À la Réunion, lutter contre l’isolement et le mal-logement des personnes âgées

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Dans les hauts de Saint-Paul, à La Réunion, une équipe du Secours Catholique accompagne les personnes âgées isolées et fragilisées du territoire, en particulier dans l’amélioration de leurs conditions de logement, parfois indignes, et dans l’accès à leurs droits.
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Les bénévoles en visite à domicile
Michel (avec la casquette orange) est le référent bénévole du dispositif de visite aux personnes âgées.

« Bonjour ! Comment ça va ? » En créole, Michel vient prendre des nouvelles de Jean-Paul, 72 ans, célibataire, assis dans la demi-pénombre de sa case. La cuisine est dans un tel état que l’on peine à imaginer que le retraité s’y fasse encore chauffer de la nourriture. « Du poulet, des saucisses aux lentilles... », énumère-t-il. La télé, posée au-dessus du frigo, ne fonctionne plus ; Jean-Paul, rendu peu mobile par ses problèmes de santé, écoute la radio. Sa nièce lui fait les courses, une infirmière vient le matin lui donner ses médicaments, et quand il se sent trop seul, il traverse la cour pour aller « s'asseoir chez son frère et causer ». Michel s’enquiert auprès du septuagénaire de l’avancement de sa demande d’aide pour un chantier d’amélioration de son habitat. Un expert est passé il y a six mois prendre des photos, mais depuis, plus de nouvelles. Un accord de travaux à hauteur de 21 000 euros avait pourtant été donné. C’était en 2021.

« Notre objectif principal pour cette année, c’est d’obtenir l’amélioration de trois logements », indique Michel, référent de la cellule Personnes âgées du Secours Catholique de Bellemène, dans le quartier des Hauts de Saint-Paul. Créé en 2022, le dispositif s’appuie sur une quinzaine de bénévoles et des enquêtes de terrain qui ont démontré la vulnérabilité accrue des séniors sur ce territoire. Précarité économique, faiblesse des transports collectifs et dispersion géographique dans ce secteur au relief escarpé compliquent les déplacements et l’accès aux services publics, accentuant l’isolement des habitants et en particulier des plus âgés.

Métiers pénibles

Au rang des problématiques rencontrées chez ces séniors, l’isolement social, les conditions de logement indigne et le non recours à leurs droits. À ce jour 47 personnes sont suivies par la cellule, notamment via des visites à domicile régulières. « Beaucoup ont une diminution de leurs capacités physiques et cognitives, indique Fabienne Erudel, animatrice salariée du territoire. Elles ont souvent exercé des métiers pénibles et précaires, qui les conduisent à avoir des retraites faibles et des conditions de logement dégradées*. » 

Jean-Paul a ainsi été coupeur de canne pendant 40 ans, payé à la quantité ramassée. « La première fois qu’on l'a rencontré, témoigne Michel, il ne percevait que 67 euros de revenus. On a pris ses documents, on est allé voir la CAF, et on a fait valoir son droit à l’Aspa (Allocation de solidarité aux personnes âgées), soit environ 1000 euros. »

Ernest au milieu de sa case
Le chantier de rénovation de la maison d'Ernest n'a pas été terminé. 

Ancien coupeur de canne lui aussi, Ernest, physiquement abîmé et parlant peu, vit seul dans une masure sans mobilier, sur un morceau de terrain enclavé au sein de la propriété de son frère. Sa maison a bénéficié de travaux, via le programme départemental d’amélioration de l’habitat. Mais le chantier n’a pas été terminé. Seul l’avant de la maison a été rénové en dur, l’arrière restant un abri de tôle obscur et surchauffé où dort Ernest. 

La salle d’eau et les toilettes sont dans un état indescriptible. Des gaines et des prises ont été installées, mais pas de compteur, si bien que le vieil homme n’est pas raccordé à l’électricité. Il n’a donc ni frigo, ni cuisinière. C’est sa nièce, à qui il confie une partie de son allocation, qui lui apporte à manger le midi. Le soir, il se contente d’un biscuit ou de pain. Dans un coin, Ernest entrepose des sacs en plastique contenant des vêtements et quelques papiers. Malgré les relances de la cellule du Secours Catholique auprès des différents interlocuteurs institutionnels, l’installation d’un compteur n’avance pas.

Ernest à la porte de sa case, avec Michel, bénévole
« Les personnes âgées sont maltraitées », s'offusque Michel, bénévole.

« On vante le vivre-ensemble réunionnais, s’agace Michel, qui a été infirmier en gériatrie avant de prendre sa retraite et de s’engager au Secours Catholique. Mais voir nos anciens qui ont travaillé dur toute leur vie vivre dans ces conditions indignes, c’est une injustice, une ingratitude de la société à leur encontre. Les pouvoirs publics prennent souvent comme prétexte l’absence de titre de propriété pour ne rien faire ; ou bien les entrepreneurs, voyant que les clients sont vulnérables, bâclent le travail et s’en vont avant la fin. Les personnes âgées sont maltraitées ! » 

Outre des résultats concrets en matière d’amélioration des logements, la cellule du Secours Catholique plaide pour un repas gratuit par jour, « car les prix flambent, mais pas les allocations ».

*Selon la Fondation pour le logement des défavorisés, en 2020, 5% du parc de logements réunionnais était indigne, dont 30% occupés par des personnes seules, souvent âgées.

Crédits
Nom(s)
Clarisse Briot
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Elodie Perriot
Fonction(s)
Photographe
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