4 raisons de soutenir une nouvelle mesure de la pauvreté

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Selon le taux de pauvreté, 14,4 % de la population serait pauvre, aujourd’hui, en France. Mais cet indicateur monétaire ne reflète pas la réalité d’un phénomène plus étendu et complexe.
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  1. UNE DÉCONNEXION ENTRE LES CHIFFRES ET LE RESSENTI  
    Dans le baromètre “État de la France 2024” publié par le Conseil économique, social et environnemental (Cese), 45 % des personnes interrogées estiment que leur pouvoir d’achat leur permet seulement de répondre à leurs besoins essentiels, voire ne le leur permet pas. Un sentiment de précarité, confirmé par d’autres sondages, que ne traduit pourtant pas le taux de pauvreté calculé par l’Insee. En effet, selon le principal indicateur de la situation socio-économique des ménages en France, aujourd’hui, seule 14,4 % de la population est considérée comme “pauvre”.
  2. LE TAUX DE PAUVRETÉ NE MESURE PAS LA PAUVRETÉ
    Le taux de pauvreté indique la part des ménages dont le revenu est inférieur à 60 % du revenu médian. « C’est un indicateur d’inégalités, mais il ne traduit pas la réalité de la pauvreté », considère l’économiste Muriel Pucci. Difficile, en effet, d’évaluer la situation des foyers sur la base de leurs seuls revenus, sans prendre en compte leurs dépenses nécessaires. Car deux ménages qui ont le même niveau de ressources peuvent vivre des réalités totalement différentes, notamment selon le territoire où ils vivent et les frais que cela implique. De même, à revenu égal, les difficultés d’une personne peuvent s’aggraver du fait de l’augmentation du coût de la vie.
  3. POUR LA DÉMOCRATIE ET LA COHÉSION SOCIALE
    Michèle Lelièvre, membre du bureau “lutte contre l’exclusion” de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), met en garde contre l’invisibilisation de difficultés sociales qui ne sont pas “mesurées”. Car cela aboutit à la non-prise en compte de ces dernières par les politiques publiques et « développe alors de la rancœur sociale ». Un ressentiment qui peut conduire à ne plus avoir confiance en les institutions, et/ou à éprouver une défiance croissante envers les bénéficiaires des politiques de solidarité.
  4. MIEUX MESURER POUR MIEUX AGIR
    Mesurer la pauvreté de façon plus fine et plus complète, c’est mieux la comprendre, c’est aussi la garantie de mieux la combattre. Ainsi, la prise en compte des dépenses contraintes des ménages pourrait amener à ajuster les barèmes des prestations sociales et l’offre de services publics. De même, il est important de ne pas se limiter à la dimension monétaire de la pauvreté. Car celle-ci se traduit également par d’autres difficultés, comme l’isolement géographique et/ou relationnel. Une dimension immatérielle de la pauvreté peut être un frein à la sortie des difficultés économiques, et le fait d’agir aussi sur ces aspects peut alléger des difficultés, voire débloquer une situation.

Lire notre enquête : Faut-il repenser la pauvreté ?

Crédits
Nom(s)
Benjamen Sèze
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Camille Besse
Fonction(s)
Dessinatrice
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