À Grenoble, des mères élevant seules leurs enfants, des couples vivant dans des conditions précaires se retrouvent à la Maison des familles pour un moment de répit et de convivialité. Ce lieu de rencontres et de soutien à la parentalité est aussi un endroit où chaque personne est invitée à faire vivre ses idées et ses souhaits. Un lieu à soi, pour être soi.
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10H
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Hadja et Fatima se sont proposées pour cuisiner le repas partagé de ce mardi de septembre : soupe de lentilles et salade de poivrons. Les deux femmes sont des habituées de la Maison des familles de Grenoble. Pendant que Fatima va au marché, les premiers parents arrivés épluchent des pommes données par une bénévole de l’équipe. Jessica, qui a récemment découvert la maison avec sa fille, est tout de suite à l’aise et entreprend de faire une tarte Tatin.
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Heure ou date
11H
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« Chaque jour est une surprise », explique Sophia, la directrice. Ici, pas de planning d’activités. « Notre vocation, c’est d’être ensemble. » L’équipe encourage les parents à concrétiser leurs idées. Thomas est travailleur social. Pendant sa formation d’éducateur spécialisé, on lui a enseigné que c’était à lui de résoudre les problèmes. « Ici, se réjouit-il, j’ai appris que les personnes ont leurs propres solutions. » Sa mission ? Créer les conditions pour que chaque personne soit une ressource pour une autre. Cuisiner ou organiser des jeux permet à tous de participer, même sans maîtriser le français.
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La maison accueille en journée des familles qui connaissent ou ont connu une situation de précarité. Des mères qui élèvent seules leurs enfants et vivent à la rue ou en foyer d’hébergement, des familles qui viennent d’arriver en France. On ne leur demande pas de remplir un dossier et chacun dit ou tait ce qu’il souhaite. « C’est plus facile d’accueillir les gens en faisant quelque chose qu’en posant des questions », relève Anne, bénévole. L’accompagnement se passe souvent de manière informelle. Jessica : « Ici, je ne suis pas focalisée sur ma situation personnelle. On ne se sent pas jugée. Ça fait du bien d’avoir un lieu de répit. »
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Heure ou date
12H30
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Dans le garage, aménagé en salle à manger, les parents ont mis le couvert pour 22 personnes. Lors d’un conseil de maison, une réunion mensuelle où les parents partagent leurs propositions, certains ont émis le souhait d’avoir des discussions plus collectives pendant les repas. Alors pour intégrer tout le monde, chacun est invité à se présenter. Puis un débat s’ouvre : manger moins de viande ou sans viande est-il important pour préserver la planète ? Aïssata ne s’était jamais posé la question. Pour Jessica, mieux vaut manger moins de viande et s’assurer que les animaux ont été élevés dans de bonnes conditions.
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Heure ou date
14H30
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L’après-midi, Thomas propose un “temps parents” : « On parle de l’éducation de nos enfants, de ce qui nous inquiète, pour trouver des solutions avec d’autres parents, résume Aïssata. Et ce qui se dit ici reste ici. » Les devoirs préoccupent les participantes. Comment aider ses enfants quand on ne comprend pas les consignes ? Une mère partage son expérience : elle a parlé avec l’institutrice de sa fille, qui l’a mise en relation avec une association d’aide aux devoirs.
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« Quand je suis là, je me sens chez moi et en sécurité », confie Marie, mère de six enfants. « Je peux confier tous mes secrets et mes peines aux gens de l’équipe, ils font tout pour me rassurer. » D’abord hésitante, Marie participe finalement à la “balle aux prisonniers” cet après-midi-là. « Ça fait du bien de jouer », glisse-t-elle à Thomas après une partie pleine d’éclats de rire.
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Heure ou date
15H30
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Jessica donne le biberon au bébé de Marie. Les enfants passent de bras en bras. « C’est vraiment une caractéristique de la Maison des familles, souligne Anne. Les parents se font confiance et les enfants aussi : ils s’occupent les uns des autres. » Salariés et bénévoles ont aussi un rôle de “veilleurs”. Quand une habituée est absente plusieurs jours, l’un d’entre eux lui téléphone. « Je ne viens pas quand je suis malade ou que je me suis fâchée avec quelqu’un », reconnaît Hadja. Qu’on l’appelle pour prendre de ses nouvelles, ça l’émeut énormément : « Je sais que j’existe à la vie. »
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Quand Hadja est arrivée en France, elle ne parlait pas français et était en colère. « Sophia m’a anesthésiée avec son rire », confie-t-elle. Elle vient depuis 2016 et a déjà représenté les parents au conseil d’administration : « On propose des idées et le CA accepte, sauf si le budget ne le permet pas. » Elle a suggéré ainsi de fermer le garage. Depuis les travaux, c’est une grande salle où l’on partage les repas et fête les anniversaires. Hadja déclare : « Ici, c’est ma famille. » Clara, qui fait son stage d’éducatrice spécialisée à la Maison des familles, lui répond : « Vous nous apprenez à être dans le lien. On n’apprend pas ça à l’école ! »
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« On est accueilli en tant que parent et pas en tant que personne en précarité »
Par Aurélie Mercier, chargée de projets au département Solidarités familiales du Secours Catholique
« Il y a24 Maisons des familles en Franceet la première a ouvert à Grenoble en 2009. L’idée est venue de mères accompagnées par le Secours Catholique. Après un séjour de vacances, elles ont dit qu’elles aimeraient un lieu où souffler le reste de l’année, parler de leurs difficultés avec d’autres parents, sans se sentir jugées ni craindre un placement des enfants. C’est ainsi que sont nées les Maisons des familles : un espace pensé avec et pour les parents, où l’on vient quand on veut, sans rendez-vous, avec ou sans ses enfants. On est accueilli en tant que parent et pas en tant que personne en précarité, ce qui permet de créer des dynamiques participatives, du quotidien jusqu’au conseil d’administration. Le Secours Catholique et les Apprentis d’Auteuil, partenaires du projet, ont des expertises complémentaires : précarité, mobilisation de bénévoles, protection de l’enfance, prévention. Depuis deux ans, nous travaillons à la création d’une fédération des Maisons des familles. L’assemblée générale constitutive a eu lieu en décembre 2025. Cela va permettre de structurer le réseau, de soutenir les maisons humainement et financièrement, et de montrer qu’un autre accompagnement à la parentalité est possible. »