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Un jour avec
Petite Marmite, grande solidarité
À Manosque, la Petite Marmite est une cantine participative pensée pour combattre deux fléaux observés sur le territoire : la solitude et la difficulté à bien se nourrir. Porté par l'équipe locale du Secours Catholique, ce lieu de restauration atypique favorise la mixité sociale et révèle les talents hôteliers de ses bénévoles.
Reportage :
Jacques Duffaut
Photos :
Xavier Schwebel
Petite Marmite, grande solidarité
9H

Manosque dans le brouillard d’hiver. À deux pas de la vieille ville, en face de l’austère tribunal, la Petite Marmite. Cette ancienne pizzéria reconvertie en cantine participative, s’anime. Trois jours par semaine, une équipe de cinq bénévoles prépare à déjeuner pour des convives qui se sentent seuls ou qui disposent de peu de moyens. Aujourd’hui, Didier le chef du jour est secondé par Sha et Melvin en cuisine, et par Dolorès et Hélène en salle. « Quelqu’un pour aller acheter une salade ? » Dolorès et Melvin se proposent tandis que Sha commence à éplucher des pommes. 

Petite Marmite, grande solidarité
9H30

Hélène inscrit le menu sur l’ardoise pliante qu’elle place sur le trottoir, puis passe derrière le comptoir prendre les réservations au téléphone. « Nous recevons les appels à partir de 9h30. Nous pouvons accueillir jusqu’à 20 convives. Avant la pandémie, les gens passaient prendre un ticket. Depuis l’an dernier, les réservations par téléphone, c’est plus facile pour tout le monde. » L'équipe veille aussi à ne pas laisser des groupes venir pour être entre eux et profiter d'une bonne cuisine à petit prix. « Il faut conserver l’esprit du lieu, celui de l’entraide, de la solidarité et de la convivialité », précise Hélène.

Petite Marmite, grande solidarité
10H

Malgré la fraîcheur du matin, l’équipe prend le café sur la terrasse, petite pause qui favorise les confidences. Dolorès vit désormais seule après avoir élevé six enfants qui lui ont donné quatorze petits-enfants. « Ici, c’est ma seconde famille, dit-elle. J’y suis heureuse. » Retraitée après avoir été « cheffe d’une équipe de nettoyage », elle sait comment tenir propre une salle à manger. Elle sait aussi prendre sous son aile les jeunes gens que certains partenaires institutionnels envoient en stage à la Petite Marmite, comme Melvin, victime d’un burn-out en fin d’études, ou un autre jour Nans, autre jeune homme ayant perdu ses repères. « Ici, je crée du lien, je fais du bien, dit Dolorès, les gens aiment venir me parler. »

Petite Marmite, grande solidarité
10H30

Retour en cuisine. Sha a terminé sa salade. Ce jeune quinquagénaire d’origine portugaise est un grapheur connu à Manosque. Il peint des chats, d’où son nom d’artiste. « Au début, je m’occupais de l’accueil et de la mise en place, explique-t-il. Grâce aux autres, à leur aide, je me suis mis à la cuisine. J’ai appris à cuisiner les légumes et à faire des salades. » De son côté, Melvin prépare la frisée achetée ce matin. « Ce bénévolat, confie-t-il, est pour moi une bouffée d’air frais. On travaille bien, on rigole bien et on s’entend bien. » Quant au chef, il surveille la cuisson d’une marmite de lentilles aux tranches de lard et saucisses de Morteau. 

