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Un habitant de La Réunion sur les ruines de sa case après Garance

Après Garance, des Réunionnais fragilisés face aux aléas climatiques

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La Réunion
Chapô
Il y a un an, le 28 février 2025, le cyclone Garance balayait La Réunion, faisant cinq morts et des dégâts considérables dans le nord et l’est de l’île. Des rafales supérieures à 200 kms par heure arrachaient les toitures, brisaient les arbres, abîmaient les cultures, tandis que les pluies intenses provoquaient inondations et boues. Plusieurs mois après la catastrophe, rencontre avec des habitants fragilisés, qui témoignent de leur vulnérabilité face aux changements climatiques.
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« Il faut quasiment recommencer à zéro », soupire Christian, 62 ans, agriculteur installé dans le quartier du Cratère, à Saint-Benoît, commune située dans l’est de La Réunion. La côte orientale de l’île, dite “côte aux vents”, est habituellement exposée aux alizées ; le cyclone Garance en février 2025 y a été particulièrement destructeur. La plantation de bananes de Christian n’a pas résisté : 300 tonnes de fruits ont été perdus, sur une dizaine d’hectares.

 « Les pieds mères ont été cassés, arrachés, stressés, ça va donner de petits régimes », prévoit l’agriculteur qui s’exprime en créole. Angela, bénévole au Secours Catholique, assure la traduction. Elle a rencontré Christian dans le cadre d’une récolte de témoignages pour nourrir l’étude que vient de publier l’association sur les conséquences des changements climatiques pour les plus précaires en France et dans le monde.

Exploitation de bananes à La Réunion
Christian dans sa plantation qui a souffert du passage de Garance.

L’agriculteur a commencé à travailler sur la ferme à l’âge de 12 ans avec son père qui y faisait pousser canne à sucre, agrumes, pastèques, litchis, concombres. Après une phase de monoculture de l’ananas, Christian consacre aujourd’hui son exploitation à la banane, « avec un peu de canne à sucre ». Il a calculé qu’il lui faudra travailler jusqu’à 68 ans pour espérer toucher une pension de 700 euros. Non sans mal. « La pluie qui tombait régulièrement sur l’est de l’île se fait plus rare ces dernières années, constate-t-il, le cycle des cultures s’en trouve modifié, la production diminue, les fruits sont moins jolis par manque d’eau ». Après Garance, Christian a attendu de longs mois sans revenus avant de percevoir de premières aides.

Ni assurance ni aide

Dans le quartier Rivière des Roches, à Bras-Panon, toujours sur la côte orientale, Jean-Paul, 76 ans, nous accueille sur les ruines de sa modeste case. Il n’en reste que le carrelage du sol et l’évier du coin cuisine. Jean-Paul raconte qu’au moment du cyclone, il était assoupi dans son fauteuil, dont il indique l’ancien emplacement, près d’une porte d’entrée fantôme. C’est un de ses fils - et voisin - qui l’a enjoint de sortir. À peine réfugié chez ce dernier, les rafales balayaient les murs et le toit de sa maison. Une maison familiale : Jean-Paul a grandi dedans, y a élevé seul ses quatre enfants et pris soin de son père âgé. Une maison pour laquelle il payait la taxe foncière mais qu’aucune assurance n’avait voulu couvrir.

Jean-Paul au milieu des vestiges de son ancienne case, touchée par le cyclone Garance à la Réunion
Jean-Paul au milieu des vestiges de son ancienne case.

Depuis, Jean-Paul a rebâti une petite case blanche adossée à la maison de son fils, avec les tôles et autres matériaux récupérés de l’ancienne construction. Son fils l’a hébergé un temps, mais « il a trois marmailles » précise le retraité. « Ça ne pouvait pas durer, je suis habitué à vivre seul ». Son électroménager a été endommagé ; Jean-Paul s’est équipé de nouveau comme il a pu. Ancien ouvrier dans le BTP, il perçoit une pension d’environ 1000 euros. « À la fin du mois, il n’y a plus grand-chose », admet-il. Alors il fréquente le café fraternel du Secours Catholique. Ce jour-là de septembre 2025, soit plus de sept mois après le cyclone, Jean-Paul vient de recevoir un courrier du Conseil départemental qui le laisse pantois : une lettre lapidaire qui stipule que “d’après une enquête technique”, il apparaît qu’il n’a “eu aucun dégât causé par le passage du cyclone”. Il ne recevra donc pas d’aide.

