« En prison, je sème des graines »

Publié le 28/03/2019
Vannes
 

Depuis deux ans, Sylvie Chaveron passe, chaque semaine, un après-midi à la maison d’arrêt de Vannes. Comme celle de nombreux aumôniers, sa visite est un réconfort pour certains détenus. Pour elle, c’est la mise en pratique de la parole de Dieu.

Munie du trousseau de clés qui lui est réservé, Sylvie Chaveron frappe à la porte avant de la déverrouiller et d’entrer. La plupart des cellules font 9 mètres carrés à peine suffisants pour contenir lits superposés, table, chaise, lavabo, frigo, télé et coin W.C. sous l’étroite fenêtre à double grille.

Datant du 19ème siècle, la maison d’arrêt de Vannes est vétuste. On parle de la fermer depuis des années mais faute d’alternatives elle joue les prolongations. Son directeur la qualifie de « familiale, avec seulement 80 à 90 détenus, en majorité originaires du Morbihan et en attente de jugement. »

 

« Bonjour Madame, comment allez-vous ? »

La plupart des prisonniers

« Bonjour Madame, comment allez-vous ? » Sylvie est généralement accueillie en ces termes. Avec le sourire, ils la font asseoir, lui offre parfois une collation.

 

« Quand ils proposent un café, c’est qu’on a gagné leur confiance », confie Sylvie. S’engage ensuite une conversation guidée par les détenus qu’ils soient athées ou croyants. Certains demandent à s’entretenir avec elle en tête-à-tête. Tous reconnaissent l’importance d’avoir un regard venu de l’extérieur. Un jeune détenu albanais dit : « Ça me fait du bien de parler de l’Église. »

 

 

À 61 ans, retraitée de l’éducation nationale, Sylvie et son mari ont quitté la région parisienne pour s’installer à Vannes il y a trois ans. À Evry, où ils vivaient et ont élevé leurs quatre enfants aujourd’hui tous majeurs, ils appartenaient depuis 1980 à la Mission de France.

Une équipe d’Évry de cette Mission avait proposé à Sylvie d’assister à des lectures bibliques dans la prison de Fleury-Mérogis. Ces moments l’ont émue et c’est naturellement qu’en arrivant à Vannes, Sylvie s’est présentée à l’équipe d’aumônerie dont elle est aujourd’hui responsable.

« L’équipe de Vannes était complète mais elle a accepté de m’intégrer, se souvient-elle. J’ai alors suivi une formation de deux ans, basée sur les documents réalisés par le département Prison du Secours Catholique. J’y ai appris le fonctionnement de l’administration pénitentiaire et la manière d’adopter une approche théologique qui privilégie l’écoute et la dimension humaine. »

« Lors de cette formation, on apprend à être, non pas du côté mais au côté des détenus », précise l’ancienne responsable de l’équipe d’aumônerie, Marie-Pierre Gouelo, qui, à 72 ans et en fin de second mandat, souhaitait passer la main.

 

On apprend à être, non pas du côté mais au côté des détenus.

Marie-Pierre Gouelo.

L’arrivée de Sylvie a facilité la passation de responsabilité car, précise Marie-Pierre, « un aumônier a un “mandat“ de six ans, renouvelable une fois. On cesse après deux mandats, ou quand on atteint 75 ans, la limite d’âge ». Comme celui de Sylvie, le bénévolat de Marie-Pierre auprès des détenus est la résultante de son engagement dans l’Église.

« Nous allons à la maison d’arrêt une à deux fois par semaine. Le mardi et le vendredi en général. Une fois chacune. Et on y passe l’après-midi », dit Marie-Pierre. « Dans cette maison d’arrêt, ajoute Sylvie, nous pouvons voir tout le monde, pas seulement les chrétiens. À Fleury-Mérogis, les détenus qui souhaitaient voir un aumônier devait en faire la demande. Ici, nous entrons dans les cellules et les échanges sont plus ou moins longs selon le besoin des détenus. » Les deux femmes s’accordent sur le respect des détenus envers elles. « Peut-être parce qu’ils nous voient un peu comme leurs mères. »

 

Les deux femmes soulignent leur totale liberté à l’intérieur des murs, l’accès à tous et leur rôle. « Nous pouvons constituer des groupes bibliques, organiser des goûters pour fêter un événement. Dans d’autres prisons, les aumôniers peuvent même faire venir des artistes pour des spectacles. À Vannes, nous apportons des chapelets et des bibles éditées spécialement pour les aumôneries de prison. »

Sylvie avait soif d’entendre les autres lui parler de Dieu. Il se trouve que ce désir s’est concrétisé en détention et elle l’a accepté comme un signe divin. « Dieu me parle de l’autre, dit-elle. Et je suis à l’affût des perles des groupes de parole. A Fleury, je glanais les paroles de vérité qui m’ont été dites, je les ai notées et je les conserve précieusement. »

 

Je sème des graines. Si certains s’en sortent, c’est en partie grâce aux gens de l’aumônerie

Sylvie

 

À Vannes, elle n’a pas encore couché sur le papier les paroles entendues mais elle reste en éveil face à tous ceux qui viennent à elle car, comme elle le rappelle à plusieurs reprises, « Ce que Dieu a caché aux sages et aux savants, Il l’a révélé aux plus petits. »

Cette vocation n’est pas exempte de doute. « Parfois je me demande, avoue-t-elle, si ce que je fais sert à quelque chose. Mais je me dis que je sème des graines. Si certains s’en sortent, c’est en partie grâce aux gens de l’aumônerie. »

Et puis, il y a l’importance d’être un relais entre ceux qui connaissent la détention et ceux qui « disent n’importe quoi comme : “ ils sont chauffés, nourris, logés, ils ont la télé, etc.“ En prison, poursuit-elle, il y a des gens mauvais mais il y a aussi des gens bien. »

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Gaël Kerbaol / Secours Catholique-Caritas France
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