À Calais, « nous défendons une véritable politique d’hospitalité »

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En 2016, la « Grande Jungle » de Calais était démantelée. Ce lieu de vie temporaire abritait sur un même site à l’extérieur de la ville celles et ceux fuyant les conflits et la pauvreté pour un avenir meilleur au Royaume-Uni. Dix ans après son évacuation et alors que les conditions de vie des exilés attendant une traversée restent toujours très difficiles, un weekend de commémoration et d’événements est organisé à Calais du 16 au 18 octobre par les associations – dont le Secours Catholique - engagées à leurs côtés.
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Entretien avec Nathanaël Caillaux, référent national action plaidoyer « Accueil et droits des étrangers »

Entretien avec Nathanaël Caillaux, référent national « Accueil et droits des étrangers »

 

Secours Catholique : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’était la « Grande Jungle », démantelée il y a dix ans maintenant. Comment le Secours Catholique était-il engagé sur place ?

Nathanaël Caillaux : Le bidonville de Calais, surnommé par certains la « Grande Jungle » ou encore le « bidonville de la lande », n’est pas né de nulle part. Depuis plus de trente ans, des personnes exilées sont bloquées à la frontière franco-britannique. La politique menée à cette frontière a longtemps consisté à rendre le territoire le plus hostile possible, dans l’espoir de dissuader les personnes de venir ou de les pousser à partir. Celles qui restaient étaient reléguées dans des bidonvilles ou des squats, dans les marges de la ville, dans une logique d’invisibilisation voulue par les pouvoirs publics.

Fin 2014, alors que le nombre de personnes présentes dans des lieux de vie informels à Calais augmente fortement, l’État et la municipalité décident de les repousser vers un terrain situé en périphérie de la ville. Ce faisant, les autorités signifient aux exilés que plus personne ne sera toléré ailleurs que sur ce vaste espace naturel, et que parallèlement, ils ne seront pas expulsés s’ils s’installent à cet endroit-là. C’est ainsi que va se constituer, à partir du 1er avril 2015, le bidonville de Calais. 

Avec l’aide des associations, dont le Secours Catholique, les habitants vont y construire des cabanes, mais aussi des lieux de vie collectifs : magasins, restaurants, lieux de culte, salons de coiffure… Malgré des conditions de vie indignes (boue et froid, difficultés d’accès à l’eau, aux services d’hygiène, à la nourriture), une véritable vie collective va progressivement s’organiser.

Le Secours Catholique est présent à Calais auprès des personnes exilées depuis 2008. Dans la Grande Jungle, nous avons notamment coanimé des espaces de discussion entre les habitants et les associations, afin que les actions mises en place répondent au mieux à leurs besoins. Nous avons également continué notre travail d’interpellation des pouvoirs publics pour permettre l’accès aux services essentiels. Fin 2015, avec Médecins du Monde, nous avons ainsi saisi le tribunal administratif, qui a imposé à l’État l’installation de points d’eau et de bennes à ordures dans le bidonville.

La "Jungle" de Calais
La "Grande Jungle" de Calais, en juillet 2015. Les migrants construisent ensemble leurs lieux de vie.

S.C. : Depuis le démantèlement du bidonville, qu’est-ce qui a changé dans la situation des personnes exilées à Calais et dans la mission d’accompagnement des associations – et singulièrement du Secours Catholique – à leurs côtés ?

N.C. : La  destruction du bidonville – qui avait mis les conditions de vie des personnes migrantes sous le feu des projecteurs – a permis à certaines personnes de s’installer en France. Les autorités avaient ouvert des centres d’accueil et d’orientation un peu partout en France et facilité, pour une partie des personnes expulsées, l’accès à la demande d’asile puis au statut de réfugié. Mais celles qui souhaitaient poursuivre leur projet migratoire vers le Royaume-Uni sont revenues à Calais. Dès décembre 2016, plusieurs dizaines puis plusieurs centaines de personnes se sont réinstallées dans les marges et les interstices de la ville, alors qu’il n’y avait plus rien pour les accueillir.

Dès décembre 2016, plusieurs dizaines puis plusieurs centaines de personnes se sont réinstallées dans les marges et les interstices de la ville, alors qu’il n’y avait plus rien pour les accueillir.

À partir de 2017-2018, les autorités ont mis en place ce qu’elles ont appelé la politique de « zéro point de fixation », c’est-à-dire une politique d’épuisement, de harcèlement, qui a été dénoncée par le Défenseur des droits, ou encore par la Commission nationale consultative des droits de l'homme. Cette stratégie repose sur trois éléments : la destruction régulière des lieux de vie (toutes les 48 heures) pour empêcher les personnes de s’installer durablement ; l’absence de fourniture de services essentiels  (eau, nourriture…), et des entraves à la solidarité (arrêtés d’interdiction de distribuer de la nourriture, verbalisations intempestives de bénévoles et citoyens…). 

Dans ce contexte, les associations ont dû se réorganiser pour continuer à permettre aux exilés d’accéder au minimum vital. Le Secours Catholique a poursuivi son accueil inconditionnel et son action auprès des personnes, notamment à travers son accueil de jour. Aujourd’hui, cet accueil de jour est un lieu de pause et de répit pour des personnes qui n’ont aucun endroit où se poser, mais aussi un lieu d’information sur leurs droits. Il permet aux exilés de prendre un peu de recul sur leur situation et, éventuellement, de réfléchir à la suite de leur parcours migratoire. C’est aussi un espace de convivialité et de rencontres qui montre que l’accueil et le vivre-ensemble sont possibles.

S.C. : Quelles sont actuellement les principales préoccupations concernant le quotidien des personnes exilées ? Quel plaidoyer les associations portent-elles auprès des pouvoirs publics ?

N.C. : La politique de « zéro point de fixation » est toujours mise en œuvre aujourd’hui. Les lieux de vie sont régulièrement détruits et les personnes restent privées d’un endroit où se poser et se reposer. L’accès à l’eau, aux toilettes, aux douches ou à l’alimentation reste difficile, malgré les décisions de justice obtenu par les associations qui ont imposé la mise en place de certains services essentiels. 

Nous demandons  que cessent les expulsions systématiques des lieux de vie et que les personnes puissent disposer d’endroits où se poser.

Une autre préoccupation majeure concerne les risques pris pour traverser la Manche. Le durcissement de la frontière a progressivement conduit à une évolution des modes de passage, avec aujourd’hui des traversées en petites embarcations. Elles exposent les personnes à des risques considérables et ont entraîné de nombreux décès.

Face à cette situation, nous demandons d’abord que cessent les expulsions systématiques des lieux de vie et que les personnes puissent disposer d’endroits où se poser. Parce que c'est seulement dans ces conditions qu'éventuellement, certaines changeront leur projet migratoire. Pour celles qui souhaiteront finalement rester en France, nous défendons une véritable politique d’hospitalité, avec un accès facilité à l’asile et davantage de possibilités de régularisation. Et pour les personnes qui souhaitent rejoindre le Royaume-Uni, nous demandons la mise en place de voies légales et sûres. L’objectif est de mettre fin aux risques insensés pris lors des traversées et l’hécatombe qui en résulte.

 
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Nom(s)
Propos recueillis par Clarisse Briot
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Elodie Perriot
Fonction(s)
Photographe
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