Pourquoi le travail ne protège-t-il plus de la pauvreté ?

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La progression du taux d’emploi ne suffit pas à rendre compte de la capacité du travail à protéger de la pauvreté. Les données présentées montrent un décalage croissant entre l’accès à l’emploi et la protection qu’il procure effectivement. Cette protection dépend de plusieurs dimensions : la stabilité du contrat, le niveau de rémunération, le volume horaire, mais aussi la continuité des trajectoires et des droits sociaux. Un emploi peut ainsi être stable sans procurer un niveau de vie suffisant ; il peut être rémunérateur mais discontinu ; ou encore permettre une activité régulière tout en laissant les personnes exposées à une forte incertitude économique. 

Les personnes accueillies par le Secours Catholique sont particulièrement confrontées à cette combinaison de vulnérabilités. Elles connaissent à la fois un accès à l’emploi plus faible que la population générale et, lorsqu’elles travaillent, une exposition beaucoup plus importante aux formes précaires d’emploi. Les inégalités liées au sexe, à la nationalité, au lieu de résidence ou à la situation familiale renforcent encore ces difficultés. 

Dans ce contexte, la lutte contre la pauvreté ne peut plus être pensée uniquement sous l’angle du retour à l’emploi. Elle suppose également de renforcer la qualité des emplois proposés et de sécuriser les parcours professionnels. 

Le Secours Catholique défend le droit de chacun à un accompagnement de qualité et à un emploi stable, digne et choisi. Cela implique de renforcer l’accès à un accompagnement humain, bienveillant et fondé sur la confiance, tout en donnant aux personnes davantage de liberté dans leur parcours professionnel.

Pour favoriser l’accès à l’emploi, il est nécessaire de renforcer les financements de Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD) afin de permettre à davantage de collectivités de développer cette démarche localement. La qualité du marché du travail devrait également être évaluée à partir du taux d’emploi stable, c’est-à-dire de plus de six mois, plutôt que se limiter au seul nombre d’emplois créés. 

Le Secours Catholique demande aussi de renforcer les financements régionaux de la formation professionnelle, sans les concentrer uniquement sur les métiers dits « en tension », afin de respecter les aspirations et les projets professionnels des personnes. Il appelle également à soutenir davantage le secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE). 

Une attention particulière doit être portée à la qualité des emplois, notamment dans les métiers du soin, qui doivent bénéficier de postes pérennes et en nombre suffisant, de meilleures rémunérations et de formations adaptées. Plus largement, les activités économiques qui dégradent la santé humaine ou l’environnement devraient contribuer davantage au financement de la protection sociale afin de prendre en compte leurs conséquences sociales et écologiques, qui touchent particulièrement les personnes les plus précaires. 

Enfin, le Secours Catholique demande de revenir sur les dernières réformes, de l’assurance chômage et de la loi pour le « Plein-Emploi », qui ont restreint l’accès à l’indemnisation chômage, accru la pauvreté des demandeurs d’emploi et renforcé les conditionnalités et les sanctions. L’objectif est ainsi de construire un marché du travail plus juste, plus inclusif et plus respectueux des choix et de la dignité des personnes en garantissant à chacun les moyens d’accéder durablement à un emploi de qualité.