Petite Marmite, grande solidarité
12H

Dans la salle à manger, on a dressé deux longues tables de dix couverts et une table de quatre. Le repas sera servi à midi trente précise mais déjà les premiers convives arrivent et choisissent leur place. Un couple de septuagénaires choisit la petite table, tandis que Myriam, 54 ans, se place au bout d’une longue table. « Je viens depuis le début, indique-t-elle. Je vis seule avec pour tout revenu l’Allocation adulte handicapé (AAH). Ici je peux me payer un repas. » Florence, sa mère et son fils, mangent ici parce que « je n’ai pas le temps de cuisiner et ici on est sûr de bien manger. »

Petite Marmite, grande solidarité
12H30

Les 17 convives sont attablés. Les bénévoles débutent le service passant de cuisine en salle, déposant les plats au milieu des tablées, vérifiant que chacun soit servi. Les discussions se mêlent au tintinnabulement des couverts et des assiettes. Franck et Didier discutent de l’approvisionnement du lieu. Franck est le bénévole responsable des fruits et légumes : « Nous sommes livrés une fois par semaine par l’épicerie solidaire du réseau Andes de Marseille qui nous les vend à 70 centimes d’euro le kilo. Et Didier s’occupe des achats de viandes et de produits secs. » Didier souligne l’exercice mental des chefs du jour qui « doivent commander une semaine à l’avance ce qu’ils cuisineront huit jours plus tard ».

Petite Marmite, grande solidarité
13H15

Le repas s’achève sur un bon café. Quelques convives poursuivent leurs conversations. Alain, ancien chef d’entreprise dont la vie a été bouleversée par une faillite, vient ici tous les jours. « Je me vois mal cuisiner pour moi tout seul, dit-il. Ici, il n’y a pas de gêne, tout le monde se tutoie et puis aujourd’hui, les gens m’intéressent bien plus que l’argent. » Les convives règlent leur repas en toute confidentialité. Le minimum demandé est trois euros, mais la plupart laisse davantage, souvent dix euros, voire plus.

Petite Marmite, grande solidarité
15H

L’argent conserve toute son importance même dans une cantine participative soutenue par les pouvoirs publics et le Secours Catholique. Didier, le chef du jour, et Hélène, future co-trésorière, font le total de la journée. Dix-sept convives pour un chiffre d’affaires de 108 euros. Aujourd’hui, les clients ont été généreux. La moyenne dépasse les trois euros par repas, budget auquel est tenu le chef du jour. Didier, satisfait, retire son tablier. Demain une autre équipe prendra le relais pour un nouveau repas.

Making of
Claire Mossa et Michel Lauferon
Claire Mossa et Michel Lauferon, animatrice et référent bénévole de la délégation des Alpes, tous deux à l’origine de la Petite Marmite.

La Petite Marmite est née du double constat obtenu en sondant la population : une difficulté à bien se nourrir et un isolement de plus en plus important. Une partie de la population sondée était prête à nous aider à réaliser ce projet de cantine participative. Après quelques mois de réflexion et de préparation, nous avons ouvert en novembre 2018.

Le local se situe au bout d’une galerie marchande qui n’est plus très fréquentée. Quand nous l’avons repéré, il n’était pas aux normes. Grâce aux services nationaux du Secours Catholique, nous avons obtenu un soutien technique et une aide financière qui nous ont permis d'être en règle et de disposer d’un outil performant. Nous payons un loyer mensuel de 600 euros par mois, ce qui est raisonnable mais que les recettes ne permettent pas toujours de payer, à raison de trois jours d’ouverture par semaine, du mercredi au vendredi. Toutefois, nous disposons gracieusement d’un local annexe pour entreposer nos denrées et la Communauté d’agglomération nous octroie une subvention importante qu'elle renouvelle chaque année. Quant aux bénévoles qui font tourner la Petite Marmite, la pandémie en a éloigné beaucoup mais des nouveaux sont apparus. Sur la cinquantaine de nos bénévoles, une vingtaine sont très actifs. Une équipe dite de pilotage veille à la continuité de l’activité et est épaulée par plusieurs équipes (ménage, animation, trésorerie, communication…) auxquelles chaque bénévole choisit d’appartenir selon ses goûts et ses compétences. Cette addition de talents fait de la Petite Marmite une véritable cantine participative où chacun apporte ce qu’il est.