Après les crues dans l'Ouest, le soutien nécessaire aux sinistrés

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La Gironde et le Lot-et-Garonne ont été sévèrement touchés par des crues en février dernier, aggravées par le passage de la tempête Nils. Près de 155 communes des deux départements ont été déclarés en catastrophe naturelle. Au mois d’avril, les équipes Urgences France du Secours Catholique sont allées à la rencontre de plus de 600 foyers sinistrés pour apporter un soutien moral et une aide matérielle.
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un homme montre les dégâts dans sa maison causés par la montée des eaux dans la commune d’Aiguillon, dans le Lot-et-Garonne
Serge, 75 ans, fait partie des nombreux sinistrés de la commune d’Aiguillon, dans le Lot-et-Garonne,.

Aiguillon baigne dans le soleil printanier. Il y a deux mois, une partie de cette petite ville de 4 000 habitants, située au confluent de la Garonne et du Lot, était submergée par des crues historiques, entraînant la rupture de plusieurs digues. Celle derrière la voie ferrée a cédé sur des dizaines de mètres, noyant le quartier en contrebas du bourg. 

Léonie, 28 ans, dormait à l’étage quand le bruit de l’eau l’a réveillée vers 5h30. « J’ai fui avec mes deux enfants mais le courant était si fort que j’ai failli perdre mon fils », explique l’assistante maternelle sur le pas de la porte. Le garage a été inondé mais les dommages sont couverts par l’assurance. Une chance pour Léonie, même si elle confie son appréhension face à une nouvelle crue. « On vit en zone inondable mais la digue aurait dû nous protéger ». Deux mois plus tard, celle-ci n’a pas encore été réparée. Seuls des sacs de gravats ont été déversés comme solution temporaire. 

Si cela se reproduit, je pars, j’abandonne

De l’autre côté de la route, plusieurs terrains appartiennent à une communauté de voyageurs. Agnès et Bilguissa, respectivement animatrice et bénévole au Secours catholique rendent visite à Samantha, 39 ans dont le bébé gazouille dans ses bras. Il n’avait que 18 jours quand la famille a été évacuée en canot par les pompiers. Depuis leur retour, la famille de sept personnes partage une caravane exigüe dans le jardin de leur maison. 

Une bénvole écoute une femme avec un bébé sur les genoux
Samantha et son bébé, âgé de seulement 18 jours lors de l'évacuation par canot.

Le couple a investi il y a cinq ans dans ce bien en location-vente mais leur assurance ne veut pas prendre en charge les travaux, estimés à plus de 120 000 euros. Un coût trop élevé pour la famille, sans compter le mobilier perdu. Agnès et Bilguissa ont noté leurs besoins, surtout en électroménager. En attendant un nouveau passage des experts, la famille survit sans pouvoir nettoyer les dégâts. « Si cela se reproduit, je pars, j’abandonne », lâche Samantha. Or, avec un crédit d’environ 1 000 euros mensuels et de faibles ressources, la famille ne peut pas déménager.

Je ne m’attendais pas à une telle détresse

Sur le terrain voisin, Léa s’est sauvée de l’inondation en grimpant sur la voie ferrée. De là, cette mère de quatre enfants a vu l’étendue d’eau engloutir les champs. À son pic, la Garonne est montée à 9,56 mètres. Léa a dû « garder la tête froide » pour ses enfants, qui, encore choqués, ne voulaient plus revenir chez eux. Après 15 jours de décrue, leur mobil-home a été nettoyé et refait à neuf. Léa a demandé un prêt de 1 600 euros à la Caisse d’Allocations Familiales pour subvenir à ses besoins en électroménager. « Je ne m’attendais pas à une telle détresse, il faut un suivi sur le long terme pour beaucoup d’entre eux », estime Agnès, l'animatrice du Secours Catholique.

Les inondations sont courantes ici, pourtant ces crues ont marqué les habitants. « En plus du dérèglement climatique, il y a aussi des questions sur l’entretien des digues et les responsabilités politiques », ajoute Agnès. Le Secours catholique apporte une aide matérielle aux sinistrés selon les besoins identifiés lors des visites des bénévoles de l’équipe Urgences. En moyenne, 588 euros ont été octroyés par foyers, sous forme de bons principalement pour des lave-linges et des réfrigérateurs. Au total, plus de 7 000 euros ont été distribués fin avril juste pour le Lot-et-Garonne.

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Thierry, dans sa maison inondée de Caumont-sur-Garonne
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Le petit village de Caumont-sur-Garonne est habitué aux inondations. Ici, on dit que l’on vit « avec Garonne ». Et les maisons situées en contrebas d’un des ponts qui permet de traverser le canal n’ont pas été épargnées par la crue. C’est le cas de celle de Thierry. Il l’a héritée de son père amoureux de bateaux et y vit  depuis une dizaine d’années. « Avant l’inondation, j’ai monté certains meubles à l’étage et j’ai surélevé les plus lourds sur des tréteaux », explique-t-il. L’eau s’est engouffrée chez lui, montant jusqu’à 1 m 20. Technicien de formation, le sexagénaire répare toutes les machines endommagées par la crue dans son jardin. « On doit s’attendre à vivre de nouvelles inondations, explique-t-il, mais je ne veux pas partir d’ici ». 

