Petite Marmite, grande solidarité

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Chapô
À Manosque, la Petite Marmite est une cantine participative pensée pour combattre deux fléaux observés sur le territoire : la solitude et la difficulté à bien se nourrir. Porté par l'équipe locale du Secours Catholique, ce lieu de restauration atypique favorise la mixité sociale et révèle les talents hôteliers de ses bénévoles.
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Deux bénévoles s'apprêtent à ouvrir la Petite Marmite.
Heure ou date
9H
Description

Manosque dans le brouillard d’hiver. À deux pas de la vieille ville, en face de l’austère tribunal, la Petite Marmite. Cette ancienne pizzéria reconvertie en cantine participative, s’anime. Trois jours par semaine, une équipe de cinq bénévoles prépare à déjeuner pour des convives qui se sentent seuls ou qui disposent de peu de moyens. Aujourd’hui, Didier le chef du jour est secondé par Sha et Melvin en cuisine, et par Dolorès et Hélène en salle. « Quelqu’un pour aller acheter une salade ? » Dolorès et Melvin se proposent tandis que Sha commence à éplucher des pommes.

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Une bénévole rédige le menu du jour sur l'ardoise, devant la Petite Marmite.
Heure ou date
9H30
Description

Hélène inscrit le menu sur l’ardoise pliante qu’elle place sur le trottoir, puis passe derrière le comptoir prendre les réservations au téléphone. « Nous recevons les appels à partir de 9h30. Nous pouvons accueillir jusqu’à 20 convives. Avant la pandémie, les gens passaient prendre un ticket. Depuis l’an dernier, les réservations par téléphone, c’est plus facile pour tout le monde. » L'équipe veille aussi à ne pas laisser des groupes venir pour être entre eux et profiter d'une bonne cuisine à petit prix. « Il faut conserver l’esprit du lieu, celui de l’entraide, de la solidarité et de la convivialité », précise Hélène.

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Les bénévoles de la Petite marmite en pause café.
Heure ou date
10H
Description

Malgré la fraîcheur du matin, l’équipe prend le café sur la terrasse, petite pause qui favorise les confidences. Dolorès vit désormais seule après avoir élevé six enfants qui lui ont donné quatorze petits-enfants. « Ici, c’est ma seconde famille, dit-elle. J’y suis heureuse. » Retraitée après avoir été « cheffe d’une équipe de nettoyage », elle sait comment tenir propre une salle à manger. Elle sait aussi prendre sous son aile les jeunes gens que certains partenaires institutionnels envoient en stage à la Petite Marmite, comme Melvin, victime d’un burn-out en fin d’études, ou un autre jour Nans, autre jeune homme ayant perdu ses repères. « Ici, je crée du lien, je fais du bien, dit Dolorès, les gens aiment venir me parler. »

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Bénévoles en cuisine.
Heure ou date
10H30
Description

Retour en cuisine. Sha a terminé sa salade. Ce jeune quinquagénaire d’origine portugaise est un grapheur connu à Manosque. Il peint des chats, d’où son nom d’artiste. « Au début, je m’occupais de l’accueil et de la mise en place, explique-t-il. Grâce aux autres, à leur aide, je me suis mis à la cuisine. J’ai appris à cuisiner les légumes et à faire des salades. » De son côté, Melvin prépare la frisée achetée ce matin. « Ce bénévolat, confie-t-il, est pour moi une bouffée d’air frais. On travaille bien, on rigole bien et on s’entend bien. » Quant au chef, il surveille la cuisson d’une marmite de lentilles aux tranches de lard et saucisses de Morteau. 

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Dressage du couvert.
Heure ou date
12H
Description

Dans la salle à manger, on a dressé deux longues tables de dix couverts et une table de quatre. Le repas sera servi à midi trente précise mais déjà les premiers convives arrivent et choisissent leur place. Un couple de septuagénaires choisit la petite table, tandis que Myriam, 54 ans, se place au bout d’une longue table. « Je viens depuis le début, indique-t-elle. Je vis seule avec pour tout revenu l’Allocation adulte handicapé (AAH). Ici je peux me payer un repas. » Florence, sa mère et son fils, mangent ici parce que « je n’ai pas le temps de cuisiner et ici on est sûr de bien manger. »

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Le repas bat son plein à la Petite Marmite.
Heure ou date
12H30
Description

Les 17 convives sont attablés. Les bénévoles débutent le service passant de cuisine en salle, déposant les plats au milieu des tablées, vérifiant que chacun soit servi. Les discussions se mêlent au tintinnabulement des couverts et des assiettes. Franck et Didier discutent de l’approvisionnement du lieu. Franck est le bénévole responsable des fruits et légumes : « Nous sommes livrés une fois par semaine par l’épicerie solidaire du réseau Andes de Marseille qui nous les vend à 70 centimes d’euro le kilo. Et Didier s’occupe des achats de viandes et de produits secs. » Didier souligne l’exercice mental des chefs du jour qui « doivent commander une semaine à l’avance ce qu’ils cuisineront huit jours plus tard ».

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Un bénévole sert le café aux convives.
Heure ou date
13H15
Description

Le repas s’achève sur un bon café. Quelques convives poursuivent leurs conversations. Alain, ancien chef d’entreprise dont la vie a été bouleversée par une faillite, vient ici tous les jours. « Je me vois mal cuisiner pour moi tout seul, dit-il. Ici, il n’y a pas de gêne, tout le monde se tutoie et puis aujourd’hui, les gens m’intéressent bien plus que l’argent. » Les convives règlent leur repas en toute confidentialité. Le minimum demandé est trois euros, mais la plupart laisse davantage, souvent dix euros, voire plus.

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Une bénévole balaie la salle de restauration.
Heure ou date
15H
Description

L’argent conserve toute son importance même dans une cantine participative soutenue par les pouvoirs publics et le Secours Catholique. Didier, le chef du jour, et Hélène, future co-trésorière, font le total de la journée. Dix-sept convives pour un chiffre d’affaires de 108 euros. Aujourd’hui, les clients ont été généreux. La moyenne dépasse les trois euros par repas, budget auquel est tenu le chef du jour. Didier, satisfait, retire son tablier. Demain une autre équipe prendra le relais pour un nouveau repas.

Crédits
Nom(s)
Jacques Duffaut
Fonction(s)
Journaliste rédacteur
Nom(s)
Xavier Schwebel
Fonction(s)
Photographe
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