À Montpellier, un « lieu vivant » de solidarité

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La Halte solidarité du Secours Catholique à Montpellier est un accueil de jour ouvert en semaine pour offrir un répit aux personnes sans abri et mal logées. Une quinzaine de bénévoles en assurent le fonctionnement chaque matin (une centaine sur la semaine) et mettent la rencontre et le lien au cœur de leur engagement.
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Chantal, bénévole, en discussion avec une femme accueillie
Heure ou date
8H
Description

« Du pain frais, un bonjour, un sourire », c’est la recette de l’accueil selon Chantal, greffière à la retraite et bénévole à la Halte solidarité au poste petit-déjeuner, dans l’équipe du jeudi. Ce matin de mars, en plus de la demi-baguette, du beurre et de la confiture, des clémentines agrémentent les assiettes. Une participation de dix centimes est demandée, avec de la souplesse quand certains se présentent les poches vides. « C’est parfois leur seul repas de la journée, il ne faut pas qu’ils repartent le ventre vide », estime Chantal. Dès l’ouverture du portail, 40 personnes se sont présentées. Elles seront 200 d’ici la fin de matinée, dont 25 femmes. Après une nuit passée dehors, beaucoup ont besoin de se restaurer, se laver, se reposer.
* située au 45 quai du Verdanson, à Montpellier.

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Damien, bénévole accueilli
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Accueilli à la Halte, Damien, 49 ans, est aussi bénévole. Avant l’ouverture, il débarrasse la cour des feuilles mortes et des pollens. « J’aime que ce soit propre, c’est primordial. » Ce matin, il se propose pour donner un coup de main aux douches. Entre deux usagers, il manie raclette et désinfectant. Actuellement, Damien dort sous une tente, en périphérie de la ville qu’il rejoint par le tram. Damien a plongé il y a cinq ans, lâché son emploi administratif après vingt-sept ans de service. « Aider ici me permet d’être actif, d’avoir le respect de moi-même et de me tenir éloigné des addictions », explique-t-il. 

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Samy et Maryse, bénévoles "douches"
Heure ou date
8H30
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Au cours de la matinée, une trentaine de personnes sollicitent l’accès aux douches moyennant une participation de 50 centimes. Savon et serviette sont fournis, ainsi que des vêtements de rechange, à récupérer au guichet de la lingerie auprès du duo formé par Marielle et Marie-Hélène. Samy, en situation de handicap, s’occupe quant à lui avec Maryse d’accueillir les candidats aux douches et d’en tenir le décompte. Cela fait deux ans que Samy est bénévole. « Comme les gens m’aident, j’aide les gens, dit-il. Et entre bénévoles, on s’entend bien ».

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Joëlle, bénévole, et Aïcha, accueillie
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Hébergée de temps à autre chez son fils, allocataire du RSA, Aïcha, la soixantaine, est venue se doucher. « Je passe ma matinée à discuter avec tout le monde », s’amuse-t-elle. A ses côtés, Joëlle ne cherche pas autre chose : « J’aime les gens ! Parler avec eux. Je pratique l’humour aussi. Et je souris beaucoup : c’est moi, c’est naturel ! » S’engager au Secours Catholique a été pour Joëlle sa bouée de sauvetage contre une solitude sévère. Depuis, elle tient à promouvoir au sein de l’association l’importance de la participation de tous et de l’émancipation des plus fragiles. « On est tous égaux ! » 

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Ramiza, bénévole
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« Bonjour monsieur, qu’est-ce que vous voulez boire ? » Aux côtés de Chantal et Édith, la volubile Ramiza s’occupe de servir les boissons chaudes. Originaire du Kosovo, cette quinquagénaire est arrivée en France il y a dix ans. Veuve et mère de trois enfants, elle vit dans la précarité en raison d’une situation administrative très compliquée. Elle est bénévole trois jours par semaine à la Halte et suit le cours de français langue étrangère de l’après-midi.

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Philippe, bénévole
Heure ou date
9H30
Description

Attablés dans la cour seuls ou à plusieurs, les “accueillis” profitent des premiers rayons printaniers. Papillonnant au milieu d’eux, Philippe a un mot pour chacun et chacune. Pour Isabelle par exemple, qui dit avoir été chef d’entreprise et s’être « retrouvée au 36e dessous ». La femme aux cheveux argent coupés courts interagit avec le bénévole comme si elle le connaissait depuis toujours. 
Philippe a dix ans d’engagement derrière lui : « Quand je suis arrivé ici la première fois, j’ai fait ‘waouh’ ! raconte-t-il. Ça m’a plu tout de suite. » Le retraité le constate : « Les personnes ont besoin de voir qu’on les voit, qu’elles existent. Il suffit d’un geste de la main, d’un regard : elles ne sont plus transparentes. Et moi aussi j’y trouve mon compte : je me sens utile et reconnu. »

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Joëlle, bénévole, et Jean-Louis
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« Je passe de temps en temps faire un coucou » confie Jean-Louis, appuyé sur son déambulateur. « C’est normal, les bénévoles ont été très sympas, ça me remontait le moral de venir ici quand j’étais déprimé et que je ne voulais plus voir personne ». Avant de retrouver un logement il y a peu avec l’aide de l’hôpital qui le prend en charge, Jean-Louis, 66 ans, a été expulsé de son appartement et a vécu plusieurs mois dans un garage. Il venait à la Halte pour se doucher et se restaurer. « On a déménagé son garage et on l’a aidé à s’installer dans son nouveau logement, se souvient Joëlle. Depuis, il nous a invités à un goûter chez lui. Il est tellement heureux maintenant ! » Si elles ne sont pas fréquentes, de telles réussites existent, souligne la bénévole, citant le cas d’un jeune homme qui a arrêté de boire et a trouvé un emploi dans une cantine scolaire. « Il nous donne des nouvelles, ça fait chaud au cœur. »