Cette fois on se demandait si la tôle allait rester ou s’envoler… Mais qu’est-ce qu’on peut faire ?

À Bras-des-Chevrettes, sur la commune de Saint-André, Pascaline, devenue bénévole au Secours Catholique après Garance, nous présente sa mère, Marie-Marthe, et Michel, son beau-père, 73 ans tous les deux. Ils habitent une case construite en 1962 par leur ancien patron, un gros exploitant de canne à sucre. Le couple nous reçoit sous la « varangue » de la maison : un lieu de vie ouvert, abrité par un toit de tôle. Le souvenir du cyclone est encore vif. Le couple est resté deux à trois semaines sans électricité. « On ne s’attendait pas à ça, on venait de remplir le congélateur pour le mois. Le toit se soulevait, beaucoup d’eau est rentrée, on a nettoyé tout seuls ». 

Famille réunionnaise affectée par le passage de Garance
Marie-Marthe, Michel, leur fille Pascaline et une de leurs petites-filles, dans le jardin de la maison.

Dans le cadre de son dispositif d’urgence pour venir en aide aux sinistrés les plus vulnérables, le Secours Catholique a remis au ménage des bons alimentaires leur permettant de faire des courses au jour le jour. Face aux phénomènes climatiques exceptionnels qui se multiplient, Marie-Marthe exprime son impuissance : « On entend de plus en plus que les cyclones seront de plus en plus violents… Cette fois on se demandait si la tôle allait rester ou s’envoler… Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? À part ne pas sortir, rester confinés… »

Au Tour-des-Roches, sur la commune de Saint-Paul, cette fois sur la côte ouest de l’île, l’eau et la boue sont également montées très haut. Linda, cuisinière dans une école, vit avec son mari et ses deux enfants dans une maison construite par son père en 1945, à quelques encablures d’une ravine, tranchée venant de la montagne et qui forme un couloir d’écoulement naturel des eaux pluviales. 

Une ravine encombrée de déchets charriés par les eaux lors du cyclone.
Une ravine encombrée de déchets charriés par les eaux lors du cyclone.

« On est habitués à l’eau lors des cyclones, elle arrive souvent jusqu’au perron, mais elle n’entre jamais dans la maison, raconte Linda. Avec Garance, l’eau est rentrée, j’ai dû sortir de la maison par la fenêtre, à l’aide d’une sorte de radeau fait avec une porte et une échelle, et aidée par mon neveu, j’ai pu rejoindre la maison de ma sœur un peu plus haut. Le lendemain et les jours d’après, il y a eu énormément de boue laissée par le débordement de la ravine. » 

Ce n’est pas la nature qui nous détruit, mais l’homme qui détruit l’Homme.

Selon Linda et d’autres habitants du secteur, les constructions et les élargissements de route effectués plus haut dans la pente empêchent l’eau de trouver ses chemins habituels. Désormais, la ravine, dont certains pointent le manque d’entretien et la pollution par les dépôts sauvages, est la seule voie d’évacuation. Garance a fait un mort ici : un éleveur allé voir ses bêtes qu’il laissait brouter dans la ravine. Il a été déchiqueté par des tôles.

« J’aime la nature, c’est ma thérapie » dit Linda, philosophe.
« J’aime la nature, c’est ma thérapie » dit Linda, philosophe.

Aux lendemains du cyclone, Linda a été aidée par le Département : elle a reçu un frigo de rechange (pour conserver ses médicaments, car elle était en pleine chimiothérapie) et un fauteuil. « J’aime la nature, c’est ma thérapie, dit-elle. Même si elle se déchaîne parfois, cela fait partie de la vie. Le cyclone est la défense de la nature face aux attaques des hommes. Ce n’est pas la nature qui nous détruit, mais l’homme qui détruit l’Homme. »

Crédits
Nom(s)
Clarisse Briot
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Élodie Perriot
Fonction(s)
Photographe
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