Tran Thi Lanh, anthropologue engagée : « L’esprit de la nature est dans la forêt »

Chapô
À 63 ans, l’anthropologue vietnamienne Tran Thi Lanh a consacré sa vie aux peuples autochtones. Passionnée, elle se bat pour que leurs droits fonciers leur soient reconnus. Car elle en est convaincue : ils sont l’avenir puisqu’ils sont les seuls à protéger la planète menacée par nos modes de développement. Parole d’une femme engagée.
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Texte

Tran Thi Lanh

 

« Les peuples autochtones sont l’avenir car ils ont une compréhension de la Terre et ils sont les seuls à protéger la planète menacée par nos modes de développement. Ce sont eux qui protègent les forêts. Pour cette raison, il faut leur permettre de rester sur leurs terres et faire reconnaitre leurs droits fonciers.

Aujourd’hui notre monde court à sa perte : l’équilibre entre l’homme et la nature est en péril, l’industrialisation met à mal la biodiversité, nos sols sont abîmés avec les monocultures et les produits chimiques, ces poisons dont on arrose nos champs. Il faut des alternatives à ce modèle et la réponse est à trouver dans les modes de vie des peuples autochtones.

Il n’y aura pas de justice sociale sans justice environnementale. La justice sociale pour les pauvres peut être atteinte à travers la justice environnementale, parce que les pauvres dépendent de leur environnement naturel pour subsister.

L’équilibre entre l’homme et la nature est détruit.
 

J’ai grandi dans la province Ha Tinh dans le centre du Vietnam. Petite, j’étais (et je le suis restée) une romantique qui aime être seule avec la nature. Je "respirais" les saisons, tout inspirait mon corps. J’ai aussi toujours été très critique et déterminée, à savoir ce que je voulais ! Lorsque j’étais enfant, mon père m’appelait « tête de mule ».

En 1987 j’ai rencontré les communautés Dzao dans les montagnes Ba VI. J’ai réalisé qu’elles vivaient en harmonie avec la forêt depuis plus de mille ans déjà. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de vivre avec les peuples autochtones, de comprendre leurs savoirs ancestraux et de les valoriser pour préserver la biodiversité. J’ai par la suite poursuivi des études d’anthropologie.

En 2015 j’ai fondé l’ONG CENDI, devenue SPERI par la suite, un institut qui accompagne les peuples autochtones pour protéger la nature et qui est partenaire du Secours Catholique. Avec cette ONG, en 2017, nous avons mené un plaidoyer pour influencer la loi forestière du Vietnam et nous avons gagné car désormais les lois coutumières des peuples autochtones sont reconnues pour gouverner les forêts et l’État vietnamien reconnait aussi pour la première fois le caractère « sacré » des forêts.

à l'instar des peuples autochtones que je défens, je crois moi aussi à l'existence d'une connexion entre l’humanité et l’environnement. Je crois que l’esprit de la nature est dans la forêt. Si on détruit la forêt, la nature va perdre son esprit. »

Crédits
Nom(s)
Cécile Leclerc Laurent
Fonction(s)
Journaliste rédactrice
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