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Un jour avec
Sans-abri : être là, simplement
Dans un contexte sanitaire toujours tendu, le Secours Catholique de Paris maintient ses activités auprès des sans-abri. Tournées de rue et cafés conviviaux permettent aux personnes à la rue de se réchauffer le corps… et le cœur.
Reportage :
Cécile Leclerc-Laurent
Photos :
Vincent Boisot
Sans-abri : être là, simplement
10H

C’est l’heure d’installer les tables et les chaises. La paroisse Sainte-Rosalie, dans le 13e arrondissement de Paris, organise tous les matins un petit déjeuner en partenariat avec la société Saint-Vincent-de-Paul et le Secours Catholique. Les bénévoles préparent le café qu’ils offrent aux personnes de passage. « Le premier café, c’est pour se réchauffer. Le second c’est pour en profiter », observe Dominique, bénévole de la paroisse. Les viennoiseries proviennent des invendus de la boulangerie voisine. « Ça permet aux personnes à la rue de calmer leur faim », ajoute David, un autre volontaire.

Sans-abri : être là, simplement
10H45

« On ne vous dérange pas ? C’est la première fois que je vous vois », questionne Jean, bénévole. « Personne ne me voit, de toute façon », lui répond Philippe, un homme aux cheveux grisonnants assis près d’une bouche d’air chaud. Il explique qu’il dort sous un porche avec un sac de couchage et deux couettes depuis le mois de juin. Les bénévoles du Secours Catholique s’absentent du café pour effectuer une tournée de rue dans le quartier et inviter les sans-abri à venir boire une boisson chaude à Sainte-Rosalie. « On rend visite aux personnes, explique Jean, elles sont chez elles à la rue, on prend le temps qu’elles nous donnent. »

Sans-abri : être là, simplement
11H30

« Ça structure ma matinée, de venir ici », déclare Damien, la trentaine, à la rue depuis mars. « Je bois un café pour émerger comme tout le monde. C’est difficile d’avoir une journée rythmée quand on est à la rue. » Damien discute avec Olena, de tout et de rien. « Les personnes viennent, se posent et discutent entre elles. Une chaleur se dégage », note Dominique, de la paroisse. « La journée s’annonce bien, ici », dit en souriant Damien. À midi, le café se termine. Damien se rendra aux Restos du cœur le soir, avant de dormir sous un porche.

Écoutez Damien
sans toit depuis plusieurs mois
Sans-abri : être là, simplement
16H

Quartier des Apennins dans le 17e arrondissement. Marie-Anne, Pierre et Astrid ont revêtu les K-ways du Secours Catholique et sillonnent les rues à la rencontre des sans-abri avec un thermos de café et un autre de thé. « Le but est d’aller leur dire bonjour, de voir s’ils ont besoin de quelque chose. Si c’est préoccupant, on fait un signalement au Samu social », explique Marie-Anne, qui donne ce jour-là à Jean-Philippe un bonnet tricoté par une personne accueillie au Secours Catholique. « J’aime bien voir Marie-Anne », déclare cet homme d’une cinquantaine d’années. « On discute un peu de tout, de la vie. » Il s’empresse ensuite de se réfugier dans le métro pour être à l’abri du froid.

Sans-abri : être là, simplement
16H45

Nicolas montre fièrement ses dessins – des esquisses des rues de Paris – à Astrid et boit un café pour se réchauffer. Il explique qu’il dort dans un parc, sous une housse de canapé. « Notre geste est gratuit. Il n’y a pas de relation donnant-receveur », témoigne Pierre, bénévole. « Ça réchauffe les mains mais aussi le cœur, de voir des gens qui ont de la sympathie et de l’empathie », confie Pascal, rencontré un peu plus loin dans un square.

Écoutez Marie-Anne
bénévole
Sans-abri : être là, simplement
19H30

Place Baudoyer, derrière l’Hôtel de Ville, dans le 4e arrondissement de Paris. Achille, Gaspard, Nicolas et les autres installent le bar, les Thermos d’eau chaude et les madeleines à grignoter avant de servir une boisson chaude aux personnes à la rue. « C’est énorme de boire ce café, ça réchauffe les mains et le corps », témoigne Paul, qui vient pratiquement tous les soirs depuis les onze mois qu’il est à la rue. Il dort sous un abribus.

Sans-abri : être là, simplement
20H

Sébastien, qui est venu à vélo électrique avec tout le matériel, installe une bibliothèque ambulante pour permettre aux sans-abri d’emprunter des livres. Certains viennent se resservir de café et de madeleines plusieurs fois. Les bénévoles prennent le temps d’échanger avec ceux qui le souhaitent. « Certains font une heure de trajet pour venir ici boire quelque chose de chaud ou prendre un livre. Il y a une vraie demande pour passer du temps agréable ensemble. Le café est un prétexte pour un moment convivial, pour le plaisir de la rencontre », témoigne Nicolas, bénévole.

Sans-abri : être là, simplement
21H30

C’est bientôt l’heure de ranger. Raymonde boit un dernier chocolat chaud. Elle habite dans le secteur, mais vient tous les soirs pour trouver de la compagnie. « Ici c’est bien plus que boire quelque chose, ça fait passer le temps, j’ai besoin de parler », reconnaît également Pierre, à la longue barbe grise. « On échange aussi des informations entre personnes à la rue. » Les bénévoles replient le bar et replacent le matériel dans la remorque du vélo. Ils reviendront demain, même heure, même lieu.

Making of
Florian Dosne
animateur à la délégation de Paris

La mission première de ces tournées de rue et de ces cafés est l’écoute sans jugement. On est là pour se mettre à l’écoute des besoins des personnes à la rue. Avec les tournées de rue, c’est nous qui allons vers elles, alors qu’avec les cafés place Baudoyer ou à la gare du Nord, ce sont elles qui viennent vers nous. On rencontre des populations différentes selon les lieux des cafés. Par exemple, il y a plus de migrants près de la gare du Nord, et de sans-abri depuis longtemps à la rue vers Châtelet.

Lors des tournées de rue, on vient pour permettre une présence, on est fidèle dans la durée pour créer un vrai lien avec les personnes. Des bénévoles en connaissent certaines depuis des années. Si les personnes à la rue n’ont pas envie de parler, on ne les dérange pas. On n’est pas là pour les sortir de la rue, on est là pour être là, tout simplement. On les oriente aussi vers les dispositifs d’accompagnement d’associations partenaires.

Concernant les cafés, ce sont de vrais rendez-vous pour les personnes. Elles y sont très fidèles. Elles viennent pour échanger autour d’un café et bien sûr pour se réchauffer. La rue est souvent un milieu hostile, avec de la violence. Ces cafés de rue sont bienveillants : les bénévoles sont là pour prendre soin des personnes. Il n’est pas rare que les personnes à la rue prennent soin aussi les unes des autres. Ces cafés sont un repère, surtout en cette période de crise sanitaire où de nombreuses activités sont arrêtées. Les personnes à la rue sont plus seules que jamais.