Dans le Vercors, un séjour pour vivre ensemble
C’est un moment hors du temps. Tout juste sortis de voiture, les sacs encore dans l’entrée, Djezon, David et Abdoulaye s’exclament en découvrant la boule à facettes accrochée au plafond du séjour. La sono est allumée, et aussitôt l’on improvise un pas de danse sur le parquet, au rythme d’un tube afrobeat. Simon, animateur au Secours Catholique isérois, s’émerveille de voir l’un des jeunes mineurs suivis au sein de l’association, « qui pourtant allait mal », se mettre à danser lui aussi.
Le plateau du Vercors n’est qu’à 45 minutes de Grenoble, pourtant, dès l’arrivée au gîte des Quatre-temps, ce séjour appelé « Voyage vers l’espérance » emporte immédiatement l’ensemble du groupe loin des soucis et de la pesanteur du quotidien.
valoriser les talents de chacun
Au rythme d’un par an ou tous les deux ans, ces séjours constituent une expérience aussi exigeante qu’irremplaçable. « Nous sommes partis en Ardèche, dans la Drôme… À chaque fois, nous choisissons un gîte en gestion libre », explique Simon. Cette formule permet à toutes et tous de s’impliquer au quotidien, notamment en cuisine, et dans l’ensemble des tâches communes, qui sont « des occasions de faire des choses ensemble, de se rencontrer et de valoriser les talents de chacun ».
Si la plupart des participants n’avaient jamais quitté Grenoble depuis leur arrivée en France, pour Lourenco, Angolais de 26 ans, ce séjour a des airs de retrouvailles. « J’ai été hébergé ici pendant un an par des familles du réseau Welcome, explique celui qui a obtenu un CAP dans la restauration et se prépare à poursuivre en BTS. J’ai beaucoup marché, appris à faire du ski de fond… Depuis quelques mois, je vis dans une collocation solidaire sur les hauteurs de Grenoble, mais je prends souvent le bus pour rendre visite à mes amis. Comme je dis souvent : c’est ici que je suis né ! »
Le séjour dans le Vercors est animé autour du thème de la paix et de la Résistance. Il résonne fortement avec la mémoire d’Autrans, où s’est organisé le maquis du Vercors, mais aussi avec l’histoire encore à vif de nombreux participants, qui ont fui les conflits qui minent leurs pays : combats, vengeances, corruption… Au manteau de la cheminée du gîte, quelques phrases issues de temps d’échanges en groupe donnent le ton : « La paix est la seule bataille qui vaille la peine d’être livrée », « La non-violence est la plus grande force de l’humanité ».
Histoire de la Résistance
Au matin du deuxième jour, le groupe part à la découverte de l’histoire de la Résistance et de la Seconde guerre mondiale, en suivant Michèle Morel, 82 ans, fille et nièce de maquisards : « Ici, dit-elle en arrivant sur la place du village, se trouvait le salon de coiffure où travaillait ma tante. Sur la place, mon oncle, conducteur de bus, déposait de jeunes réfractaires du Service du Travail Obligatoire (STO), qui entraient en clandestinité après avoir visité le Dr Chauve dans son cabinet. Tous étaient complices ! »
Michèle montre la maison où elle est née. Lorsqu’elle évoque l’irruption d’un soldat allemand chez elle, alors qu’elle était nourrisson, David, 17 ans, originaire de République démocratique du Congo (RDC), réagit vivement, lui qui a laissé un frère et une sœur au Congo : « La guerre, ça change toute la vie, les relations, tout est plus dur, confie-t-il. Même ici, en France, j’ai peur de la guerre. Il faut tout faire pour qu’elle n’arrive pas. »
*Un séjour soutenu par l'ANCV