compte de l’ensemble des territoires relégués ou délaissés, qu’il s’agisse de zones rurales isolées, de quartiers prioritaires de la Politique de la ville ou d’autres espaces où se cumulent difficultés sociales, faible accès aux services publics et à une offre de mobilité collective, cultivant ainsi un sentiment d’abandon.
Les besoins des ménages en situation de pauvreté ne sont pas les mêmes selon qu’ils résident en zone rurale, dans les quartiers prioritaires de la Politique de la ville ou dans d’autres territoires urbains. Quand certains souffrent d’un éloignement des services publics et d’un déficit de mobilité, d’autres font face à une pression budgétaire croissante, à des formes plus dures de précarité résidentielle ou à une concentration des difficultés sociales. Cette hétérogénéité appelle une réponse à l’échelon local, au plus près des besoins réels des territoires plutôt que des politiques uniformes pensées depuis l’échelon national. Le Secours Catholique demande ainsi que des analyses des besoins sociaux (ABS) territorialisées soient effectivement réalisées par les centres communaux d’action sociale (CCAS) et centres intercommunaux d’action sociale (CIAS), comme la loi oblige de le faire, afin d’objectiver ces besoins différenciés et d’orienter les politiques sociales en conséquence.
En matière de mobilité, alors que les ménages ruraux rencontrés par l’association expriment près de trois fois plus de besoins liés aux transports que les ménages urbains (11,4 % contre 3,6 %), le Secours Catholique demande :
- le développement des transports collectifs du quotidien, notamment dans les territoires ruraux et périurbains, par l’inscription de ces investissements dans une programmation pluriannuelle stable ;
- la construction d’un véritable service public de la mobilité, sur le modèle de ce qui existe pour la rénovation énergétique avec France Rénov, facilitant l’accès aux aides existantes et proposant un accompagnement personnalisé pour en bénéficier.
Au-delà de la seule mobilité, le Secours Catholique appelle à généraliser les dispositifs d’« aller vers » afin de pallier l’éloignement des services publics qui pèse sur l’accès aux droits des ménages les plus isolés.
Le sondage d’opinion et les données de terrain convergent : la pauvreté est massivement perçue comme visible, mais toujours « ailleurs ». Plus on se rapproche de son propre espace de vie, moins elle semble exister. Cette distanciation n’est pas qu’une affaire de perception : elle est documentée par une ségrégation résidentielle structurelle et nourrie par un stigmate social que subissent directement les personnes concernées, comme en témoignent les personnes accompagnées par l’association. Ce stigmate est aujourd’hui alimenté, et trop souvent légitimé, par le discours public et institutionnel luimême. C’est pourquoi le Secours Catholique appelle les pouvoirs publics à rompre avec les discours stigmatisants, notamment à l’égard des allocataires de minima sociaux, et à réaffirmer, à l’inverse, que l’accès effectif aux droits sociaux est une condition de la cohésion nationale, et non une menace pour celle-ci.