Risque climatique : « Il faut questionner nos modèles agricoles »

« Il y a cinq ans, je me suis installée à Sigean pour créer mon jardin de fleurs et plantes comestibles. Ancienne restauratrice en Ardèche, je souhaitais revenir à la terre pour travailler ces végétaux que je mettais dans les assiettes. Chaque saison, je développais entre 20 et 40 variétés de plantes : des condimentaires, des aromatiques et des plantes à fleurs.
Mais le feu a tout détruit. Les serres, les espèces, le système d’irrigation ont été anéantis. J’ai passé plusieurs semaines dans le déni, sans sortir de chez moi. Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien des voisins, de la commune et de mes amis. Les premiers jours, ils ont pris le relais pour ramener de l’eau et arroser ce qui avait survécu dans ce paysage noir. Recevoir un soutien matériel, financier et émotionnel m’a permis de me relever petit à petit. J’ai beaucoup œuvré depuis pour sauver ce jardin, remonter mes deux serres, ressemer et replanter pour maintenir mon activité.
L’urgence est passée. Désormais, je me sens très fatiguée et je sens que je vais m’effondrer. J’ai besoin d’écoute et d’une aide psychologique car ces derniers mois ont été éprouvants. Le Secours catholique m’a recommandé un psychologue bénévole.
Notre territoire va vers la désertification
Après un incendie, on dit que le feu ne repasse pas au même endroit avant 7 à 10 ans mais rien n’est certain. Entre les incendies, les inondations et les tempêtes, Il faut questionner nos modèles agricoles. Mon activité est-elle viable ici ? La problématique climatique est énorme et ça ne s’arrange pas. De l’élevage à l’horticulture, l’agriculture est en danger car le stress hydrique est réel notamment dans l’Aude où nous avons vécu trois épisodes de grande sécheresse.
Notre territoire va vers la désertification, les rivières sont à sec tout comme les nappes phréatiques. Or, on ne fait pas d’agriculture sans eau. Malgré tout, mon travail est ici, dans ce berceau de la gastronomie. Il n’existe pas de jardin d’Eden immunisé contre le risque climatique. »