À Bourg-en-Bresse, une salle d'attente très sympa

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À Bourg-en-Bresse (Ain), le camion santé de la Croix-Rouge se gare chaque lundi matin sur le parking du Secours Catholique. Pendant que l’équipe médicale reçoit, les patients attendent à l'intérieur du local de l’association. Un café, du lien, et un médecin, pour ceux qui n'en ont plus.
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Personne ne sait plus très bien quand ça a commencé. Mais tout le monde s'accorde pour dire que c'était avant Matthieu. Et avant le Covid. Le camion santé de la Croix-Rouge se garait déjà là, sur le parking du Secours Catholique de Bourg-en-Bresse, chaque semaine. On l'a relancé après la crise, et le café du matin aussi. Les deux ont retrouvé leur place, l'un à côté de l'autre.

Comme chaque lundi depuis six ans, Matthieu salue tout le monde. Beaucoup par leur prénom. Les retenir, c'était la première mission qu'il s'était donnée en arrivant au Secours Catholique comme animateur salarié. Dans la salle, des hommes s'installent à leur place habituelle. Quelques femmes aussi. Le brouhaha couvre le bruit du percolateur qui tourne sans arrêt. Entre vingt et trente personnes passent ici chaque lundi. Parfois plus en hiver. « À Bourg, il y a une pénurie monumentale de médecins », glisse Matthieu. Dehors, le camion de la Croix-Rouge peut recevoir une quinzaine de patients dans la matinée. Il est toujours plein.

« Ça se nourrit l'un et l'autre », résume-t-il. Il y a ceux qui viennent pour le café et découvrent le camion. Et ceux qui viennent d'abord pour consulter avant de revenir pour les repas ou pour discuter. La Croix-Rouge, elle, trouve ici un point fixe : un lieu chauffé, du café, et un endroit où attendre à l'abri de la pluie ou de la chaleur. « Ça leur fait une salle d'attente très sympa. »

Le camion santé garé sur le parking du Secours Catholique à Bourg en Bresse
Chaque lundi matin, le camion santé de la Croix-Rouge s'installe devant le local du Secours Catholique.

À un patient près 

« Un petit jus, madame ? Allez, on vous sert ! » Dylan slalome entre les tables, carafe à la main. Polo rose fluo et cheveux noirs plaqués en arrière. Un sourire permanent. C'est la troisième fois qu'il vient ici. La semaine, il travaille chez But. Aujourd'hui, c'est son jour de repos. « J'aime bien les gens. Et si je peux apporter un peu de sang neuf. »

Plus loin, Laurence s'est assise à côté de Jean-Pierre. Depuis le temps qu'elle est bénévole ici, elle connaît les habitués. Dans sa tenue orange à bandes réfléchissantes, on croirait que Jean-Pierre revient d'un chantier. Avant, il faisait le ménage et la surveillance dans une école. Mais, depuis septembre, il ne travaille plus. Alors, il vient tous les lundis. « Pour parler avec les autres et les bénévoles. » Ça fait une présence. Et puis l'autre fois, il avait mal au genou. Il est allé voir le médecin du camion. Le sien a pris sa retraite. Il en avait trouvé un autre, mais il n'avait plus de place. À un patient près, il aurait été pris sinon.

C'est le troisième lundi que Dylan passe à faire du bénévolat à l'accueil café.

Dans un bureau attenant, Laure voit défiler les malades. « Je fais le triage. Comme à l'hôpital », sourit-elle. Salariée de la Croix-Rouge depuis juin, elle a vite pris ses marques. Ceux qui ont besoin d'un médecin repartent avec un ticket pour le camion. Face à elle, M. attend, mains croisées sur les genoux. Un jeune homme, en jean et casquette. Sur son visage, une longue balafre. Elle part de la commissure des lèvres et remonte jusqu'à l'œil. Une agression, lors de sa migration.

les maladies se chronicisent.

Au café-matin, beaucoup ne se soignent plus, faute de droits ou de moyens. Des familles, des personnes âgées, à la rue ou migrantes. Laure a déjà croisé certains de ces visages en maraude. « Ici, ça nous permet de prendre des nouvelles, de suivre. » Son travail, c'est aussi de la débrouille. Trouver des solutions qui sortent du cadre, les bonnes portes à pousser. Ici, elle fait peu de soins techniques. « On pallie de manière ponctuelle… sauf que les maladies se chronicisent. C'est un pansement qu'on met. » Elle rit, un peu gênée. « Le but, ce serait qu'on n'existe plus. » La Croix-Rouge n'a pas pour vocation de remplacer le système de soins. « Mais là, on s'y substitue, parce qu'il n'y a pas d'autres solutions. »

Il est presque midi et quelques personnes  patientent encore sous le soleil du printemps. À l'intérieur, les bénévoles rangent les tasses. La salle se vide. Matthieu se tourne vers Dylan : « Alors, cette matinée ? » « Super. Je suis lancé. Maintenant, je serai toujours là. » Derrière eux, une dame âgée sort du local. Elle s'arrête, s'étonne : « C'est à vous le camion ? Il est beau. »

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Laure, salariée de la Croix-Rouge reçoit dans un bureau les patients
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Chaque lundi, le camion santé de la Croix-Rouge reçoit jusqu'à quinze patients. Une infirmière salariée, une infirmière bénévole et un médecin bénévole assurent les consultations. Beaucoup ne se soigneraient plus sans ce dispositif, en particulier les personnes à la rue ou migrantes. 45 % des consultations concernent des troubles musculo-squelettiques. Suivent les infections dermatologiques, ORL et les troubles métaboliques comme le diabète. Pour beaucoup, le camion est une porte d'entrée plus facile vers le soin.

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Le médecin bénévole avec une patiente
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Au-delà des pathologies physiques, l'équipe du camion santé voit aussi affluer des personnes avec des souffrances psychiques. Souvent liées au parcours de vie : la rue, l'exil, les traumas. « La psychiatrie est le parent pauvre de la médecine », constate Laure. Dans la région, l'accès à des soins psychiatriques est particulièrement difficile. Le camion oriente, accompagne, mais les places restent rares.

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Un usager devant les casiers de la bagagerie du Secours Catholique de Bourg-en-Bresse
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Au-delà du café-matin du lundi, le Secours catholique de Bourg-en-Bresse propose plusieurs activités. Parmi elles, Saadia anime l'atelier couture le lundi matin. Une guinguette se tient chaque jeudi midi. Une bagagerie permet aux personnes sans domicile de stocker leurs affaires. Une boutique solidaire vend des vêtements d'occasion. Et l'équipe migrants accompagne les demandes de régularisation. Une vingtaine de bénévoles font tourner l'ensemble.

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Nom(s)
Magali Sennane
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Elodie Perriot
Fonction(s)
Photographe
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