Après les crues dans l'Ouest, le soutien nécessaire aux sinistrés
Aiguillon baigne dans le soleil printanier. Il y a deux mois, une partie de cette petite ville de 4 000 habitants, située au confluent de la Garonne et du Lot, était submergée par des crues historiques, entraînant la rupture de plusieurs digues. Celle derrière la voie ferrée a cédé sur des dizaines de mètres, noyant le quartier en contrebas du bourg.
Léonie, 28 ans, dormait à l’étage quand le bruit de l’eau l’a réveillée vers 5h30. « J’ai fui avec mes deux enfants mais le courant était si fort que j’ai failli perdre mon fils », explique l’assistante maternelle sur le pas de la porte. Le garage a été inondé mais les dommages sont couverts par l’assurance. Une chance pour Léonie, même si elle confie son appréhension face à une nouvelle crue. « On vit en zone inondable mais la digue aurait dû nous protéger ». Deux mois plus tard, celle-ci n’a pas encore été réparée. Seuls des sacs de gravats ont été déversés comme solution temporaire.
Si cela se reproduit, je pars, j’abandonne
De l’autre côté de la route, plusieurs terrains appartiennent à une communauté de voyageurs. Agnès et Bilguissa, respectivement animatrice et bénévole au Secours catholique rendent visite à Samantha, 39 ans dont le bébé gazouille dans ses bras. Il n’avait que 18 jours quand la famille a été évacuée en canot par les pompiers. Depuis leur retour, la famille de sept personnes partage une caravane exigüe dans le jardin de leur maison.
Le couple a investi il y a cinq ans dans ce bien en location-vente mais leur assurance ne veut pas prendre en charge les travaux, estimés à plus de 120 000 euros. Un coût trop élevé pour la famille, sans compter le mobilier perdu. Agnès et Bilguissa ont noté leurs besoins, surtout en électroménager. En attendant un nouveau passage des experts, la famille survit sans pouvoir nettoyer les dégâts. « Si cela se reproduit, je pars, j’abandonne », lâche Samantha. Or, avec un crédit d’environ 1 000 euros mensuels et de faibles ressources, la famille ne peut pas déménager.
Je ne m’attendais pas à une telle détresse
Sur le terrain voisin, Léa s’est sauvée de l’inondation en grimpant sur la voie ferrée. De là, cette mère de quatre enfants a vu l’étendue d’eau engloutir les champs. À son pic, la Garonne est montée à 9,56 mètres. Léa a dû « garder la tête froide » pour ses enfants, qui, encore choqués, ne voulaient plus revenir chez eux. Après 15 jours de décrue, leur mobil-home a été nettoyé et refait à neuf. Léa a demandé un prêt de 1 600 euros à la Caisse d’Allocations Familiales pour subvenir à ses besoins en électroménager. « Je ne m’attendais pas à une telle détresse, il faut un suivi sur le long terme pour beaucoup d’entre eux », estime Agnès, l'animatrice du Secours Catholique.
Les inondations sont courantes ici, pourtant ces crues ont marqué les habitants. « En plus du dérèglement climatique, il y a aussi des questions sur l’entretien des digues et les responsabilités politiques », ajoute Agnès. Le Secours catholique apporte une aide matérielle aux sinistrés selon les besoins identifiés lors des visites des bénévoles de l’équipe Urgences. En moyenne, 588 euros ont été octroyés par foyers, sous forme de bons principalement pour des lave-linges et des réfrigérateurs. Au total, plus de 7 000 euros ont été distribués fin avril juste pour le Lot-et-Garonne.