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un enfant sur un lit superposé

L’enfance pauvre : la réalité invisible qui nous engage tous

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L’injustice qui frappe les plus jeunes est souvent passée sous silence. Un enfant qui grandit dans la précarité est une réalité invisible, mais urgente en France. Cette situation n’est pas seulement une question de manque d’argent. Nous faisons face à un problème sociétal majeur qui compromet le développement, les droits et l’avenir de millions d’enfants. Et, malgré un système de redistribution important, la France reste avant-dernière des pays de l’OCDE en matière d’égalité des chances. Nous revenons sur l’ampleur de la situation, ses conséquences, les politiques existantes et la mobilisation collective d’associations, notamment du Secours Catholique.

Les multiples visages de la précarité : bien au-delà du manque d’argent

En 2020, la France comptait 8,9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Ce niveau est fixé à moins de 1 102 € par mois. Derrière ces chiffres, la réalité frappe des familles, des adultes et aussi des enfants. En 2018, 1 enfant sur 5 vivait dans un ménage en dessous de ce seuil, soit 2,9 millions d’enfants pauvres.  La « grande pauvreté » progresse à cause de revenus très faibles et de privations sévères. Ce sont plus de 42 000 enfants privés d’hébergement, vivant dans la rue ou en hébergement d’urgence en 2022. Dans les territoires d’outre-mer, la situation est encore plus critique. À Mayotte, 8 enfants sur 10 vivent dans la pauvreté d’après les données INSEE.

Cette situation de précarité se manifeste par des repas incomplets, des vêtements inadaptés, un hébergement précaire ou trop petit pour permettre un quotidien digne.

des enfants dans leur chambre d'hôtel
La France compte près de 2,9 millions d’enfants pauvres. © Xavier Schwebel 

Carla, 10 ans, en témoigne. Elle vit avec sa famille dans un hôtel social en banlieue parisienne. Certains de ces établissements sont insalubres, infestés de souris et de cafards. Le quotidien de Carla est marqué par la promiscuité avec sa famille. La petite fille raconte « C'est difficile de faire mes devoirs avec le bruit que font mes frères et sœurs, j’ai du mal à me concentrer ».

Marie-Nöelle, mère célibataire, loge dans une chambre d’hôtel avec ses enfants. Son témoignage met en lumière la difficulté de concilier sécurité, intimité et vie quotidienne : écouter le podcast avec Marie-Noëlle.

Ces témoignages et ces chiffres révèlent l’ampleur de la pauvreté infantile. Elle touche la scolarité, l’hébergement, la santé, l’intimité et la dignité des enfants.

Le témoignage de Michel, originaire du Nigéria, montre ce quotidien précaire. Avec ses trois enfants âgés de 10, 6 et 4 ans, il est hébergé temporairement dans une école. Son aîné nous confie : « Les enfants de l’école m’appellent “l’écolier”. Parce que je ne pars jamais de l’école. Le matin, quand ils arrivent, je descends et quand ils partent, je remonte. On se moque beaucoup de nous. »

L’impact dévastateur sur l’éducation, la santé et l’estime de soi

des enfants dorment dans un parc
De plus en plus d'enfants dorment à la rue en France. © Eleonore Henry de Frahan

Les plus jeunes sont les plus vulnérables, notamment face aux maladies chroniques, aux troubles psychologiques, aux problèmes de santé physique et mentale. Chaque jour, leur corps et leur esprit subissent le poids de la précarité. À cela s’ajoutent généralement un accès limité aux soins et une alimentation déséquilibrée.

L’école se transforme pour eux en véritable parcours du combattant. Ils n’ont pas forcément d’environnement calme pour étudier ni de matériel adéquat. Cela peut compromettre leur réussite scolaire. Près de 1 enfant ou adolescent sur 2 concerné par la privation matérielle vit aujourd’hui dans un logement « non ordinaire » comme des centres d’hébergement, des hôtels ou des structures temporaires. 

