Madagascar : à l’école de la deuxième chance

Chapô
À Madagascar, l’un des pays les plus pauvres au monde, le coût de l’enseignement supérieur est prohibitif pour beaucoup de foyers. Caritas Antsirabe, qui gère l’Akany Risika, une école de formation professionnelle, permet à des jeunes de poursuivre leurs études et d’apprendre un métier manuel pourvoyeur d’emploi, tel que la mécanique vélo.
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des élèves dans la cour d'école du centre de formation de la caritas antsirabe madagascar
Heure ou date
7H30
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Alignés en rang, les 240 élèves de l’Akany Risika assistent comme chaque lundi matin à la levée du drapeau malgache et du drapeau du Vatican en chantant l’hymne national. Le directeur de l’école se saisit du micro et sermonne deux élèves qui ont enfreint le règlement. « Un bon comportement est aussi important que de bonnes notes », commente un porte-parole de la Caritas Antsirabe, qui a fondé le centre de formation ouvert aux plus défavorisés de la ville.

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professeur de mécanique vélo à madagascar
Heure ou date
8H
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Les apprentis se séparent, chaque filière gagne sa salle de classe. À l’étage, dans la salle réservée aux cours de mécanique vélo, le professeur a placé un VTT près du tableau. « Vous voyez le plongeur, la cartouche… », dit-il en désignant différentes pièces. « Il faut bien repérer la position de chaque élément avant de démonter, pour éviter de les mélanger ensuite. » Les élèves, âgés de 16 à 24 ans, acquiescent en silence. Plusieurs d’entre eux avaient dû interrompre leurs études, souvent par manque de moyens, avant d’intégrer cette école professionnelle où l’enseignement est gratuit. 

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une élève en classe antsirabe madagascar
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« Quel est le principe de la suspension ? » demande le professeur, les deux mains sur le guidon. « C’est assurer une meilleure adhérence et donc un meilleur confort », répond Sarobidy, l’une des deux filles de la classe. Trouver sa place dans ce groupe majoritairement masculin n’a pas été « difficile », confie l’élève de 19 ans, sweat à capuche et collier ras-de-cou. « Il y a toujours un volontaire pour aider celui qui ne s’en sort pas. » 

Comme nombre de ses camarades, elle rêve d’ouvrir son propre atelier de réparation de vélos. Elle a déjà visité des locaux et peut compter sur le soutien de la Caritas pour se lancer. 

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une boutique de réparation vélo antisrabe madagascar
Heure ou date
11H
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« Les chambres à air crevées, c’est ce qu’on répare le plus », précise Étienne, mécanicien de 25 ans, en manipulant un pneu abîmé. « La plupart des gens circulent avec des vélos de ville car ils coûtent moins cher que les VTT, poursuit-il. Mais ces vélos ne sont pas adaptés à nos routes accidentées, ils sont trop fragiles. » 

Avec son frère Victor, tous deux passés par l’Akany Risika, ils ont réussi à concrétiser leur projet. Depuis cinq ans, le duo gère une boutique de réparation et de vente d’accessoires, située dans la rue principale de leur village, à une heure d’Antsirabe. L’affaire tourne bien.

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atelier de réparation de vélo à madagascar
Heure ou date
13H30
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Au centre de formation, les élèves ont troqué leur uniforme bordeaux – confectionné par leurs copains de la filière couture – pour une combinaison et des chaussures de sécurité avant d’entrer dans l’atelier. « Vous allez apprendre à démonter une fourche à suspension », annonce le formateur. Les apprentis se répartissent autour de quatre postes de travail équipés de roues, de pédaliers et de différents outils. « Tout le monde doit pratiquer   » insiste l’instructeur. 

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un vélo chargé de marchandises sur une route en terre madagascar
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Faute de transports publics, la marche reste le mode de déplacement le plus répandu sur la Grande Île. Mais comme ailleurs en Afrique subsaharienne, de plus en plus de monde s’équipe d’un deux-roues, devenu relativement accessible, car il permet de transporter des charges lourdes. « La réparation de vélos est un métier d’avenir », estime ainsi Étienne, le jeune mécanicien.

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magasin de vélo antsirabe madagascar
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« J’arrive souvent en retard et fatigué », confie Nicolas, qui marche près de dix kilomètres chaque jour pour aller à l’école. L’apprenti mécanicien de 17 ans devrait bientôt recevoir l’un des vélos remis à neuf. 

Des lots sont également distribués à petit prix à des écoliers de la ville pour leur éviter de décrocher. Le reste est écoulé dans un magasin aménagé dans l’enceinte de l’école et dans une boutique au centre-ville. « On propose un paiement échelonné », précise un vendeur, formé à l’Akany Risika. « La plupart des acheteurs cherchent un mode de locomotion pour se rendre au travail. »

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remise de diplôme
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Dans leur tenue de gala, les élèves défilent sur la scène pour recevoir leur certificat, reconnu par l’État, sous le regard de leur famille, de l’équipe pédagogique et de représentants du ministère de l’Éducation. Après trois ans d’études, clap de fin pour la promotion “Maharitra”. 

«Ça signifie “persévérance”. C’est nous, les élèves, qui avons choisi ce nom », précise une jeune diplômée, en marge de la cérémonie. « Il nous a fallu surmonter beaucoup d’obstacles pour aller au bout de nos études : certains vivent loin de l’école, d’autres viennent d’un contexte familial compliqué », ajoute la jeune fille, qui est élevée par ses grands-parents. 

Texte SEO

Père Michel, directeur de Caritas Antsirabe

« Lutter contre la déscolarisation »

« L’Akany Risika peut se traduire par “nid où l’on encourage”. Depuis 2014, notre école de carrières professionnelles accueille des enfants pauvres en rupture scolaire ou sur le point d’abandonner leur scolarité. Pour les identifier, nous passons par le réseau paroissial et des structures de proximité. 

Aujourd’hui, nous proposons à plus de 240 jeunes une formation qualifiante dans huit domaines tels que la production agroalimentaire, la coiffure, l’hôtellerie, la restauration, la menuiserie, la mécanique vélo… Chaque mois, notre partenaire suisse nous envoie un container de bicyclettes de seconde main.

Un accompagnement sur la durée

Une fois remises en état par nos apprentis et notre équipe, nous les proposons à des prix abordables à nos élèves dans le besoin ainsi qu’à des écoles de la ville, dans le cadre de notre programme “back to school” qui lutte contre le décrochage scolaire. 

Au terme de la formation, nous continuons d’accompagner les diplômés individuellement pour faciliter leur insertion dans le marché du travail ou la création de leur micro-entreprise. En 2024, 80 sortants occupaient un emploi stable et 21 avaient lancé leur propre activité en lien avec leur choix de filière. » 
 

Crédits
Nom(s)
Djamila Ould Khettab
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Rijasolo
Fonction(s)
Photographe
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