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Thierry, sinistré, recevant l'aide des bénévoles du Secours Catholique
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Jean-Claude et Serge, bénévoles venus l'un du Var et l'autre d’Agen, transmettent à Thierry un bon pour un lave-linge à récupérer dans une entreprise locale, partenaire du Secours Catholique. Thierry pousse un soupir de soulagement. « Déjà ça de gagné » sur les plus de 19 000 euros de travaux qu’il devra débourser. Il explique aux bénévoles qu’il aurait surtout besoin d’aide administrative pour démêler les demandes de l’assurance et obtenir un versement.

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Une habitante de Caumont-sur-Garonne reçoit la visite de deux bénévoles du Secours Catholique après l'inondation de sa maison.
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À Caumont-sur-Garonne, Annie, 74 ans, vit dans une belle bâtisse de 1670. Les travaux de réfection ont déjà bien avancé. La maison étant surélevée, les dégâts ont été limités. Malgré tout, l’eau est rentrée par le sol, faisant pourrir les bois qui entourent les dalles de carrelage dans le salon. En déménageant ici, cette ancienne professeure des universités savait qu’elle s’installait en zone inondable. « Les précédentes crues ne m’avaient pas autant affectée mais celle-ci, je préfèrerais l’oublier », admet Annie. Jean-Claude et Serge, les bénévoles du Secours Catholique, lui remettent deux bons pour acheter un frigo et un lave-linge.

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Opération de boitage
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Cinq binômes de bénévoles se sont rendus pendant une semaine dans les villages affectés par les inondations dans le Lot-et-Garonne. Quatre communes ont été ciblées : Tonneins, Aiguillon, Le Mas d'Agenais et Taillebourg. En cas d’absence, les opérations de boitage sont tout aussi utiles. Agnès, animatrice dans le Lot-et-Garonne, remplit un avis de passage pour avertir de la mission d’Urgences du Secours Catholique. 

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Anne, animatrice du Secours Catholique, au téléphone
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Anne, responsable bénévole du poste de commandement à Tonneins, a reçu plusieurs appels pour convenir de visites à domicile. Les deux semaines suivantes, une nouvelle équipe prend le relai pour aller vers les victimes des inondations en Gironde. Dans ce département voisin, 91 communes ont été déclarées en catastrophe naturelle. La mission sera clôturée mi-mai.

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Anne, animatrice, entourée de deux bénévoles
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Les bénévoles débriefent les visites du jour auprès d’Anne. Elle transmettra les dossiers résumant les besoins de chaque personne visitée à la commission des aides. Celle-ci se réunit chaque semaine pour décider de l’aide matérielle apportée aux familles, sous forme de bons d’achats.

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Travaux pour niveler le sol dans les champs abîmés par les crues
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À Aiguillon, trois digues protégeant le village de la Garonne et du Lot ont cédé. Les tracteurs s’affairent pour niveler le sol et permettre aux agriculteurs d’accéder à leurs champs. Plus de 4000 m2 de champs ont été inondés après la rupture de la digue. La mairie attend encore les financements pour entamer les travaux de mise en sécurité de la population. 

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Travaux sur la digue emportée par les crues
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Au Mas d’Agenais, les 1 521 habitants de la commune sont en première ligne face aux crues de la Garonne. La digue a été emportée sur une trentaine de mètres. Des camions déversent du sable et de la terre pour combler le trou béant laissé par la crue. Certains habitants enragent face au mauvais entretien de ces murailles, qui est désormais à la charge des intercommunalités. 

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Marie, sinistrée, serre la main à un bénévole venu lui rendre visite
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Marie, 56 ans, est installée au Mas d’Agenais depuis 2004 avec son mari. C’est dans cette ancienne ferme qu’ils ont restaurée que sont nés leurs deux enfants. Marie explique à Jean-Claude et Serge que l’inondation a détruit sa cuisine. « La décrue a été très lente, c’était très difficile à vivre », ajoute-t-elle. Secrétaire à domicile, elle ne pouvait que constater le sinistre au quotidien. La vase et les épis de maïs momifiés dans la boue recouvraient le sol. Marie en retrouve encore quand elle s’occupe du jardin. Aujourd’hui, elle se dit désabusée. Savoir qu’une nouvelle inondation peut avoir lieu lui pèse et elle éprouve beaucoup de colère contre les gestionnaires des digues. « Pendant 15 ans les crues n’ont pas été un problème mais depuis 2019, elles s'enchaînent », assure Marie qui anticipe une « psychose » à chaque intempérie.

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Debriefe entre bénévoles dans une salle
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A l’issue de la semaine, les bénévoles témoignent de leurs ressentis. Un tour de table est organisé pour que chacun puisse s’exprimer sur une personne qui l’a touché ou un moment difficile à vivre. Beaucoup de bénévoles confient avoir été sensibles à l’accueil des sinistrés. Pour Serge, il s’agissait de sa première mission au sein d’une équipe Urgences France.

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Nom(s)
Marie Bail
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Christophe Hargoues
Fonction(s)
Photographe
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