Manifeste pour une inclusion financière universelle

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Le Secours Catholique, avec d’autres associations (1), publie un Manifeste pour une inclusion financière universelle. Après la notion d'inclusion bancaire, qu’apporte celle de l’inclusion financière ? Quels sont les problèmes rencontrés auprès des banques par les publics en difficulté ?
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Geneviève ColasENTRETIEN AVEC GENEVIÈVE COLAS, RESPONSABLE DE L'INCLUSION FINANCIÈRE AU SECOURS CATHOLIQUE

 

Secours Catholique : Le Secours Catholique, avec d’autres associations, publie un manifeste sur l’inclusion financière. Qu’est-ce que l’inclusion financière ?

Geneviève Colas : L’inclusion financière prend en compte l’inclusion bancaire (le droit au compte) et les moyens de paiements. Sans l’un et l’autre, de nombreux droits sont bafoués. Il est aujourd’hui difficile de vivre sans services bancaires. Un compte en banque est nécessaire pour trouver un emploi, percevoir un salaire, des allocations, des remboursements de santé, s’abonner à des services de téléphone, régler ses factures, etc.

Nous travaillons sur ce sujet avec une dizaine d’associations et à partir des difficultés qui remontent de leurs réseaux respectifs. En même temps nous participons aux réunions organisées par la Banque de France, notamment à celles de l’Observatoire de l’inclusion bancaire (OIB) et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF).

S.C. : Quels sont les problèmes financiers qui remontent de ces réseaux ?

Quatre problèmes reviennent souvent : D’abord il n’est pas toujours sûr d’avoir accès à un compte bancaire. Cet accès dépend de la situation des personnes (des mineurs protégés ou des réfugiés par exemple se voient refuser l’ouverture d’un compte). Ensuite, les frais bancaires plombent trop souvent les petits budgets et appauvrissent davantage. Troisièmement, l’accès à un microcrédit reste insuffisant. L’octroi d’une petite somme permettrait de surmonter une difficulté matérielle temporaire (achat d’un véhicule, réparation d’une machine à laver...). Et enfin, la nécessité de limiter le surendettement par l’accumulation des crédits à la consommation. Ce manifeste présente nos constats ainsi que nos propositions. Propositions sur les quatre difficultés que je viens d’évoquer auxquelles nous ajoutons la recommandation d’améliorer l’accès à l’épargne.

S.C. : Une loi de 2013 permet de limiter les frais bancaires des plus fragiles. Comment s’insère-t-elle dans votre réflexion ?

Depuis 2013, les banques doivent en effet identifier les clients fragiles. La loi, sur ce point, s’est améliorée. Pourtant de nombreux clients échappent à cette identification parce que l’appréciation de cette « fragilité » est laissée à la discrétion des établissements bancaires. C’est variable d’une enseigne à l’autre.

Cette offre spécifique de « Client fragile » touche une très petite part de la cible. Manque de volonté politique, manque de volonté des conseillers bancaires qui ne proposent que très rarement ce produit qu’ils connaissent mal, parce que peu rentable. Et puis, il y a aussi les clients qui ne souhaitent pas être considérés comme fragiles. C’est stigmatisant. Les travailleurs sociaux et les bénévoles d’associations qui les accompagnent ont du mal à accéder à cette offre-là. D’autant que le client dit « fragile » n’a plus droit au découvert, ne peut disposer que de deux ou trois chèques par mois, ce qui n’est pas très pratique.

S.C. : Quel impact peut avoir ce manifeste ?

Il a été rédigé pendant l’été et déjà certaines pratiques ont bougé. Par exemple, en septembre la banque LCL et la Société générale ont baissé la tarification de leur offre Clients fragiles à 1 euro par mois. Les banques commencent à jouer le jeu. Et la Banque de France, avec laquelle nous travaillons en étroite collaboration, a les moyens de faire infléchir les pratiques des autres banques.

Ce manifeste porte notre souhait d’un service bancaire universel, intégré, ouvert sans conditions de ressources, qui soit gratuit ou à un euro. Et nous souhaitons qu’il s’applique à toutes les banques, pas seulement à quelques-unes.

(1) Emmaüs France, l’UFC Que choisir, APF France handicap, Familles rurales et la Confédération syndicale des familles (CSF)

Crédits
Nom(s)
Jacques Duffaut
Fonction(s)
Journaliste rédacteur
Nom(s)
Elodie Perriot
Fonction(s)
Photographe
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