Dans le Vercors, un séjour pour vivre ensemble

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Le Secours Catholique de Grenoble organisait en juillet 2025 un séjour dans le massif du Vercors. Quatre jours qui ont permis à une trentaine de personnes migrantes, dont onze mineurs non accompagnés, de découvrir un pan de l’histoire de la Résistance, mais aussi de retrouver au contact de la nature un brin d’insouciance.
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groupe randonnant dans le Vercors
Les paysages du Vercors emportent le groupe loin de la pesanteur du quotidien.

C’est un moment hors du temps. Tout juste sortis de voiture, les sacs encore dans l’entrée, Djezon, David et Abdoulaye s’exclament en découvrant la boule à facettes accrochée au plafond du séjour. La sono est allumée, et aussitôt l’on improvise un pas de danse sur le parquet, au rythme d’un tube afrobeat. Simon, animateur au Secours Catholique isérois, s’émerveille de voir l’un des jeunes mineurs suivis au sein de l’association, « qui pourtant allait mal », se mettre à danser lui aussi. 

Le plateau du Vercors n’est qu’à 45 minutes de Grenoble, pourtant, dès l’arrivée au gîte des Quatre-temps, ce séjour appelé « Voyage vers l’espérance » emporte immédiatement l’ensemble du groupe loin des soucis et de la pesanteur du quotidien.

valoriser les talents de chacun

Au rythme d’un par an ou tous les deux ans, ces séjours constituent une expérience aussi exigeante qu’irremplaçable. « Nous sommes partis en Ardèche, dans la Drôme… À chaque fois, nous choisissons un gîte en gestion libre », explique Simon. Cette formule permet à toutes et tous de s’impliquer au quotidien, notamment en cuisine, et dans l’ensemble des tâches communes, qui sont « des occasions de faire des choses ensemble, de se rencontrer et de valoriser les talents de chacun ».

Si la plupart des participants n’avaient jamais quitté Grenoble depuis leur arrivée en France, pour Lourenco, Angolais de 26 ans, ce séjour a des airs de retrouvailles. « J’ai été hébergé ici pendant un an par des familles du réseau Welcome, explique celui qui a obtenu un CAP dans la restauration et se prépare à poursuivre en BTS. J’ai beaucoup marché, appris à faire du ski de fond… Depuis quelques mois, je vis dans une collocation solidaire sur les hauteurs de Grenoble, mais je prends souvent le bus pour rendre visite à mes amis. Comme je dis souvent : c’est ici que je suis né ! »

Le séjour dans le Vercors est animé autour du thème de la paix et de la Résistance. Il résonne fortement avec la mémoire d’Autrans, où s’est organisé le maquis du Vercors, mais aussi avec l’histoire encore à vif de nombreux participants, qui ont fui les conflits qui minent leurs pays : combats, vengeances, corruption… Au manteau de la cheminée du gîte, quelques phrases issues de temps d’échanges en groupe donnent le ton : « La paix est la seule bataille qui vaille la peine d’être livrée », « La non-violence est la plus grande force de l’humanité ».

Histoire de la Résistance

Au matin du deuxième jour, le groupe part à la découverte de l’histoire de la Résistance et de la Seconde guerre mondiale, en suivant Michèle Morel, 82 ans, fille et nièce de maquisards : « Ici, dit-elle en arrivant sur la place du village, se trouvait le salon de coiffure où travaillait ma tante. Sur la place, mon oncle, conducteur de bus, déposait de jeunes réfractaires du Service du Travail Obligatoire (STO), qui entraient en clandestinité après avoir visité le Dr Chauve dans son cabinet. Tous étaient complices ! »

Michèle montre la maison où elle est née. Lorsqu’elle évoque l’irruption d’un soldat allemand chez elle, alors qu’elle était nourrisson, David, 17 ans, originaire de République démocratique du Congo (RDC), réagit vivement, lui qui a laissé un frère et une sœur au Congo : « La guerre, ça change toute la vie, les relations, tout est plus dur, confie-t-il. Même ici, en France, j’ai peur de la guerre. Il faut tout faire pour qu’elle n’arrive pas. »

*Un séjour soutenu par l'ANCV

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Claudine, bénévole, avec deux jeunes
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Être soi-même
Bénévole après un service de trois ans dans le cadre d’un mécénat, Claudine, 62 ans, est émerveillée par la « joie de vivre » des participants au séjour : « Lorsque je les accueille dans le cadre du cours de français, souvent, ils ont mal dormi, sont fatigués. Ils portent leurs soucis, sont en attente d’un rendez-vous, etc. Ici, je découvre leur personnalité, qui ils sont vraiment. »

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groupe en visite dans le Vercors
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Découverte
Michèle, 82 ans, fait découvrir son village, sa culture, évoque la rudesse des hivers d’autrefois, et l’histoire du Vercors, haut lieu de la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale. L’histoire de ce conflit semble lointaine pour nombre de participants, qui ne manquent pas de questions. Une partie du groupe, saisie par l’émotion, préfère ne pas s’attarder devant les sept tombes de l'équipage du Halifax II de la Royal Air Force, qui s’est crashé sur les hauteurs d’Autrans dans la nuit du 7 au 8 février 1944. « Les corps ont été récupérés dans la neige par les maquisards, qui les ont cachés », précise Michèle.

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deux femmes nageant dans la piscine
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Tous à l'eau !
Depuis un bain mémorable en Ardèche, les séjours comprennent toujours une baignade. Cet après-midi à la piscine de Méaudre est bienvenue en cette période de canicule, mais représente aussi un défi pour nombre de participant(e)s : plusieurs ne savent pas nager, et certains, qui, ne se sont jamais baignés, s’appuient sur la présence rassurante du groupe pour dominer leur appréhension.

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groupe en intérieur le soir
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Résilience
Face à une assemblée tout à son écoute, Michèle  témoigne de la vie et de l’engagement de sa famille pendant la guerre. Un récit poignant, au cours duquel celle qui fut professeure d’histoire-géographie - et manqua de peu d’enseigner l’allemand - évoque la disparition de son père et de son oncle en 1944, et son propre parcours de résilience.

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séjour dans le Vercors
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Sur un pied d'égalité
Le plus jeune du séjour, Cheikh, a 15 ans, et la plus âgée, Carmen, une bénévole, 82 ans. L’ambiance est légère. « Ce qui me marque, c’est de me sentir pour la première fois sur un pied d’égalité : cela fait du bien de sortir vraiment de la relation aidant/aidé », se réjouit Éva, responsable du suivi des mineurs non accompagnés, en contrat d’alternance au Secours Catholique.

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groupe dans le Vercors
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Une famille
« Je suis arrivé en France en 2024, j’ai été débouté du droit d’asile, je suis à la rue et sans ressources. Ma situation est catastrophique », reconnaît Amigo [maillot blanc sur la gauche]. Pourtant, ce Congolais de 42 ans «  se] bat ». Il s’est engagé comme bénévole au lendemain du voyage vers l’espérance de 2024 : « Avant, je vivais dans le stress, dans mes pensées. Ce séjour m’a beaucoup aidé : on ne se connaissait pas, chacun parlait de lui, de ses origines. J’ai vu comment on pouvait vivre ensemble. Je n’étais plus seul. »

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Nom(s)
Adrien Bail
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Xavier Schwebel
Fonction(s)
Photographe
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