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Un jour avec
Logement : « Je veux ne plus avoir honte de chez moi »
Depuis cinq ans, Carole Duforestel voyait sa maison de Milly- sur-Thérain, dans l'Oise, se délabrer, faute de pouvoir l'entretenir et la chauffer. Conseillée par une bénévole du Secours Catholique, elle s'est rapprochée du réseau Éco-Habitat. Le but : entreprendre des démarches pour faire rénover la bâtisse devenue une passoire énergétique. Les travaux se sont achevés en décembre. Carole et son fils revivent.
Reportage :
Benjamin Sèze.
Photos :
Anaïs Pachabezian, Steven Wassenaar.
Logement : « Je veux ne plus avoir honte de chez moi »
OCT.

« C'est sûr que ça va être un gros chantier », confie Carole Duforestel. En cette mâtinée pluvieuse du 23 octobre, cette ancienne nourrice, aujourd'hui employée à temps partiel par l'école du secteur pour s'occuper des enfants pendant la cantine et du ménage, observe sa maison depuis l'extérieur. Elle y vit seule avec son dernier fils, Damien, âgé de 12 ans. Ces prochains jours, une équipe d'artisans va investir les lieux pour rénover la bâtisse. 

Avec son ancien mari, aujourd'hui décédé, ils ont acheté cette maison à Tilly-sur-Thérain, dans l'Oise, il y a 23 ans. Le couple habitait, à l'époque, un appartement à Beauvais avec ses quatre enfants. « Le loyer était cher, nous en avions marre de payer à perte. » Ils décident, alors, de devenir propriétaires et se mettent à chercher à la campagne. « Mais pas trop loin de Beauvais et à côté d'un bourg avec une école et des commerces », précise Carole. Ce qui leur a plu ici ? Le grand jardin et la possibilité d'aménager les combles pour doubler la surface de 60m2 et faire des chambres. 

La maison se révèle rapidement difficile à chauffer. À l'époque, ils ont installé deux petits chauffages électriques à l'étage, « deux grilles-pain », mais face au montant de la facture d'électricité, ils décident d'arrêter de les utiliser. Ils optent alors pour un poêle à pétrole. La forte odeur du fuel finit par les dissuader. Depuis, « on s'est toujours chauffé avec la cheminée ».

Le chauffage au bois, « ce n'est pas du tout économique, admet Carole. Mais c'est le moins cher ». Elle achète deux sterres pour 110 euros et cela tient généralement un mois et demi. « Un mois lors des périodes de grand froid pendant l'hiver », précise-t-elle. La facture s'est alourdie ces dernières années au fur et à mesure que les trous aux fenêtres s'agrandissaient.

La maison a commencé à se délabrer il y a cinq ans, se souvient Carole. « Elle n'est pas assez chauffée par rapport à la surpeficie, alors forcément avec le froid et l'humidité qu'on a par ici, ça se déteriore. » Les fenêtres en bois qui datent de plus de vingt ans ont commencé à subir l'effet d'usure. « On a constamment des courants d'air. Quand il pleut, on est obligé de fermer les volets sinon l'eau rentre dans le salon et dans la cuisine. » C'est un cercle vicieux : le manque d'isolation augmente le froid et l'humidité qui accélèrent le ryhtme des dégradations. 

La maison a commencé à se délabrer il y a cinq ans, se souvient Carole. « Elle n'est pas assez chauffée par rapport à la surpeficie, alors forcément avec le froid et l'humidité qu'on a par ici, ça se déteriore. » Les fenêtres en bois qui datent de plus de vingt ans ont commencé à subir l'effet d'usure. « On a constamment des courants d'air. Quand il pleut, on est obligé de fermer les volets sinon l'eau rentre dans le salon et dans la cuisine. » C'est un cercle vicieux : le manque d'isolation augmente le froid et l'humidité qui accélèrent le ryhtme des dégradations.

La pièce la plus abîmée est la salle-de-bain, devenue insalubre. « On a beau nettoyer... », se désole Carole. Elle en a honte. « Quand quelqu'un vient chez moi, je n'ouvre jamais cette porte. » Elle est aussi extrêmement gênée par l'état des fenêtres, par les volets qui tiennent par des bouts de bois, par la façade du premier étage dont le doublage extérieur, en polystyrène, n'a jamais été recouvert de crépis. « Il y a un côté misérable », observe-t-elle. Elle n'ose pas imaginer ce que « les gens (qui passent devant sa maison) doivent se dire ».

Carole en a marre de ne pas se sentir bien dans cette maison même si elle essaye de tout faire pour la rendre « propre, vivable, jolie ». Ce que veut cette femme de 57 ans, c'est de pouvoir vivre comme les autres, dit-elle. « Ne plus avoir honte de chez moi. »

Logement : « Je veux ne plus avoir honte de chez moi »
NOV.

Les travaux ont commencé début novembre. La première étape a été la réfection d'une partie de la toiture et l'isolation extérieure de la façade du premier étage.

Ce mardi 28 novembre, les ouvriers oeuvrent au remplacement de toutes les fenêtres et portes-vitrées et à l'installation de radiateurs électriques à inertie sèche. 