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Ségolène et Marie-Hélène
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Dans ce que les bénévoles appellent “l’aquarium”, un bureau vitré au cœur de la Halte, Ségolène et Marie-Hélène, ce jeudi-là, reçoivent individuellement certains accueillis. « Pour les écouter, les orienter dans le millefeuille d’organismes qui peuvent les aider et vérifier avec eux qu’ils ont bien accès à leurs droits comme la santé ou le logement », indique Ségolène. « On se pose avec eux, on réfléchit ensemble, poursuit la bénévole. Comme on a du temps, il y a beaucoup d’écoute et d’échange. Les besoins sont variés : mise à l’abri, violences conjugales, conflit autour de la garde d’un enfant, habitat insalubre… On essaie de faire de petits pas pour avancer avec eux. » 
Bénévole depuis 2015, Ségolène dit avoir alors « quitté son boulot et foncé à la Halte ». « Il y a mille choses qu’on ne sait pas, mais on cherche. Le plus important, c’est de pouvoir prendre son téléphone, et être dans le contact et l’accueil. Et je préfère largement faire l’administratif avec les personnes que pour moi ! »

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point santé
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L’accueil de jour du Secours Catholique partage la cour avec l’association Saint-Vincent-de-Paul qui assure un service de repas le midi, et Santé Solidarité dont les soignants bénévoles proposent des consultations médicales gratuites. « On reçoit les personnes dépourvues de médecin traitant pour renouveler leurs ordonnances, faire des prescriptions, des soins et donner des médicaments à celles qui n’ont aucune couverture sociale », explique François, médecin généraliste retraité et présent ce jeudi-là avec Patrick, infirmier. Un homme attend son tour dans le couloir, en proie à un début de crise d’asthme. Une quinzaine de patients seront auscultés durant la matinée.

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debriefe entre bénévoles
Heure ou date
11H30
Description

L’accueil de jour se vide. L’heure du rangement. Les percolateurs à café sont préparés pour que l’équipe du lendemain n’aie plus qu’à appuyer sur le bouton. Puis les bénévoles se retrouvent pour un temps de débriefe. On remercie Damien « puissance 12 pour le ménage ». Chantal fait son bilan : « Tout s’est bien passé, il reste vingt demi-baguettes ». On rapporte qu’Aline, qui a tenu le bar en intérieur, a essuyé une insulte de la part d’un accueilli. Philippe, dont le rôle de référent est notamment de veiller à apaiser ce type de tensions, a obtenu de l’homme qu’il s’excuse aussitôt. 
Co-référente aux côtés de Philippe, Isabelle, couteau-suisse de l’équipe, est réapparue. Elle s’était éclipsée toute la matinée pour accompagner au pied levé une maman à la rue à une audience au tribunal concernant la garde de son dernier né, âgé de tout juste dix jours. Isabelle partage son émotion avec les autres. « Sans notre aide, elle aurait été perdue ! » Isabelle est bénévole à la Halte depuis six ans. Ce qui la fait revenir tous les jeudis ? « La Halte est un lieu extrêmement vivant, il s’y passe beaucoup de choses, et on y rencontre des personnes formidables ! »

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Isabelle, bénévole, devant un tableau blanc en atelier de FLE
Heure ou date
13H30
Description

Tandis que l’accueil de jour a fermé ses portes, certains bénévoles reprennent du service : ce jeudi après-midi, entre 13h30 et 15h, Isabelle et Philippe (toujours), ainsi que Florence, Marielle (à nouveau) et Dorota assurent des cours de français langue étrangère pour quatre groupes de différents niveaux. Isabelle et Philippe animent un atelier de conversation pour une dizaine d’apprenants, hommes et femmes, jeunes et plus âgés, pour la plupart albanais. La consigne ce jour-là : faire des phrases sur le thème de l’hygiène dentaire, à partir de mots clés partagés ensemble au préalable. Shpetim se lance : « Je n’ai pas d’infection aux dents car je ne mange pas beaucoup de sucre ». Encouragements et rires bon enfant ponctuent les diverses tentatives.

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Marielle, bénévole, en cours de FLE
Heure ou date
14H30
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Dans une autre salle, Marielle et Dorota donnent cours à des Géorgiens ainsi qu’à un jeune Afghan dont c’est la première séance. Les deux bénévoles essaient de travailler le vocabulaire médical : ordonnances, pharmacie, spécialistes… Autour de la table, notamment, Naira, couturière de métier et mère de deux enfants ; Alexander, marié et trois enfants ; Levan qui vit dans la rue et fréquente l’accueil de jour. Tous ont beaucoup de difficultés à apprendre un nouvel alphabet. Malgré le défi que cela représente, Marielle se donne à fond pour eux. Si elle se sent utile le matin à la lingerie, elle s’épanouit pleinement l’après-midi devant le tableau blanc. « J’aime le lien avec les apprenants, dit-elle en souriant. Pour eux, je suis Mme la Professeure ».

Crédits
Nom(s)
Clarisse Briot
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Christophe Hargoues
Fonction(s)
Photographe
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