Une marche pour se reconnecter à soi-même et aux autres
La ligne harmonieuse des monts pyrénéens, baignés d’une lumière automnale, dessine l’horizon. Il est presque 10 heures, l’heure de faire une pause. Sur le bord du chemin, la vingtaine de marcheurs se partagent des fruits secs et des biscuits. Lorenzo, un grand gaillard originaire d’Angola, propose de lire à voix haute un texte biblique. « Apprends-nous cet amour qui respecte passionnément tous les hommes », proclame le jeune homme qui se dit évangélique. Yero, un Guinéen de 22 ans, se lance à son tour. Il récite une sourate avant d’entonner un chant religieux que ses compagnons tentent de reprendre en chœur.
Le groupe se remet en route. La file de randonneurs s’étire et slalome entre les flaques d’eau. Partis de Grenoble, ces marcheurs – des novices pour la plupart – tentent de se rendre à pied d’Auch à Lourdes. Organisée chaque année depuis vingt ans par le Secours Catholique de l’Isère, cette semaine de marche est un « prétexte » pour permettre à des personnes qui ne se connaissent pas et dont beaucoup fréquentent les accueils de jour de l’association, de se reconnecter à soi et aux autres, explique Marie Noël, animatrice. « Dans l’effort physique et au contact de la nature, on peut libérer son esprit pour prier, pour se ressourcer, mais aussi pour échanger avec l’autre, observe-t-elle. On forme une mosaïque de personnes qui vivent la tolérance et se portent mutuellement. »
L'expérience la plus forte que j'ai vécue.
Dans ce groupe aux personnalités, aux croyances et aux parcours de vie différents, Amigo, demandeur d’asile congolais, a trouvé une énergie joyeuse qui l’aide à avancer malgré un méchant rhume. « Le premier jour, on a marché 22 kilomètres. C’était très difficile. Je n’étais pas sûr d’être capable de les suivre mais ils m’ont donné la force de continuer, relate-t-il. On prend soin les uns des autres comme dans une famille. J’ai perdu ma mère à 13 ans, je manque de cet amour mais je le retrouve un peu dans ce groupe. » Theresa, une habituée, apprécie tout autant le fait d’être en bonne compagnie. « Marcher ensemble, j’en ai besoin vraiment. Ça me rend heureuse », confie cette retraitée d’une soixantaine d’années qui vit seule.
À 16 heures, les marcheurs font leur entrée dans Lourdes. Ils se dirigent aussitôt vers le sanctuaire. Amigo, sourire aux lèvres, s’exclame : « C’est l’expérience la plus forte que j’aie vécue depuis mon arrivée en France il y a presque deux ans ! Je ne l’oublierai jamais. Elle va m’encourager à toujours aller jusqu’au bout. »