Ce mardi 28 novembre, les ouvriers travaillent à remplacer toutes les fenêtres et portes-vitrées et à installer des radiateurs électriques à inertie sèche. 

La dernière étape des travaux sera la rénovation complète de la salle-de-bain et l'installation d'une VMC.

Achevé mi-décembre, le chantier aura mobilisé une dizaine d'artisans. « Ils ont tous été très sympas, raconte aujourd'hui Carole. Souvent, je discutais avec eux. Je leur offrais le café et parfois je préparais des gâteaux. C'était convivial. »

Logement : « Je veux ne plus avoir honte de chez moi »
JANV.

Mardi 21 janvier. Cela fait plus d'un mois que Carole et Damien vivent dans la maison rénovée. « C'est une nouvelle vie », assure Carole.

« Quand je rentre chez moi, après le travail ou avoir passé la journée chez mes enfants, il fait bon, savoure Carole. Avant, quand je revenais, la cheminée était éteinte et il faisait froid. C'était un moment que je redoutais et que j'avais tendance à repousser. » Le feu de bois est devenu un plaisir réservé au week-end. 

Carole ne perçoit plus sa maison comme un environnement « hostile », mais comme un confortable refuge. « Parfois, j'ai hâte de rentrer », confie-t-elle. Et c'est totalement nouveau. Auparavant, se souvient-elle, « pendant mon temps pause, l'après-midi, je n'étais jamais chez moi. J'allais faire des courses ou voir ma mère » Désormais, elle a pris pour habitude de revenir. « J'aime me poser sur le canapé, prendre du temps pour moi. Je lis beaucoup plus. »

Carole ne perçoit plus sa maison comme un environnement « hostile », mais comme un confortable refuge. « Parfois, j'ai hâte de rentrer », confie-t-elle. Et c'est totalement nouveau. Auparavant, se souvient-elle, « pendant mon temps pause, l'après-midi, je n'étais jamais chez moi. J'allais faire des courses ou voir ma mère » Désormais, elle a pris pour habitude de revenir. « J'aime me poser sur le canapé, prendre du temps pour moi. Je lis beaucoup plus. »

Refaite à neuf, la salle-de-bain est devenue un endroit où son fils, Damien, comme tout adolescent de son âge, aime traîner. « Lui qui ne voulait jamais aller se laver, maintenant, je n'arrive plus à le faire sortir de sous la douche », assure Carole.

Elle a complété les travaux réalisés en achetant un lavabo en céramique et un joli plancher stratifié que l'un de ses fils est venu poser. Cet été, ce même fils va refaire ses toilettes.

Dans la cuisine, Carole compte bientôt poser, avec l'aide de son gendre, un plan de travail en bois. Puis, avec sa fille, elles s'attaqueront à la faïence qu'elle voudrait recouvrir d'un béton ciré. « Maintenant que je me sens bien dans cette maison, j'ai envie de continuer à l'embellir », dit-elle. Plutôt que de simplement passer un coup sur le pourtour des fenêtres, elle a décidé de tout repeindre. « La peinture, ce n'est pas cher et ça donne une vraie impression de changement. »

Vice-président du Secours Catholique de l'Oise, qui a accompagné Carole dans ce projet de rénovation, Pascal Fouque est venu voir le résultat. Carole lui fait la visite. « J'ai envie de recevoir chez moi maintenant, se rend-t-elle compte. Ma famille, mes amis. » Son fils, Damien, aussi. « Une des premières choses qu'il m'a dites à la fin des travaux, se rappelle sa mère, c'était : "Maintenant, je vais pouvoir inviter les copains". » 

Carole Duforestel
Ce que les travaux ont changé
Making of
C'est l'aboutissement d'un projet mené pendant deux ans

Si une bénévole du Secours Catholique n'était pas passée me voir chez moi, je n'aurais jamais fait ces travaux. C'est elle qui, voyant l'état de ma maison, constatant la nature des travaux à réaliser et le montant de mes revenus, m'a dit que j'avais sûrement droit à des aides à la rénovation. Elle m'a orienté vers le réseau Éco-habitat. Je les ai contactés, ils ont d'abord envoyé une personne pour évaluer les travaux, puis ont pris en charge de monter le dossier pour faire les différentes demandes de subventions. J'avais juste à leur fournir les documents nécessaires. Cela a pris deux ans. C'est long. D'abord, il manquait des documents. Puis, il a fallu remonter un plan de financement. Le budget du projet initial était trop élevé. On a recentré le chantier sur les besoins prioritaires. Pendant ces deux ans, heureusement qu'il y avait les bénévoles d'Éco-Habitat qui me disaient : « Ne baissez pas les bras, ne vous découragez pas. Ça va finir par aboutir. » Et ils ont eu raison. J'ai touché des aides de la part de l'Anah, du Conseil départemental et du Conseil régional, de la Caf, de la fondation Abbé Pierre et du Secours Catholique. Le budget des travaux s'élève à un peu plus de 39 000 euros. Sur ce total, je vais rembourser 4 000 euros, en quatre ans, à la Caf.