En Ukraine, le soutien d’urgence aux civils près du front
Depuis l’automne, l’Ukraine subit des attaques régulières visant les infrastructures énergétiques critiques du pays, entraînant notamment des coupures massives d’électricité. Une situation qui fragilise le quotidien des populations tandis qu’elles vivent leur quatrième hiver de conflit. « La répétition des attaques, l’incertitude permanente, le froid et les privations contribuent à une dégradation de la santé mentale des populations, à l’épuisement des personnes soignantes et à une grande fatigue collective », pointe Asyl Turnsunbekova, chargée de projet Urgences pour le Secours Catholique, de retour de mission en Ukraine.
Pour soulager les habitants des zones situées à proximité de la ligne de front, Caritas Spes Ukraine, soutenue par le Secours Catholique, apporte une aide dite de "winterization". Cette aide comprend la distribution de bois de chauffage et un soutien financier (en espèces) pour l’achat de combustibles, afin de permettre aux familles de faire face à l’hiver dans des conditions plus dignes. Environ 500 personnes en ont déjà bénéficié, dont 300 vivant dans des conditions extrêmement précaires dans la région de Tavriya, dans l’oblast de Zaporijia, au sud-est du pays, à une dizaine de kilomètres de la ligne de front.
« Les personnes qui reçoivent l’aide sont principalement des personnes âgées de plus de 60 ans, des personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques graves », témoigne Yullia, bénévole de Caritas Spes. À l’instar des volontaires qui participent à l’enregistrement des besoins et aux distributions, Yullia a suivi des formations à la sécurité, dispose de consignes strictes pour réagir en cas de tirs et est équipée d’un gilet pare-balles.
Une question de survie.
Le danger ne décourage pas son engagement. « Il est essentiel de soutenir celles et ceux qui vivent dans des villages situés à moins de 10 à 20 kilomètres de la ligne de front pendant l’hiver, souligne-t-elle. Les bombardements constants et l’absence de perspectives rendent la vie dans ces zones littéralement une question de survie. » La bénévole décrit l’absence de travail dans les villages, les perturbations régulières de l’approvisionnement des magasins. « Beaucoup de personnes n’osent pas partir : elles n’ont pas d’économies et savent qu’elles ne pourraient pas se loger ni vivre dignement ailleurs, alors elles choisissent de rester dans leurs maisons partiellement détruites ».
Dans la ville de Soumy, située à 30 kilomètres de la frontière russe, dans le nord-est de l’Ukraine, un autre partenaire du Secours Catholique, Dignitas Ukraine, intervient pour soutenir les personnes qui ne peuvent se déplacer via une clinique mobile qui permet de leur dispenser les soins primaires nécessaires à leur survie. « Depuis le début de la guerre, l’accès aux soins et à la rééducation assurés par l’État ont été fortement perturbés et les services sociaux sont saturés, explique Asyl Turnsunbekova. Le partenaire intervient ainsi dans des zones peu couvertes afin de combler les manques des dispositifs existants. »
Je fais tout, seule.
Parmi les personnes épaulées, Ludmila, 85 ans, aidante de son fils de 54 ans, paralysé depuis 14 ans. La guerre est venue compliquer sa situation, et contrairement à beaucoup d’habitants qui ont fui la ville, Ludmila ne peut en aucun cas envisager un départ. Elle témoigne : « Nous habitons au huitième étage et, lors des coupures d’électricité, je ne peux pas sortir faire des courses : je suis complètement bloquée. De plus, le matelas anti-escarres et les autres équipements électriques indispensables à mon fils ne fonctionnent pas pendant ces coupures. Ces dernières sont longues et mon fils souffre énormément, ce qui a de graves conséquences sur sa santé, ainsi que sur ma santé mentale, car je suis très inquiète pour lui. »
Au-delà des problèmes liés aux coupures d’électricité, l’octogénaire souffre d’une grande solitude. « Il n’y a pas de services sociaux pour m’aider ou prendre le relais, explique-t-elle. Je fais tout, seule. Je ne peux pas me permettre de tomber malade. Je dois vivre pour que mon fils puisse vivre. Je n’ai pas d’autre choix. »