La précarité alimente une spirale d’exclusion sociale et de stigmatisation. Les enfants pauvres n’ont pas les mêmes vêtements, les mêmes gadgets ni accès aux mêmes loisirs que les autres. Ils peuvent subir les regards et les moqueries de leurs camarades et souffrir d'isolement. Peu à peu, l’estime de soi s’affaiblit et les ambitions se réduisent avec un sentiment de « je ne suis pas comme les autres ».

Perdre l’insouciance de l’enfance, craindre constamment le lendemain et se sentir déjà exclu, voilà ce que vivent trop d’enfants issus de la pauvreté. C’est un quotidien marqué par la peur, la frustration et l’incertitude.

L’urgence de briser le cercle de la reproduction sociale

La pauvreté infantile a tendance à se perpétuer et à façonner les trajectoires de génération en génération. Quand 60 % des enfants de cadres accèdent à un diplôme du supérieur, seuls 8 % des enfants d’ouvriers y parviennent.

Derrière toutes ces statistiques, il y a surtout une réalité douloureuse : grandir pauvre, c’est souvent manquer de confiance en soi, ne pas se sentir légitime, croire que l’avenir n’est pas fait pour soi. Ces barrières invisibles sont parfois les plus difficiles à franchir.

une bénévole du secours catholique avec des enfants
Les bénévoles du Secours Catholique se mobilisent tout au long de l'année pour venir en aide aux enfants et aux parents en situation de pauvreté. © Vincent Boisot

Briser ce cercle exige d’agir dès le plus jeune âge, en renforçant à la fois les dispositifs éducatifs, comme l’aide scolaire, et les soutiens destinés aux familles. Il est important d’investir dans leur enfance pour qu’ils puissent enfin croire en leur avenir.

Les politiques publiques sont essentielles, notamment la Garantie européenne pour l’enfance, qui s’engage à assurer à chaque enfant l’accès à des droits fondamentaux : un repas sain, une éducation et des soins de santé adaptés.

Seule une approche globale permettra d’offrir à un enfant une chance réelle de sortir de la reproduction sociale.

Secours Catholique : agir auprès des familles pour transformer l’avenir des enfants

L’association accompagne chaque année plus de 200 000 familles avec enfants, avec pour mission de transformer le quotidien et l’avenir des plus jeunes. Comme le rappelle Aurélie Mercier, chargée de plaidoyer du Secours Catholique, « pour lutter contre la pauvreté des enfants, il faut donc, en premier lieu, améliorer les conditions de vie de leur famille. Concrètement, cela signifie qu’il ne doit plus y avoir de familles à la rue ni de familles coincées pendant des années dans des hôtels sociaux. Un enfant qui a faim toute la journée ne peut pas se concentrer à l’école. Comment permettre aux parents d’assurer des conditions convenables d’existence à leurs enfants ? Un revenu suffisant, un logement digne, la possibilité de vivre une vie de famille apaisée, en sécurité financièrement et socialement… ».

Pour atteindre cet objectif, le Secours Catholique agit sur plusieurs fronts : l’accompagnement à la parentalité, le soutien scolaire et l’accès aux loisirs et à la culture

À Saint-Médard-en-Jalles, Anne-Marie, une bénévole accompagnant des élèves à se sentir mieux dans leur scolarité, nous raconte : « Océane a tellement peur d’échouer qu’elle a peur de l’école. Alors, j’essaie de trouver des jeux pour lui donner le goût de la lecture et de l’écriture ».

Jean, responsable bénévole, précise : « Le cahier de textes avec les devoirs est un prétexte… Le but premier de ces mercredis après-midi est de donner confiance en eux aux élèves ».

Le Secours Catholique organise aussi des vacances solidaires en famille d'accueil ou au camping pour permettre aux familles de sortir de la « bulle de stress » liée à la précarité et de créer des souvenirs.

Des sorties culturelles et des activités de loisirs sont également proposés dans les Maisons des familles. Les parents peuvent ainsi retrouver un réseau social, partager leur quotidien et échanger des conseils. 

Pour soutenir l’aide aux familles en difficulté, devenir bénévole ou contacter le Secours Catholique, rendez-vous sur notre site et contribuez à offrir un avenir meilleur aux enfants.

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